Garde scolaire: un plan, c’est urgent !

LA VOIX DES LECTEURS / Monsieur Arruda, dans quelques jours, ce sera la rentrée scolaire. Enfin, les élèves vont retourner en classe! Mais pas tout de suite. En fait, pour un très grand nombre d’entre eux, il faut d’abord parler d’un retour au service de garde puisqu’il est de pratique courante, dans de nombreux centres de services scolaires, d’inscrire des journées pédagogiques aux premiers jours du calendrier scolaire. 

Pendant ces journées, c’est le service de garde qui accueille les élèves. Comment cela se passera-t-il? Mystère.

Comment cela se passera-t-il? Mystère. Dans le plan détaillé de 16 pages présenté la semaine dernière établissant les règles à suivre dans les écoles en raison des consignes de santé publique, moins d’une demi-page – six petits paragraphes – concerne la garde scolaire.

Des consignes insuffisantes et imprécises, qui font dire à la docteure en sociologie et chercheuse postdoctorale de l’UQAM à l’Université TELUQ, Sophie Mathieu, dans une lettre d’opinion publiée la semaine dernière, qu’un « épais brouillard plane au-dessus de l’organisation des groupes de services de garde » et qui se demande « comment justifier cette absence d’explications concernant l’offre de services de garde en milieu scolaire ».

Une semaine plus tard, c’est toujours le mutisme complet du côté du ministère de l’Éducation, qui renvoie la balle aux centres de services scolaires. Ce sont pourtant des questions très concrètes qui sont soulevées. Voici quelques exemples (extraits du plan entre guillemets) :

• « Mise en application des règles de santé publique ». Cela va de soi, mais encore? Quand le masque doit-il être porté et quand peut-il être enlevé? Quelle distance garder entre les groupes, les élèves, le personnel?

• « Privilégier, lorsque possible, le regroupement des élèves selon les groupes-classes (…) ». Et que faire lorsque ce n’est pas possible, comme par exemple lors des premières journées pédagogiques à la rentrée, alors que ceux-ci ne sont même pas encore formés?

• « Ces consignes doivent être adaptées en fonction de la réalité de chacun des milieux ». Comment? Lorsque la réalité d’un milieu fait en sorte que certaines consignes sont difficiles à appliquer, est-ce que cela signifie que celles-ci deviennent facultatives? Où doit-on tracer la ligne?

M. Arruda, le milieu de la garde scolaire est inquiet. Si l’on peut apprendre du passé, on sait maintenant que l’une des raisons qui expliquent l’ampleur de la crise qui a frappé les CHSLD lors de la première vague est que le gouvernement – il l’a admis – a sous-estimé le risque et négligé la préparation dans ces milieux. Ils sont devenus, en quelque sorte, « l’angle mort » du système de santé.

À l’heure actuelle, tout est en place pour que les services de garde scolaire soient l’angle mort du système scolaire lors de la deuxième vague. Déjà, de nombreux experts prédisent que celle-ci frappera différemment, entre autres en touchant davantage les milieux fréquentés par des jeunes et des enfants. Les voyants lumineux sont au rouge et clignotent. 

Rappelons qu’au Québec, plus de 360 000 élèves, soit environ 60 % de l’effectif, fréquentent le service de garde en dehors des heures de classe. Bien souvent, ils y passent un nombre d’heures presque équivalent au temps passé en classe.

Nous nous adressons à vous, M. Arruda, car il est urgent qu’un plan complet, précis et clair pour la garde scolaire soit mis en place, comme cela a été fait pour les autres milieux. Un tel plan exige une véritable collaboration entre les répondants scolaires, ceux de la santé publique et les acteurs de la garde scolaire, les seuls qui connaissent vraiment les réalités particulières auxquelles ils doivent répondre. À cet égard, notre association vous offre son entière collaboration, comme elle l’a d’ailleurs offert au ministère de l’Éducation, malheureusement sans résultat.

Compter la garde scolaire au rang des grands oubliés n’est pas chose nouvelle. Depuis longtemps, les professionnels de la garde scolaire déplorent un manque de reconnaissance et de considération dans le système scolaire. Cette fois-ci, toutefois, l’enjeu déborde largement le cadre habituel. Le gouvernement ne peut se permettre de répondre aux préoccupations de la garde scolaire par de l’indifférence comme il l’a trop souvent fait par le passé. Il en va de la santé, voire de la vie, de centaines de milliers de personnes. Nous comptons sur vous pour le lui rappeler.

Diane Miron,

Directrice générale de l’Association québécoise de la garde scolaire