Journée internationale des femmes

LA VOIX DES LECTEURS / Le problème de l’inégalité des femmes et des hommes est vieux comme le monde. Donald Spoto nous dit qu’au temps du Christ, il y a deux-mille ans, « les femmes ne jouissaient pas du moindre droit et toutes responsabilités sociales leur étaient interdites ».

La célébration d’une journée consacrée aux femmes a pris naissance dans les mouvements ouvriers qui revendiquaient l’égalité sociale des femmes et des hommes. À cette époque, les femmes n’avaient même pas le droit de vote. En 1908, aux États-Unis, il y eut un premier Woman’s Day, puis, en 1910, au Danemark, une première Journée de la femme. Cette même année, plus d’un million de femmes et d’hommes d’Europe manifestèrent leur appui à cette cause humanitaire importante. En 1975, le mouvement ayant pris de l’ampleur, les Nations Unies proclamèrent le 8 mars Journée internationale des femmes.

Le Québec fut avant-gardiste en créant, en 1973, le Conseil du statut de la femme. À signaler qu’à Granby, l’on avait fondé en 1960 l’Association des Femmes de carrière, devenue dix ans plus tard l’Association culturelle des Femmes de Granby, dissoute l’an dernier. Mais un autre organisme — très dynamique — existe toujours, soit l’Association des Déjeuners de l’Amitié qui célèbre son 35e anniversaire ce mois-ci.

On estime qu’en 1950, au Québec, les travailleuses gagnaient 40 % de moins que les hommes. En 2018, cet écart était réduit à 10 %, soit environ 250 $ de moins par semaine. La progression du salaire des femmes est due entre autres à une augmentation de leur niveau de scolarité, à leur embauche dans des professions et emplois traditionnellement réservés aux hommes et à leur efficacité. Mais la ségrégation existe toujours au niveau de certaines professions et industries. De plus, le taux de chômage et de la pauvreté chez les femmes demeure élevé et l’actuelle crise du logement les affecte particulièrement.

Autre aspect du problème. En 2008 les femmes n’occupaient que 1,5 % des postes de cadre supérieur et la politique était surtout « masculine ». Les femmes n’ont obtenu leur droit de vote qu’en 1940 et ce n’est qu’en 1961 qu’une première femme (Claire Kirkland-Gasgrain) fut élue au parlement. Entre 1949 et 1977, seulement quatre femmes avaient été élues à l’Assemblée nationale. En 2019, elles seront 54, soit 43,2 % de la députation. Il faut dire qu’actuellement, en Abitibi, dans les Laurentides, en Montérégie et à Montréal, la majorité des élus sont des femmes. Cependant, au Centre-du-Québec et dans le Bas-Saint-Laurent, tous les élus sont des hommes. Au gouvernement du Canada, on a connu une évolution semblable et, il y a actuellement 98 femmes députées, soit près de 30 % de la Chambre. Les gouvernements actuels (du Québec et d’Ottawa) ont un nombre égal de ministres femmes et hommes. Le progrès est remarquable. Aujourd’hui, des femmes dirigent des universités, des facultés, des cégeps, des entreprises et organismes nationaux et même internationaux et au printemps 2019, 26 d’entre elles étaient à la tête de leur pays.

La Journée internationale des femmes est aussi une occasion de rappeler les cas de violence envers elles. Violence psychologique, verbale, physique ou sexuelle. La Voix de l’Est de samedi dernier indiquait qu’en 2018, « 67 femmes ont été tuées par leur conjoint au Canada »... Au Québec, c’est une femme par mois qui est assassinée par son mari, ou par son amant, ou son ex-conjoint, ou encore par un antiféministe, etc. Et le phénomène est en croissance. La multiplication des armes à feu est sûrement l’une des causes de ces crimes. Selon l’ONU « le système politique actuel perpétue la soumission et l’exclusion des femmes, bafoue leurs droits et le niveau de féminicides est alarmant ». « Il n’y a pas assez de gens qui se disent que ça n’a plus d’allure », de dire Le Devoir (23 février 2020).

En conclusion, répétons qu’il faut continuellement être vigilants et prôner, avec énergie, une véritable égalité. Une égalité respectueuse des différences. Une égalité dépourvue de sentiments de supériorité ou d’infériorité. La lutte n’est pas finie... finira-t-elle un jour ?

Émile Roberge

Granby