Selon Statistique Canada, les hommes sont 3,6 fois plus susceptibles de s’enlever la vie que les femmes.

Fort, stoïque et indépendant : la façade de l’homme viril

Il y a environ trois milliards et demi d’hommes sur terre. Parmi ceux-ci, on retrouve votre père, votre frère, votre fils ou peut-être bien vous-même. Néanmoins, malgré la présence de toutes ces personnes dans nos vies, il peut être difficile de répondre à une question qui semble pourtant si simple : être un homme, qu’est-ce que ça veut dire ? La réponse à cette question varie grandement à travers l’Histoire. De nos jours, elle contient de nombreuses implications qui forment un danger réel pour l’homme contemporain.

Un «vrai» homme, c’est d’abord un jeune garçon souvent innocent et fragile qui, à force de longues années de travail acharné, apprend à développer des qualités essentielles, semble-t-il, à la personnalité masculine comme la force, le courage et l’indépendance. Être un «vrai» homme, c’est en quelque sorte le but ultime de la gent masculine. Pourtant, cette quête est loin d’avoir un impact positif sur les personnes qui la poursuivent.

Les statistiques sont univoques : bien que les hommes soient universellement considérés comme des emblèmes de force et d’indépendance, ils constituent tout de même la population la plus à risque de suicide. En fait, les statistiques sont carrément effrayantes : selon Statistique Canada, les hommes sont 3,6 fois plus susceptibles de s’enlever la vie que les femmes.

Le modèle de force que les hommes représentent n’est toutefois pas incompatible avec ces statistiques et pourrait même être la cause de ce haut taux de suicide. À force de se faire marteler par cet idéal de masculinité, plusieurs hommes en viennent à internaliser des pensées toxiques et dangereuses qui prescrivent un état d’être, une attitude à adopter et des stéréotypes à incarner. Ils finissent par croire que parler de leurs peurs et leurs difficultés est un signe de faiblesse et que, en tant qu’homme, ils devraient être capables de régler tous leurs problèmes sans l’aide de personne.

Cela explique d’ailleurs pourquoi moins d’hommes que de femmes ont tendance à consulter des professionnels de la santé mentale. Bien qu’ils en aient autant besoin, ils perçoivent cette recherche d’aide comme un signe de vulnérabilité qui attaque leur masculinité et, du même coup, leur statut d’homme. Ils se tournent ainsi vers des solutions alternatives comme la fuite dans le travail, la projection de leur colère sur les autres, l’engourdissement de leur souffrance (qui prend généralement la forme de consommations excessives d’alcool ou d’usage de drogues dangereuses) et, dans des cas extrêmes, le suicide.

La solution à ce problème paraît simple : les hommes doivent apprendre à être vulnérables. Malheureusement, cette tâche est extrêmement complexe pour des adultes qui ont appris toute leur vie qu’ils devaient tout faire pour être des « vrais hommes » et que la vulnérabilité et l’exposition de leurs émotions étaient des signes de faiblesse. De plus, ils ont souvent peu de compétences introspectives et n’ont jamais vraiment appris quand ni comment parler d’eux-mêmes et de leurs sentiments.

En fait, puisque la pression que les hommes ressentent à se conformer à un idéal de masculinité provient de la société entière, c’est celle-ci qui doit aider les hommes à se libérer de cette pression. Il est de notre responsabilité collective d’encourager les hommes et les garçons autour de nous à montrer leur vulnérabilité. Nous devons inciter nos jeunes garçons à parler de leurs émotions au lieu de les réprimander en les intimant à agir comme des hommes. Nous devons cesser de les rabaisser en insultant leur virilité et nous devons aller vers les hommes autour de nous pour nous assurer que l’état de leur santé mentale n’est pas un risque pour leur santé physique.

Ultimement, les hommes doivent se distancer de cette vision nuisible de la masculinité pour embrasser des idéaux positifs et diversifiés, mettant en valeur le bien-être de chaque personnalité. Pour se faire, il ne faut toutefois pas sous-estimer le rôle que nous jouons tous sur notre entourage. C’est, après tout, d’abord grâce aux actions individuelles que nous pouvons modifier la perception de la masculinité de nos pairs. Souhaitons que ce premier pas se transmette ensuite dans tout le tissu social.

Vincent Arseneault - Étudiant en Sciences humaines au Cégep de Granby