L’ancien ministre de la Santé du Québec, Gaétan Barrette
L’ancien ministre de la Santé du Québec, Gaétan Barrette

La bureaucratie dans le milieu de la santé, l’effet Barrette !

LA VOIX DES LECTEURS / Il y a 40 ans, chaque unité de la santé avait un conseil d’administration auprès duquel un directeur faisait un rapport mensuel. Avec le temps, les résidants et le public ont eu le droit d’y siéger. La protection des malades est devenue une norme dans les années 90. Les institutions et les divers services en santé étaient cloisonnés. Les CLSC ont été créés. Pour cela, il faut des rapports, on a créé les CSSS pour améliorer la gestion en santé!

Ma sœur archiviste des années 1970 à 2010 consacrait pour l’hôpital une demi-journée pour faire les rapports au ministère à Québec. Avec les CSSS, le temps à y mettre est passé à plus de quatre jours. Aujourd`hui, c’est une archiviste à temps complet qui rédige toute une série de rapports pour le CIUSSS et le ministère! La bureaucratie règne en maître dans notre système de santé à tous les niveaux.

La réforme Barrette devait mener le Québec vers une centralisation supra régionale. Les CA des établissements ont été abolis pour avoir moins de gestionnaires. La pyramide s’est élargie, plus de paliers, plus de gestionnaires pour mieux desservir la «clientèle»... exit les malades!

Ces monstres administratifs ont amené des mouvements énormes de personnels et des pertes d’expériences pertinentes. À Granby, des plaintes ont fusé pendant des mois. Le système intégré des laboratoires est un exemple d’échec entre autres choses.

La direction générale des CIUSSS est loin des réalités du terrain. Elle doit couvrir un territoire immense est des champs de compétences hors du commun. Avec la réforme Barette, exit les directeurs généraux, mais la création de plusieurs postes de directeurs adjoints pour mener la tâche à bien! Chaque mesure de correction se fait lentement et parfois de la mauvaise façon selon les paliers de gestionnaires.

Je vois dans la catastrophe des CSHLD, face au coronavirus, une conséquence du fusionnement de tous les réseaux des services de santé en un seul, où les CSHLD sont devenus les parents pauvres du système. Les directives de la ministre de la Santé ont mis du temps à être relayées aux travailleurs sur la ligne de front (infirmières, préposés et employés de soutien). Créer des monstres administratifs, c`est mettre en péril la société quand il y a urgence en la demeure.

La COVID-19 nous prouve déjà la détresse dans ce paquebot sanitaire. Il y a une détresse profonde qui s’installe depuis ces changements. La détresse est plus perceptible face au manque de matériel et à la carence de formations appropriées. Le manque de personnel récurrent depuis longtemps dans les CSHLD fait se prolonger la crise du COVID-19 et la situation d’extrême urgence sur le terrain. C’est une situation inadmissible et criminelle devant le nombre de morts découverts dans les centres privés incompétents et non supervisés par les CIUSSS, malgré des rapports antérieurs provenant parfois d`enquêtes du coroner.

La priorité de soigner les «utilisateurs» et d’administrer est plus payante pour les spécialistes que la prévention et la salubrité tant dans les CHSLD que dans la communauté québécoise. Un mea culpa de M. Barrette serait de mise.

Jean R. Petit

Granby