Tiguidou laï laï

Quand quelqu'un éternue à vos côtés, êtes-vous du genre à vous empresser de lui lancer : « À tes souhaits ! » ?
Allez savoir pourquoi, mais cette habitude qui se veut courtoise et amicale, me fait le même effet que quand je me mouche avec du « papier brun » : ça m'irrite !
À quoi ça sert ? Maudit que je trouve ça téteux. 
En plus, je suis certaine que tous ceux qui s'adressent ainsi aux enrhumés n'ont aucune idée de l'origine de cette expression. 
Quelqu'un sait d'où ça vient ce délire ?
Au terme de mes recherches, j'ai réalisé que le fait de dire « À vos souhaits ! » ressemble étrangement à avouer à la face du monde qu'on croit au père Noël ou, mieux, aux extraterrestres.
Selon d'anciennes croyances, la vie humaine se serait manifestée sous la forme d'un souffle. Plus tard, plus précisément à l'époque de la Grèce Antique, l'éternuement, qui se veut une forme de souffle, a été interprété comme le signe du passage d'un esprit divin auquel les hommes pouvaient adresser leurs voeux avant que celui-ci ne s'enfuie. 
Dire à quelqu'un À tes souhaits ! se résume donc à lui souhaiter du fond du coeur que le mini Dieu qui vient de lui chatouiller les narines exauce un de ses voeux. 
Vous étiez au courant de ça ?
Levez la main ceux et celles qui, après un bon rhume, ont été promus, ont vu leurs enfants finalement s'accorder ou ont gagné un voyage dans le Sud (vous savez, le genre de voeux que tout le monde fait !)?
Si c'était le cas, mon collègue Maxime, dont les éternuements se manifestent toujours en paquet de quatre, serait le plus chanceux du monde entier.
Mais non.
L'autre jour, une de mes collègues qui se préparait à partir en fin de journée nous a lancé : « Bon, eh bien, allons-y Alonso ! » Ça m'a fait sourire.
Je l'ai noté, en me jurant de lui demander un jour si elle sait d'où sort cette expression.
Vérification faite, non. Elle n'en a aucune idée. C'est sorti comme ça, dit-elle.
Pour son information, Allons-y, Alonso ! est une locution tirée du film Pierrot le fou, de Jean-Luc Godard, et sorti en 1965 ! C'est resté depuis.
C'est un peu comme la fameuse expression Allez hop, cascade ! , tirée d'une publicité de GM à la fin des années 1980 et qui mettait en vedette l'humoriste André-Philippe Gagnon. Plusieurs le disent encore avant de faire une bombe dans la piscine ou une acrobatie.
J'ai cherché à connaître l'origine d'autres expressions utilisées couramment et qui me font rire, en vain.
Par exemple, j'ai lancé une recherche sur « C'est final bâton ! ». Une façon de dire qu'une chose est terminée de façon définitive. Un peu dans la même veine que « C'est ça qui est ça ! », qui signifie qu'une limite a été atteinte, mais de façon plus évasive. 
Mais je n'ai rien trouvé. 
Même chose pour « T'es ben blood ! » « C'est de valeur », non ? !
Un autre bijou ! Une façon colorée de mentionner qu'une chose est regrettable.
J'ai toutefois mis le doigt sur ce qui peut expliquer la naissance de tiguidou. Cela serait une variante de l'expression écossaise « tickety-boo » tirée d'une chanson où elle signifiait « aller lentement, mais sûrement ». Attachez votre tuque avec de la broche : tiguidou aurait aussi des origines hindoues ! Tirée du vocabulaire militaire, « tickee babu » voudrait dire « Tout va bien, sergent ! ». Tiguidou serait apparue sous l'orthographe qu'on lui connaît en 1969. Impossible toutefois de savoir d'où vient le « laï laï » que certains lui collent à l'occasion : « C'est tiguidou laï, laï ! »
Je soupçonne des racines saguenéennes... ou tibétaines.
Il doit d'ailleurs venir de là, ce sentiment de parler chinois, quand j'utilise certaines de nos expressions québécoises...