La déchéance de Pierre Paradis est d’autant plus dramatique qu’il était une étoile dans la constellation du PLQ.

La déchéance d’une étoile

CHRONIQUE / On assiste depuis 18 mois à la triste fin d’une carrière politique, celle du député de Brome-Missisquoi Pierre Paradis. Une grande carrière, en fait. Parce que l’homme, au fil de ses 37 années passées à l’Assemblée nationale, a été un excellent député ainsi qu’un brillant et habile ministre. Il connaissait ses dossiers, savait comment les faire cheminer dans la machine étatique, excellait en communication et était doté d’un incroyable flair.

Toute la famille libérale, exception notable de Jean Charest et de Daniel Johnson, vénérait Pierre Paradis. Il était une étoile dans leur constellation politique. Sa déchéance est d’autant plus dramatique.

Nous ne sommes pas aux États-Unis où les médias fouillent sans vergogne dans la vie privée des politiciens. La vie privée du député Paradis ne regarde que lui. Sauf que la nature de sa relation avec son ancienne chef de cabinet, qui a porté plainte contre lui pour inconduite sexuelle, suscite la perplexité. Il n’y a pas eu d’accusation criminelle, c’est vrai. Toutefois, le vocabulaire utilisé par le Directeur des poursuites criminelles et pénales laisse entendre que des choses se sont produites, mais qu’il « n’est pas raisonnablement convaincu de pouvoir établir la culpabilité de cette personne », pouvait-on lire dans le communiqué annonçant la décision de l’organisme de ne pas amener le député devant le tribunal.

Des proches de M. Paradis soutiennent depuis son exclusion du caucus libéral qu’il a été victime d’un complot de l’Union des producteurs agricoles, ulcérée qu’il s’attaque à sa mainmise sur le monde agricole au Québec. Le député, jusqu’à cette semaine incommunicado, a également lancé cette accusation. L’enquête de la Commissaire à l’éthique et à la déontologie sur ses allocations de logement est une vendetta fomentée par son ancienne chef de cabinet, affirme-t-il.

Voilà que quelques parties dans ce feuilleton s’échangent des mises en demeure. Et leurs avocats dansent...

L’UPA est un puissant syndicat. Il ne cède aucun pouce quand vient le temps de défendre ses intérêts. Ses dirigeants abhorraient M. Paradis du temps qu’il était ministre de l’Agriculture parce que celui-ci cherchait à ouvrir la fenêtre pour aérer l’univers agricole québécois. Ils ont attaqué sans relâche sa réforme sur le remboursement des taxes foncières municipales.

On n’a jamais vraiment compris comment le nouveau ministre de l’Agriculture Laurent Lessard a pu effectuer un virage à 180 degrés dans ce dossier en maintenant le statu quo. On imagine que les pressions sur le ministre Lessard, moins adroit que son prédécesseur à faire face à l’UPA, étaient énormes. On conclut que le Parti libéral du Québec voulait éviter une confrontation avec un joueur aussi costaud que ce syndicat d’agriculteurs.

Mais rien ne prouve que l’UPA ait ourdi une machination contre M. Paradis. Même logique pour l’enquête de la Commissaire à l’éthique et à la déontologie.

Il appartient à M. Paradis d’en faire la démonstration. Il est triste qu’il doive mettre fin à sa carrière en défendant son intégrité.

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Cette saga d’allocation de loyer versée au député de Brome-Missisquoi illustre à quel point les députés siégeant à Québec vivent dans un monde d’opacité. Ils ne sont pas assujettis à la Loi sur l’accès à l’information, contrairement à tous les ministères, sociétés d’État et organismes financés à plus de 50 % par l’État ainsi que les municipalités et organismes paramunicipaux.

Impossible de connaître les dépenses effectuées par les députés dans l’exercice de leurs fonctions, ni comment ils utilisent les allocations de déplacements et de logement. C’est un paradoxe inouï quand on réalise qu’ils adoptent des lois concernant la transparence dans l’État québécois...

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Être en tête quand la course ne fait que commencer en politique n’a rien de facile. Toute l’attention médiatique est centrée sur nous. Soudainement, les journalistes sont plus attentifs aux candidats, à ce qu’ils disent, à ce qu’ils font. Une situation périlleuse pour les formations politiques qui caracolent en tête dans les sondages et qui recrutent à pleine porte.

Le Journal de Québec a découvert que le président de la Coalition avenir Québec et candidat dans la circonscription de La Prairie, Stéphane Le Bouyonnec, est le président de Finabank, une entreprise ontarienne qui fait dans les prêts privés à 90 % d’intérêt et plus. C’est une sérieuse taloche à encaisser pour le parti de François Legault alors que les députés de l’Assemblée nationale ont adopté à l’unanimité une nouvelle mouture de la Loi sur la protection des consommateurs qui a pour effet de prohiber les taux d’intérêt de plus de 35 %.

Jeudi, M. Le Bouyonnec a dit qu’il allait démissionner de son poste au sein de cette entreprise et vendre ses actions. « Mon implication dans cette entreprise n’est plus compatible avec mon rôle de président de la CAQ et de candidat à la prochaine élection au Québec », a-t-il écrit dans un communiqué.

Le mal est fait.

La CAQ aurait intérêt à peaufiner ses méthodes de recrutement de ses candidats. Le parti a intérêt à mieux connaître leurs activités professionnelles afin d’éviter des situations embarrassantes.

Parlant de candidats, il sera intéressant d’entendre Isabelle Charest expliquer où elle se situe maintenant sur l’indépendance du Québec.

Le collègue Michel Tassé m’a rappelé cette semaine, quand La Voix de l’Est a annoncé que l’ancienne athlète olympique allait porter les couleurs de la CAQ dans Brome-Missisquoi, que Mme Charest s’était prononcée en faveur du Oui lors du référendum de 1995.