Après y avoir consacré 22 ans de sa vie, dont 15 à titre de directrice générale, Joanne Ouellette a quitté Solidarité ethnique régionale de la Yamaska le mois dernier.

Hommage à Joanne Ouellette, une femme de cœur

LA VOIX DES LECTEURS / Cet hommage se veut être le prolongement du magnifique article de Mickael Lambert du 2 juillet dernier : « Joanne Ouellette quitte SERY en paix. » Depuis mon arrivée à Granby il y a plus de 25 ans, j’ai suivi avec beaucoup d’intérêt les débuts de Solidarité ethnique régionale de la Yamaska (SERY). Que de routes parcourues pour cet organisme d’accueil des immigrants !

J’ai vu grandir SERY en même temps que ses bureaux. De locaux étroits, rudimentaires du 2e étage d’un édifice de la rue Principale à l’édifice actuel dont Mme Ouellette affirme qu’il s’agit là de sa plus belle fierté. L’ex-directrice générale voulait probablement assurer une stabilité de lieu à l’organisme.

Mais Mme Ouellette peut surtout être fière de ses réalisations au plan humain. Si les immigrants l’appellent affectueusement « la maman ou la grand-maman des immigrants », c’est qu’elle a toujours eu à cœur de se mettre à la place des pères, mères et enfants ayant fui leur pays en guerre ou en extrême pauvreté. Et c’est ce qui m’a toujours touché des objectifs de SERY : prendre soin, accueillir, s’occuper de personnes qui n’ont pas eu comme nous la chance de naître au Canada et, pire, qui ont senti l’urgence de quitter leur pays pour survivre.

Mme Ouellette et Frey Guevara me connaissent, mais n’ont probablement jamais su pourquoi je me suis si souvent intéressée à SERY. Il y a un an, le 7 juillet 2018, mon père est décédé. Pendant toute mon enfance, le sous-sol de mes parents a servi d’entrepôt pour les dons de la guignolée. Chez nous, j’ai vu de nombreuses familles québécoises, et également des familles immigrantes, venir chercher des denrées alimentaires. Mon père, avec l’aide de bénévoles, remplissait à la fois les fonctions de SOS Dépannage et de SERY, mais à Saint-Hubert. Pour des familles haïtiennes, du Sénégal, des îles Seychelles, des Guatémaltèques, papa trouvait leur logement, des vêtements, les accompagnait dans les démarches pour les documents officiels, les voyageait. Bref, il était là pour eux tout le temps, au grand désespoir parfois de ma chère maman. Et lors de son décès, mon père a récolté les fruits de son labeur, ou plutôt de son élan du cœur : l’église était pleine à craquer de gens de toutes nationalités. Et que dire des témoignages entendus ! Ces hommages par ceux qu’il a aidés !

Plus d’une fois, Mme Ouellette a sûrement entendu des mercis, reçu des câlins ou essuyé des larmes de joie et d’émotions de personnes à qui elle est venue en aide.

Je suis persuadée qu’avant de quitter ses fonctions, des gens lui ont fait part de l’importance qu’elle a eue dans la vie de plusieurs familles immigrantes de Granby. Pour ma part, j’ai entendu parler de SERY presque chaque fois que des élèves immigrants témoignaient dans mes cours de leur départ souvent non souhaité de leur pays d’origine et de leur adaptation au Canada. SERY a toujours été d’une aide précieuse pour eux. À l’instar de Mme Ouellette, je pourrais aussi relater plusieurs récits entendus en classe où les élèves québécois étaient souvent bouche bée face au vécu de leurs collègues de classe. 

Je souhaitais que les élèves québécois puissent ouvrir leur esprit et leur cœur à la réalité d’une trop grande proportion d’êtres humains sur la planète qui n’ont pas eu la chance de naître dans un pays riche comme le nôtre. Cette prise de conscience s’est encore plus élargie lorsque j’ai mis sur pied les voyages humanitaires ; ils ont alors pu constater la dure réalité de la pauvreté en Amérique latine et œuvrer à la hauteur de leur capacité à améliorer leurs conditions de vie. 

Sans faire ce genre de voyage, mon père a été missionnaire dans son propre pays et je peux dire la même chose de Mme Ouellette ; ce sont les immigrants qui sont venus vers eux. 

Cette dernière quitte son poste, mais je n’ai aucun doute sur le professionnalisme du nouveau directeur Frey Guevara ; il assurera avec brio la pérennité de SERY, d’autant plus qu’il a lui-même connu la réalité de fuir la Colombie.

Bonne retraite Mme Ouellet, bon repos et surtout bonne rédaction de votre livre sur l’histoire et les anecdotes reliés à SERY. Je suis une lectrice qui attend votre œuvre !


Claire Bergeronenseignante en éthique et culture religieuse

Granby