Tomber dans le panneau

CHRONIQUE / Pendant que tout le monde dit manquer de temps dans la vie, pourquoi certains s'entêtent encore à ne pas tourner à droite au feu rouge, là où c'est permis ?
C'est vrai, le VDFR (oui, Mesdames et Messieurs, un acronyme excitant pour parler du virage à droite au feu rouge) n'est pas une obligation. Il revient à chaque automobiliste de décider si, oui ou non, il veut arriver plus tôt à destination tout en réduisant sa consommation d'essence et en limitant ses émissions polluantes.
C'est un cadeau, profitez-en bâtard ! Pour une fois que les régions ont quelque chose que Montréal n'a pas ! 
Parlant de la métropole, quelqu'un a déjà tenté de déchiffrer un de ses nombreux panneaux de stationnement dans une de ses charmantes rues sans se taper une migraine ?
Là il y a matière à confusion. Mais un panneau de virage à droite au feu rouge au croisement des rues Mountain et Dufferin à Granby, come on !
Pardonnez-moi si je me trompe, mais ce privilège n'est pas boudé à cause de grands principes liés à la sécurité de Pierre, Jean, Jacques. 
Non. Il l'est tout simplement parce que les gens ne savent pas lire !
TOUS LES JOURS, je traverse cette intersection où il est possible de tourner à droite sur la lumière rouge et, chaque fois, je me retrouve à faire des simagrées derrière mon volant, découragée par le comportement de gens de mon espèce.
J'avoue que quelques pancartes demandent un certain niveau d'analyse, mais quand même, on ne nous demande pas de solutionner une équation algébrique.
Celle dont je vous parle se résume en trois petites lignes : Pas de VDFR : 7 h-17 h. LUN À VEN. SEPT À JUIN.
Bon. Ça, ça veut dire que du mois de septembre au mois de juin inclusivement, entre 7 h (le matin) et 17 h (le soir) du lundi au vendredi (la semaine), il est interdit de tourner à droite au feu rouge.
Du coup, ça signifie qu'à partir de 17 h les soirs de semaine ainsi que tous les week-ends, peu importe l'heure et qu'on soit samedi ou dimanche : ON PEUT !
Et ceux pour qui le fait de dresser la liste des mois compris entre septembre et juin demande le temps nécessaire à un feu de circulation pour passer du rouge au vert, dites-vous que c'est la période sco-lai-re. 
Si on pousse l'analyse à un niveau supérieur, ma pancarte annonce aussi à ceux qui la croise qu'en juillet et en août, inclusivement et en tout temps (jour, soir, nuit, semaine ou pas), le VDFR est permis à cette intersection.
Imaginez maintenant quand un piéton se met de la partie. 
Eh bo-boy ! 
Retenez que les piétons ont toujours priorité. Toutefois, si le feu pour piéton clignote, mais que visiblement personne ne souhaite traverser la rue, vous pouvez tourner à droite si les indications sur la pancarte le permettent.
Le VDFR est autorisé partout au Québec, sauf sur l'île de Montréal, depuis avril 2003. Me semble qu'en 14 ans, le principe pourrait commencer à être intégré, non ?
Le VDFR aiguise ma patience. 
En plus, il est défendu de klaxonner pour « inviter » le conducteur qui se trouve devant nous à (enfin) avancer.
À le faire, on risque une amende allant jusqu'à 200 $. 
Disons que ça freine les ardeurs. 
Alors j'attends. 
Je profite de ce temps mort pour tenter d'élucider un autre grand mystère : ceux qui tournent à droite sur un feu rouge à une intersection où une pancarte l'interdit en tout temps sont-ils les mêmes qui ne profitent pas de ce privilège quand c'est permis ?
Je sais, certains sont durs à suivre...