Lettre à Catherine

Salut Catherine!Je sais. Ça fait hyper 1990 mon affaire, mais comme j'avais quelque chose à te dire, j'ai décidé de t'écrire une lettre. Un clin d'oeil à nos années au secondaire!
Notre dernière rencontre remonte à dimanche dernier. Juste avant le grand départ pour le 5 km organisé au Zoo de Granby ce matin-là, je suis allée t'embrasser pour te souhaiter une bonne course. Tu m'as alors demandé à quelle heure je m'élançais. Savoir que je faisais partie de la deuxième vague de coureurs à décoller t'a tout de suite indiqué que je me préparais à engloutir les 5 km du parcours en moins de 30 minutes. La course commençait. Ajoute à ça la fébrilité, l'agitation, on est partie chacune de notre bord sans prendre le temps de jaser davantage. 
Avoir eu cinq minutes de plus, je t'aurais dit, avec toute la délicatesse que tu me connais, que ces fameuses 30 minutes, on s'en câl&?*&* tellement!
Tu te souviens au secondaire, ces filles qui n'étudiaient à peu près jamais et qui pétaient des scores une fois aux examens? T'sais, les enrageantes? Eh bien, au niveau de la course, bien malgré moi, on peut dire que je suis un peu enrageante. Ce sport m'a longtemps rebutée. Mais un jour - je devais porter les bonnes espadrilles -, j'ai aimé ça et ça a bien été. Au baseball, je te le confirme, c'est toutefois vraiment catastrophique mon affaire...
Même si ça va bien, je ne cours pas pour la performance. Je cours parce que ça me fait du bien. Je ne vise pas le 10 km et encore moins le demi-marathon. Ça ne me dit rien.
Dimanche, c'était mon premier 5 km à vie. Je l'ai franchi en 30:24. J'étais contente, parce que c'était agréable. La température était de notre bord et j'ai partagé ce moment avec de bons amis.
À tes yeux, mon score est sans doute enviable, mais honnêtement,  il n'y a rien pour écrire un livre. 
Toi, toutefois, ton parcours est intéressant et inspirant. Le mérite, c'est tout à toi qu'il revient.
Tu sais, j'ai entendu parler de ton histoire à travers les branches. Toi, la fille plutôt sédentaire, tu as décidé un jour que c'en était assez. À force de persévérance et de volonté, tu t'es mise à l'entraînement et tu as fait attention à ton alimentation, ce qui t'as libérée d'une cinquantaine de livres.
La course est entrée dans ta vie et je suis certaine que tu ne pourrais plus t'en passer. Aujourd'hui tu rayonnes, ce qui ajoute un beau plus à ta personnalité déjà solide et assumée. 
Tu vois, c'est ça qui est beau et digne de mention. 
Au Zoo dimanche, je suis certaine que des hommes et des femmes comme toi, il y en avait plein. Des modèles.
Je sais que le chronomètre, comme la balance, te renvoient  des chiffres dont tu n'es pas encore complètement fière. Mais avec la détermination que je te connais, je sais que tu vas y arriver.
Ne te compare à personne. 
C'est ça que je tenais à te dire. Chacun traîne son histoire dans ses Saucony. On est tous meilleurs et moins bons qu'un autre coureur. L'important, ce sont les motivations qui nous poussent à enfiler nos running et le plaisir qu'on a à le faire. Et toi, du plaisir, tu en as. 
Je l'ai vu dans tes yeux. 
Le 5 km reviendra au Zoo l'an prochain. J'ai des contacts là-bas, tu sais. Je les ai appelés pour leur dire de se préparer à agrandir le site. Encore. 
En 2018, ils accueilleront une nouvelle espèce: une gazelle! Car même si tu ne bats pas ton chrono 2017, tu vas te souvenir d'où tu viens et pour ça, tu auras toujours le droit d'être fière comme un paon.
  D'une admiratrice, Isabelle