Pas de cadeaux, donc. Mais on fait quoi, à la place ? « Une chèvre de Noël ! »

La chèvre de Noël

CHRONIQUE / C’est mon amie Nicole qui a lancé l’idée. « Et si, cette année, on ne se donnait pas de cadeaux de Noël ? »

Bon, rien contre, a priori. Quoique balayer du revers de la main, en 13 petits mots, 30 années de tradition...

Mais Nicole avait un projet bien précis en tête — et d’excellents arguments pour l’appuyer.

Dans la cinquantaine, on cesse d’accumuler. On élague. Et nos armoires sont remplies à craquer de toutes sortes de trucs qu’on n’utilise jamais, m’a-t-elle expliqué en substance. « De toute façon, quand on a vraiment besoin de quelque chose, on se l’achète ! »

Pas fou. 

Dans mon entourage, le sujet revient d’ailleurs régulièrement dans les conversations. Débarrasser. Faire place nette. Donner (aux enfants, aux amis, aux démunis, cochez la case de votre choix). Pour, en bout de ligne, respirer mieux. 

J’ai a-do-ré les bouquins de Dominique Loreau sur le sujet. Établie au Japon depuis 40 ans, la Française en a retenu de grandes leçons sur l’art de se simplifier la vie.

J’ai aussi eu une pensée pour le petit chandelier en forme d’oiseau et autres gugusses de tout acabit qui s’empoussièrent tranquillement dans ma (très encombrée) armoire de salon.

Pas de cadeaux, donc. Mais on fait quoi, à la place ?

« Une chèvre de Noël ! »

* * *

L’idée lui était venue d’un dépliant qu’elle avait vu traîner chez sa mère, quelques années auparavant. En gros, un organisme caritatif y proposait toute une série de cadeaux — dont la fameuse chèvre — à offrir aux plus mal pris de la planète.

L’image était sympathique. Et tant qu’à y être, pourquoi ne pas en faire une activité spéciale des Fêtes et se réunir entre amies autour d’un bon déjeuner ? Plutôt que s’échanger des cadeaux entre nous, on mettrait l’argent dans un « pot » communautaire et choisirait ensemble comment le dépenser.

Vendu !

C’est ainsi qu’on s’est retrouvées attablées à quatre, un matin de décembre 2016, dans un resto de Granby. Excitées comme des puces, le catalogue de l’UNICEF étalé devant nous. 

C’est que le choix est vaste. Donner, oui, mais encore... 

En santé ou en éducation ? Pour l’eau ou les situations d’urgence ?

La chèvre, à proprement parler, a été éliminée dès le départ, l’UNICEF n’offrant pas cette option.

Alors, un puits pour une communauté ? Tentant. Mais à 560 $, malheureusement au-dessus de nos moyens. Par contre, pour la bagatelle de 36 $, on pourrait fournir des crayons — 893, très exactement — à une école entière !

On a passé de longues minutes à discuter, avec un plaisir fou, trousse mère-enfant contre le tétanos, comprimés de purification de l’eau (venant par lots de 4832...) et autres sachets de lait thérapeutiques. Pour finalement décider d’investir dans l’éducation des filles, un sujet qui nous tient particulièrement à cœur, et d’acheter en complément quelques ardoises pour les classes.

Cette année, on a notamment envoyé deux enfants à l’école — des garçons, cette fois, si je me fie à la photo. Et grâce à un coup de pouce du conjoint de Nicole, un enfant victime du trafic d’êtres humains devrait pouvoir être réuni avec sa famille.

Parce que oui, on a remis ça. Même jour, même endroit. C’est en voie de devenir notre nouvelle tradition des Fêtes. On espère qu’avec le temps, elle fera boule de neige. Que la gang, petit à petit, va grossir.

On repart, chaque fois, le portefeuille un tout petit peu allégé. Mais le cœur, lui, incroyablement léger.