Les yeux du coeur

Une lectrice, qui porte comme nom de famille celui d'une ville du sud-est de la France, m'écrit de temps en temps.
La première fois, c'était pour me partager son affection, à elle aussi, pour Ricardo. Je venais d'écrire une chronique sur mon amour inconditionnel pour le populaire chef.
Après, elle m'a avoué admirer mon audace de dire à la face du monde que je ne fais pas mon lit le matin. Je serais incapable de dire, comme vous, que je ne fais jamais mon lit le matin, qu'elle m'avait écrit. Je me sentirais tellement jugée que je rougirais à chaque lecture de mon article.
Un phénomène qu'elle jugeait «générationnel».
Dans ce même courriel, elle revenait sur Ricardo. Après avoir lu un article sur lui dans LaPresse+, un truc abordant davantage le côté homme d'affaires du personnage, elle revenait un peu sur sa parole. Là, je vous dis, j'aime mieux sa cuisine que certaines de ses idées ! C'était en mai dernier. Ma correspondante est vraiment drôle. Elle est réapparue récemment. Elle revenait sur ma chronique publiée à la mi-août, Les grandes gueules, dans laquelle j'abordais le fait que je connais beaucoup de monde et que je suis accessible pour jaser avec les gens qui me reconnaissent et qui m'abordent.
Elle m'a alors raconté avoir croisé récemment Denis Gagné, coanimateur de l'Épicerie. Très gentil. Il était en tout point comme je le pensais, a-t-elle écrit. Mais vous ? Je ne vois qu'une figure...
Malgré tout, elle a tenté de me décrire. Bien sûr, elle avait aussi en tête quelques chroniques récentes, mais sans plus.
Bonne trentaine, (34-37). Grande : 5 pieds 7 pouces. Pas grosse, mais carrée. Épaules larges. Vêtements cool, mais pas de mou. Souliers bas, style ballerines ou basket. Cheveux comme ça allait ce matin-là. Pas une coupe recherchée, mais correcte. Caractère Roger bon temps, mais qui sait où elle va sans que ça paraisse. Allure et démarche rapides, qui sait où elle va, et toujours un peu en retard. J'espère ne pas vous vexer. C'est comme ça que je vous vois par vos articles.
J'ai lu et relu ce courriel tellement je trouvais ça drôle.
C'était tout moi, à quelques petits détails près...
D'abord, je l'ai remerciée pour l'âge qu'elle me donnait. Surtout pour le 34 ! J'ai 41 ans, mais la photo qui accompagne ma chronique a été prise quand j'avais 39.
Pour la grandeur, il faut ajouter un pouce, que je lui ai dit.
J'y tiens à ce pouce, car il me permet d'être encore plus grande que ma fille de 13 ans.
Du mou, j'en porte à la maison. Au bureau, c'est selon l'humeur du matin, mais jamais de vêtements trop serrés. Le look rôti-d'intérieur-de-ronde-ficelé, je trouve ça inconfortable.
Pour les souliers, effectivement, c'est plus souvent plat que vertigineux. C'est le confort qui prime, mais jamais de ballerines. Avez-vous déjà remarqué que ce n'était pas ce qui donnait du oumf à une jambe ? En tout cas.
Pour les cheveux, là j'ai ri. Avec les cheveux courts, on ne peut malheureusement pas se contenter de «comme ça allait ce matin-là». Faut leur donner un peu d'amour. Leur mettre un peu de bouette. Mais la dame a lu en moi : avoir les cheveux longs, oui, la plupart du temps, le matin ça se résumerait en un chignon coiffé-décoiffé. Rien de compliqué.
Le reste, le caractère, la démarche, c'était encore moi. Mais je ne suis jamais en retard. Par respect pour les autres.
Au terme de son courriel, elle me demandait comment moi je la voyais. Pas facile. Je ne peux m'accrocher qu'à un nom et à une plume. Une plume cachant toutefois une belle ouverture, de l'humour et de la curiosité.
Comment je vois ma correspondante ?
Visiblement d'un bon oeil.