Histoire de train américain

LA VOIX DES LECTEURS / En 1855, un Anglais du nom de Charles Richard Weld raconta ses mésaventures alors qu’il se rendait de Cumberland, en Virginie orientale, à Washington. Comme le train avait du retard au départ même, il leur faudrait foncer, pour parler comme le chef de train, afin de rattraper le temps perdu.

«Après avoir quitté Cumberland, la ligne suit les méandres du Potomac. La machine aborda ces courbes très serrées à une vitesse vertigineuse, tel un bolide, et la voiture où nous étions oscillait si fortement qu’il nous fallut nous cramponner. Nous eûmes, peu après, un signe avant-coureur, plus significatif, de la catastrophe imminente, lorsque je reçus, sur la tête, un globe de lampe en verre qui me fit une bosse. (...) Les choses prirent ensuite un tour plus sérieux et j’eus la conviction que nous ne tarderions pas à dérailler. (...) Comme on le craignait, l’accident se produisit et, si nous avions gardé nos places dans la dernière voiture, il est très vraisemblable que les conséquences en auraient été des plus graves pour nous. C’est en vain que l’on demanda au chef de train de faire réduire la vitesse qui était excessive. Persévérant dans son aveuglement et sa témérité, il la maintint et, finalement à environ 90 kilomètres de la gare où nous avions changé de place, il se produisit un fracas épouvantable, de violentes secousses et des soubresauts provoqués par une série de collisions qui disloquèrent les voitures et les renversèrent y compris celle que nous occupions. Suivit un silence de mort : c’était la preuve que le train avait »

Histoire des Américains par Daniel Boorstin dans la collection Bouquins chez Robert Laffont p. 489-90

Devant la faiblesse du gouvernement canadien à exiger un entretien vraiment sécuritaire, entre autres, des rails, il est à se demander si nous n’accordons pas plus de valeurs à l’argent qu’à la vie. D’un autre point de vue, qui gouverne ? Les compagnies ferroviaires ou le gouvernement ? Avons-nous évolué depuis 1855 ? Lorsque nous avons en mémoire la tragédie de Lac-Mégantic, puis récemment celle de Bolton-Ouest, en plus des déraillements dans le reste du Canada, cela nous laisse songeurs.

Roger Arbour

Granby