Je me sens mal quand je constate que l’humoriste « ne l’a pas », comme on dit, parce que c’est une situation vraiment désagréable et je parle en connaissance de cause. Heureusement, ce n’est pas ce que j’ai senti, loin de là, au spectacle de l’humoriste Phil Roy cette semaine.

La dégaine

J’ai toujours une appréhension quand je vais voir un humoriste peu connu en spectacle. Et s’il n’était pas bon ? Et si j’avais gaspillé mon argent ? Et si, pire encore, lui-même se rend compte qu’il n’est pas bon (disons ce soir-là) et que moi aussi je me rends compte qu’il n’est pas bon et qu’il se rend compte que je me rends compte qu’il n’est pas bon ? Aaarrgghh…

(Si vous trouvez que je surréfléchis*, vous tapez dans le mille. Tel est mon fardeau.)

Pour être franc, je me suis déjà engagé à faire un numéro d’humour devant une salle bondée, deux soirs de suite, même. Alors que la première a bien été, la deuxième, pour utiliser un euphémisme, avait été catastrophique.

(Pas autant que la fois où j’ai voulu scier une femme en deux lors d’un numéro de « magie », mais presque. Les chirurgiens ont pu la sauver, en passant).

Des fois tu l’as, et des fois tu l’as pas, disait le Dalaï-lama entre deux repas chez PFK. Mais je m’égare.

Je me sens mal quand je constate que l’humoriste « ne l’a pas », comme on dit, parce que c’est une situation vraiment désagréable et je parle en connaissance de cause.

Heureusement, ce n’est pas ce que j’ai senti, loin de là, au spectacle de l’humoriste Phil Roy cette semaine (c’est à la mode de couper son prénom, comme le font d’ailleurs une pléthore d’humoristes et d’animateurs radio. Philippe, c’est pas assez beau ? Ah oui, ça fait plus cool. Je pige. Dac. Bouya. Yolo. À partir de maintenant, appelez-moi Pas (prononcez « Paasse »). Moi aussi j’ai le droit d’être cool, bon.)

Il a un physique ingrat et une gueule de cheminot, est Lavallois d’origine (comme moi), mais de l’énergie et du talent à revendre. Je craignais de me sentir trop vieux (j’ai 41 ans, et lui 29) pour son d’humour, mais hormis certaines références culturelles m’ayant échappé (Réj Laplanche, C’EST QUI ? Ça va, j’ai vérifié par la suite), j’ai tout compris et l’ai trouvé franchement drôle et déroutant.

Il sonne par moments comme un Louis-José Houde qui aurait la dégaine de Jean-Marc Parent (je dis ça dans le bon sens), fantasque et touchant à la fois, et curieusement nostalgique de son adolescence pourtant pas si lointaine. Bref, une bête de scène dans tous les sens de l’expression (il est dynamique et pourrait techniquement dévorer tous les spectateurs de la première rangée).

Je m’inquiétais pour rien. Et mention spéciale à Philippe-Audrey Larrue-St-Jacques, ce pince-sans-rire au nom impossible, en première partie. Le public a semblé pris de court, mais j’ai raffolé de son absurdité et de ses phrases sans bon sens. J’aime ça, les phrases sans bon sens. Et vous aussi. Sinon, que faites-vous à ne pas passer tout de suite à l’horoscope ?

Suis-je digne ?
Entendu dans un reportage à la radio cette semaine : « Plusieurs dignitaires ont assisté à l’inauguration de… » (Ajoutez ici le soupir de votre choix.)

Dieu que je déteste ce mot, dignitaire. Censé définir les élus, ministres, chefs d’entreprise et patrons de tout acabit. Et les quidams, que dis-je, les simples mortels, ne sont-ils pas dignes ? Faut-il absolument avoir un titre ou une fonction pour avoir de la dignité ?

Je sais, ce n’est pas vraiment une erreur. Le mot se dit. Mais je perds ce qui me reste de follicule pileux chaque fois que je l’entends.

Puis je me demande, alors que j’écris cette chronique en robe de chambre, un bébé dans les bras, une haleine de beurre de pinottes dans la bouche et la barbe pas toute faite : et moi, suis-je digne ?

* c’est pas une erreur, c’est un nouveau verbe que je viens d’inventer