«Je ne suis pas nostalgique du bon vieux temps. Cependant, quand arrive le 24 juin, un sentiment de reconnaissance monte en moi envers tous ceux qui m’ont précédée et pavé le chemin. Alors, je me souviens…», affirme Nicole Gagné.

Je me souviens…

LA VOIX DES LECTEURS / Quand mon premier ancêtre est venu s’établir sur la côte de Beaupré, il ne savait sûrement pas le nombre de descendants que sa venue générerait. Lui et tous ceux qui ont suivi ne se doutaient pas que des années de labeur permettraient que je naisse à une époque où j’aurais la chance, comme beaucoup de ma génération, de pouvoir participer à l’essor d’une magnifique province.

Je souhaite vivre dans le Québec moderne et profiter des nombreux avantages qui nous sont offerts. Je ne suis pas nostalgique du « bon vieux temps ». Cependant, quand arrive le 24 juin, un sentiment de reconnaissance monte en moi envers tous ceux qui m’ont précédée et pavé le chemin. Alors, je me souviens…

Je me souviens que des hommes et des femmes ont trimé dur pour que, graduellement, s’instaure une nouvelle manière de vivre pour ma génération. Ces personnes qui fréquemment n’avaient pas beaucoup d’instruction et qui vivaient souvent sur des fermes, ou qui travaillaient dans des usines ont, à force de labeur et avec l’espoir que leurs enfants réussiraient mieux qu’eux, permis de changer graduellement la société.

Je me souviens des efforts fournis afin que l’instruction devienne de plus en plus abordable, des demandes des femmes afin d’avoir le droit de vote, d’une révolution… tranquille, de la libération de tout un paquet de règles ainsi que d’améliorations notables en éducation, en santé, en mesures sociales ainsi que dans l’égalité hommes-femmes.

Je me souviens que mes parents m’ont transmis, alors que j’étais très jeune, des valeurs relativement au respect de l’environnement. En effet, la quasi-totalité de ce que nous mangions provenait de notre ferme ou de celle des voisins. Tout était produit de manière naturelle. Les vêtements étaient recyclés et l’achat local était chose normale et courante. La débrouillardise était de mise, on ne jetait pratiquement rien, tout était réparé ou rafistolé.

Je me souviens de ces personnes qui ont inventé l’économie de partage. Ils échangeaient des produits, de la machinerie, du temps et même des services. Les autos se remplissaient quand on « allait au village » et ceux qui avaient la chance d’avoir une télévision, les voisins venaient voir « Les Plouffe » et « La Lutte » chez vous. Également, si un voisin « passait au feu », tout le rang se mettait à contribution donc, la maison ou la grange était rapidement rebâtie. Quand on recevait des visiteurs, il n’était pas question qu’ils aillent dormir à l’hôtel, c’est à la maison qu’ils demeuraient.

Je me souviens que j’ai appris, très jeune, les vertus de la médecine naturelle. Il y avait toujours des concoctions de plantes qui vous guérissaient d’un peu tout. Je me souviens encore de l’odeur du camphre quand un rhume se pointait et des capsules de foie de morue qui vous maintenaient en forme tout l’hiver. Pour ce qui est des innombrables petites coupures et éraflures, de la teinture d’iode, un diachylon et tout était réglé.

Je me souviens que ces personnes m’ont appris que la simplicité existait et qu’on pouvait avoir du plaisir, faire du sport et s’amuser à bas coût. Disons-le carrément, nous n’avions pratiquement rien côté matériel. Mais une rivière coulait tout près de la maison pour la baignade l’été, laquelle se transformait en patinoire l’hiver. Une bicyclette dans le temps servait pour toute la famille. Les soirées d’hiver, chacun y allait de son petit morceau de musique ; pratiquement tout le monde faussait, mais la joie régnait. Je veux bien croire que nous avions beaucoup d’imagination ou le bonheur facile, mais jamais on ne s’ennuyait.

Je me souviens que ces personnes n’avaient pas d’ordinateur, donc pas accès aux médias sociaux, pas d’information en continu, de téléphones intelligents et elles ont réussi, malgré tout, à faire changer graduellement la société. C’était quoi leur recette ?

Je crois qu’elles avaient des valeurs profondes de partage, une grande foi en la vie et en l’être humain. Elles étaient créatives, débrouillardes, responsables, visionnaires ; elles ne parlaient pas beaucoup, mais ce qu’elles disaient était mûrement réfléchi. Le bien-être de leur famille et de leur communauté était en tête de leurs priorités et elles travaillaient constamment en ce sens, mais prenaient le temps de rire et s’amuser. Elles démontraient également un optimisme indéniable et une persévérance à toute épreuve.

Certaines de ces valeurs, je les ai vues et je les vois encore dans celles et ceux de ma génération que je côtoie régulièrement.

Et le plus encourageant, ces valeurs et cette flamme au fond des yeux, je les vois dans les yeux de mes enfants et de mes petits-enfants et de leurs congénères qui eux aussi travaillent, à leur manière, à bâtir un monde qui leur ressemble.

Toutes générations confondues, si nous continuons à bâtir et à entretenir des ponts entre nous, notre Québec ne sera pas qu’innovateur et prospère, il sera également un endroit où chaque personne se sentira utile et respectée, et où il fera bon s’épanouir de la naissance à la mort. Mais prioritairement, travaillons ENSEMBLE, dès maintenant, à protéger l’essentiel : notre environnement. Nous devons sauvegarder nos plus grandes richesses : le sol, l’eau et l’air. C’est tout un défi que nous nous devons de réussir. Les aînés sont prêts à le relever, et vous ?

Nicole Gagné, secrétaire de l'AQDR - Granby