Thérèse Racine le jour de ses 86 ans.

Femme d’exception

LA VOIX DES LECTEURS / À quelques jours de son anniversaire, la journée de la femme me ramène à ma mère, une femme remarquable qui a inculqué à ses six enfants l’amour (je dirais presque l’avidité) du français et le goût des arts. C’était une femme dans toute l’acception du mot, fière, intelligente et belle, quelqu’un qu’on ne pouvait aisément oublier. Elle tenait à ce que nous soyons toujours proprement vêtus, et même en temps de guerre où tant de choses furent rationnées, elle réussissait à faire des miracles en couture et en cuisine. Nous ne manquâmes jamais de rien.

Femme aimante et démonstrative — ce qui n’était guère évident à l’époque — elle ne craignait pas de nous étreindre en public et d’employer des mots doux à notre égard. Elle savait reconnaître nos qualités… et nos défauts, car elle avait un franc-parler dont elle usait parfois sans ménagement. Elle jouait du piano et j’ai encore en tête la musique du « Rêve bleu » qu’elle chantait souvent et qui berça mon enfance. Il y avait chez elle une immense soif de liberté et son rôle de mère et d’épouse ne lui colla pas suffisamment à la peau pour ralentir son ardeur et suffire à son bonheur. Elle rêvait d’être artiste et de voyager, ce qu’elle eût d’ailleurs le loisir de faire plus tard.

Elle était douée pour le dessin et la peinture, et aucun espace blanc dans le journal n’échappait à son imagination débordante. Elle dessinait des poupées de carton pour nous et nos amies que nous pouvions ensuite habiller… avec les robes du catalogue Eaton. Il fallait si peu de chose pour amuser les jeunes et les rendre heureux avant l’époque de la Révolution tranquille.

Extrêmement féminine avant d’être féministe, elle allait jusqu’à nous enseigner le bon maintien, livres sur la tête et tout le tintouin… Elle déclamait à satiété les poèmes de Victor Hugo et les fables de Jean de La Fontaine en insistant sur la façon de dire (ou de lire) intelligemment un texte…

Très avant-gardiste, les barrières de toute nature la rebellaient sur-le-champ. À Arvida au Saguenay — ville qui comptait bon nombre d’anglais et de protestants — le programme scolaire incluait une heure de conversation anglaise par jour depuis la quatrième année. Pour elle, échanger avec les voisins dans leur langue ne pouvait qu’enrichir notre bagage intellectuel, chose à laquelle elle tenait plus que tout. Tant pis pour les qu’en-dira-t-on et les frontières linguistique et religieuse établies alors. Que de fois l’ai-je entendu affirmer et réaffirmer que nous avions tous le même Dieu, bien qu’elle vécût, à un certain moment de sa vie, un passage mystique évident.

Disponible pour toute conversation intime avec ses enfants sur n’importe quel sujet y compris la sexualité, son esprit ouvert en étonna plusieurs. Son regard d’artiste sachant reconnaître la beauté — même corporelle — la nudité n’eût jamais rien d’offensant ou de tabou pour elle.

Après le départ des enfants, l’éducatrice qu’elle était déjà entreprit des cours aux Beaux-Arts de Québec pour finalement aboutir comme professeur en arts plastiques pour un temps à l’UQAC. Tout son temps libre des dernières années fut consacré à sa carrière de peintre! RACINE (son nom de famille et d’artiste) regretta toujours de n’avoir pu bénéficier d’un atelier bien à elle, mais elle exposa néanmoins ses œuvres avec succès à plusieurs endroits au Québec et ailleurs. Beaucoup plus tard, la vie nous amena à Granby mes parents et moi. Rapidement, je me retrouvai avec elle aux ateliers libres de Gérard Desrochers à Boréart où de merveilleuses rencontres amicales nous attendaient.

Bien sûr, comme tout un chacun, maman avait ses défauts, dont un caractère primesautier assez imprévisible, mais elle demeure néanmoins la figure dominante de mon inspiration pour la chanson suivante :

Femme avant tout

« Les femmes on les trouve partout,

Toujours présentes au rendez-vous,

Capables d’humour malgré tout,

Contre marées, encore debout !

Les femmes ont beaucoup à nous dire,

Sur leurs valeurs, sur leurs désirs,

Pour leurs enfants en devenir

Elles revendiquent un avenir !

Les femmes se doivent d’insister

Pour obtenir l’égalité,

Longtemps elles furent abusées,

Qu’on se souvienne du passé…

Les femmes sont pauvres, en général,

Souvent seules, monoparentales,

Leur dignité est capitale,

Travail égal, salaire égal !

Bien qu’elles détestent l’indifférence,

Les femmes rejettent la violence,

La plupart de leurs exigences

Font appel à l’intelligence…

Les femmes tracent le chemin,

Main sur le cœur, cœur sur la main,

Pour que chacun gagne son pain

Sans menacer son quotidien !

Les femmes lutteront toujours,

Patientes et gantées de velours,

Pour que fleurisse à chaque jour

La paix, la justice et l’amour…

Plus tard on leur dira merci

D’avoir bravé les interdits,

Et de donner, grâce à leurs cris

Plus de qualité à la vie ! »

À LA VIE À LA MORT ON REDOUBLE D’EFFORT ENSEMBLE !

Ce refrain est chanté à plusieurs endroits en cette journée des femmes…

Jeannine Mailloux

Granby