Honte et... pardon

LA VOIX DES LECTEURS / Pendant sept ans, la fillette-martyre de Granby a souffert de négligence et de maltraitance jusqu’à en mourir à la suite finalement de comportements inhumains de la part de son père et de sa belle-mère. Au surplus, à la suite de son décès au début d’avril, pour des raisons de confidentialité, elle a été privée publiquement de son nom et on a caché son visage aux médias même à l’occasion de ses funérailles. En fait, c’est comme si, jusque-là, le système avait continué de la tuer.

Justement, le jeudi 4 juillet, les journaux nous ont appris qu’après son enquête interne le CIUSSS de l’Estrie, par la voix de son président-directeur général le Dr Stéphane Tremblay, conclut concernant sa mort « que ce n’est pas une personne ou un service qui peut être pointé du doigt, mais bien un système complet qui a failli de plusieurs façons et à plusieurs moments, et ce, sur une période de sept ans ».

Bien sûr, il faut attendre le résultat des quatre autres enquêtes qui seront menées concernant ce drame avant de conclure définitivement quant aux responsabilités multiples qui pourraient être en cause. En réponse à cette conclusion du CIUSSS, le même jour, le ministre Carmant a annoncé 47 millions pour colmater les failles du système de la Protection de la jeunesse. C’était plus que nécessaire évidemment après toutes les compressions du précédent gouvernement et particulièrement les ratés de cette institution à Granby.

Mais sur une plus longue période, il faut espérer que la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse présidée par l’ex-syndicaliste Régine Laurent permettra par ses éventuelles recommandations de redorer le blason de la DPJ afin que celle-ci redevienne efficace et donc respectée à nouveau dans sa mission de protéger nos enfants. Peut-être que son directeur ou sa directrice devrait une fois l’an s’adresser à notre Assemblée nationale pour rendre des comptes et demander de l’aide si nécessaire afin qu’un tel drame n’arrive plus jamais.

Ceci me soulagerait de la honte que j’ai comme Québécois que notre société ait pu par insouciance et/ou irresponsabilité provoquer la mort de cette enfant. Elle, qui malgré les sévices endurés et ses souffrances arrivait, aux dires de ses profs, à aimer à l’école le français et les mathématiques et même à y être bonne. Petite fille que je ne connais pas personnellement, comme ancien directeur d’école, grand-père, mais surtout comme citoyen, je te demande pardon de ne pas avoir su te protéger et j’espère que là où tu es pour l’éternité, l’amour s’y trouve aussi.

Denis Forcier

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