Aux confins de soi-même

Je fais partie de la cohorte des «zènés». Un groupe polymorphe qui va de 60 ans à 110 ans, majoritairement féminin, qui inclut des marathoniens, des soignants, des grands-mères bénévoles, des politiciens, des écrivains, des chauffeurs de bus scolaires et aussi des grabataires qui ont perdu leurs jambes, leur tête ou même les deux. Chacun est unique et différent, ce qu’on ne dit pas assez.

Je suis une Montréalaise de 78 ans, très scolarisée et en pleine forme. J’habite par choix une résidence pour aînés (RPA) qui répond parfaitement à mes besoins. Au début du confinement, j’ai compris que j’étais inscrite de force dans un marathon qui pouvait se courir selon deux modes : se lamenter ou avancer aux confins de soi-même.

J’entends faire partie de la solution. Je respecte les consignes de la Santé publique. J’achète résolument Aliments Québec. J’ai troqué la laitue américaine pour le chou québécois et je mange des pommes au lieu des ananas. C’est bon et pas cher.

Je me suis cousu des masques et j’en ai donné autour de moi.

Je m’entraîne dans mon salon selon la même fréquence qu’avant le confinement. Puisqu’il faut se limiter à une personne par ascenseur, j’emprunte les escaliers. Pour aller chercher mon courrier, je descends et je monte 158 marches. J’arrive maintenant à faire ce parcours d’une seule traite. C’est un objectif dont je ne me serais jamais cru capable. À la fin de la pandémie, si je suis toujours vivante, je serai en meilleure forme qu’avant !

Bibliovore assumée, je reportais la lecture d’œuvres qui me faisaient peur. J’ai craqué pour Don Quichotte de la Manche de Cervantès. Plus de 1100 pages. Ce qui était à l’origine un défi est maintenant un plaisir.

J’espère qu’il y aura bientôt un vaccin ou au moins un remède. Dans l’intervalle, j’explore de nouveaux espaces intérieurs.