Le rêve brun

Chaque fois que je cuisine, je me surprends à rêver de devenir - enfin - l'heureuse propriétaire d'un beau bac brun.
La configuration de ma maison sur mon terrain ne rend pas le compostage facile et agréable. Mes coquilles d'oeuf, restes de pâtes, fonds de céréales, os de poulet et marc de café, il faudrait que je les gère en plusieurs temps.
Un combat que je refuse de mener seule.
Pour que toute ma tribu participe à l'activité «détournement de l'enfouissement», il faut que ce soit friendly comme système. Pour que ça se transforme en réflexe, ça doit se résumer en deux étapes toutes simples: accumuler en dedans et sortir le tas dehors, et ce, en faisant le moins de pas possible. 
Pour récupérer nos matières organiques, ça passe donc par le bac brun. Mais pour ça, il faut attendre que ma MRC plonge. Le grand déploiement sur l'ensemble du territoire est prévu en 2019. 
Patience, Isa, patience!
Vous auriez dû me voir lundi matin, excitée comme une puce, en apprenant que les résidants de la zone de collecte 9 allaient donner le coup d'envoi à la première collecte de matières organiques en recevant les premiers bacs bruns.
La bâtisse de La Voix de l'Est fait partie de la zone de collecte 9 et j'habite à deux pas du journal: BINGO! J'allais ENFIN avoir la conscience tranquille en épluchant mes patates!
Erreur. J'habite à deux coins de rue de la première zone où le bac brun sera déployé. 
Noooooooooooon!
Dire que cette nouvelle m'a jetée par terre ne serait pas mentir. Je suis tellement prête. 
L'autre jour, j'ai vécu de la jalousie chez ma belle-soeur devant son petit bac de compostage pour la cuisine. Un bac bromontois. 
Entre le 1er et le 10 mai, mes voisins de la zone de collecte 9 recevront un gros bac de 240 litres et un autre, tout petit, pour la cuisine. Ils sont 1312.
Et, comme au moment du tirage des 20 lots d'un million fin mars, je ne fais pas partie des chanceux.
Bon. Le préfet a lancé le défi aux employés de La Voix de l'Est, bien située, elle, de se joindre au projet. Tout comme les employés de la MRC de la Haute-Yamaska et ceux de la Ville. 
L'idée n'est pas mauvaise, mais ce n'est pas au bureau que je génère le plus de déchets organiques. Déjà que j'applique le principe des lunchs «zéro déchet». Une belle façon de ne pas me faire surprendre quand l'école décide de vivre une semaine «verte». Pas question d'être de ceux qui se voient soudainement déstabilisés devant un pot de yogourt crémeux aux fraises de 100 grammes. Oh que non!
Juste aujourd'hui, seuls un coeur de pomme et des mouchoirs utilisés (ô surprise) auraient pris la direction du bac brun.
J'ai pensé, pour la cause, charrier mes déchets organiques de la maison au bureau pour péter des scores dans notre bac brun entrepreneurial, mais le spécialiste en environnement qui partage mon îlot m'a dit que je ne pouvais pas céder à cette envie. Cela pourrait «fausser la collecte de données sur la collecte», qu'il m'a expliqué le plus sérieusement du monde. 
Merde. Tout joue contre moi dans ma volonté de composter. Mais c'est là que je me suis rappelé que ce collègue en question, affectueusement nommé le Géant Vert, est, environnementalement parlant, plus catholique que le pape, alors...
Je n'ai donc pas dit mon dernier mot.
J'aime jeter, mais j'aime bien jeter.
Comme il n'habite pas mon quartier, il se peut, en attendant de posséder mon propre bac brun, que je sème mes déchets organiques dans ceux de mes voisins. 
Personne ne peut être contre la VERTue!
Je le fais déjà dans les bacs bleus, le mien étant trop petit.
Mon voisinage, j'ai bien l'intention de lui en faire voir de toutes les couleurs!