La reparación

CHRONIQUE/ Après des mois à faire attention de ne pas m’ouvrir le bout de l’index droit ou encore le coin de l’oreille gauche sur mon écran de cellulaire fracassé à la suite d’un vol plané, j’ai profité de mes vacances pour — enfin — le faire réparer.

Fait étrange: que la vitre de mon téléphonse soit brisée semblait vraiment agacer mon entourage. Plus que moi. Vous savez, ce sentiment de dégoût/incompréhension/jugement? Le même que l’on ressent quand on conduit une voiture rongée par la rouille ou qui sonne la cacanne.

Je ne vous dis pas le nombre de paires d’yeux en l’air que j’ai vues en avouant que ça ne me dérangeait pas de voir dans quel état se trouvait mon téléphone intelligent.

Il FONCTIONNE!, que je leur disais. Ce à quoi j’ajoutais aussitôt que je n’avais pas le temps d’aller le faire réparer. Bon.

Mais là, avec trois grosses semaines devant moi, je n’avais plus d’arguments derrière lesquels cacher ma procrastination.

Le fait d’avoir un iPhone craquelé étant (visiblement) socialement très mal accepté, commençait aussi à me peser. J’éprouvais la même gêne à l’utiliser devant les gens que celle que je ressentais, au début de ma carrière de journaliste, à prendre des notes avec les ongles des dix doigts rongés jusqu’au coude. Vient un moment où il faut agir. Il y a une douce limite au niveau de honte qu’on peut endurer.

Dans ce cas-ci, j’ai atteint ma limite le lundi matin 23 juillet.

Ce jour-là, je me suis pointée chez Éric, trouvé sur Kijiji.

Sur un côté de sa carte d’affaires, on pouvait voir de gros doigts tenir un tout petit tournevis planté dans une vis minuscule dans la carcasse béante d’un iPhone. De l’autre, une vitre en éclat. Je ne pouvais mieux tomber.

Le voir assis au centre de ce qui pourrait ressembler à un back-store pêle-mêle de Radio-Shack me sécurisait. Ses trois paires de lunettes aussi: une sur le nez, une dans le cou et une autre en attente sur sa table de travail remplie de post-it multicolores, de vis riquiqui et de téléphones aux allures de fossiles.

Visiblement, «Rico» était l’homme de la situation. Je lui ai donné ce surnom, car Éric est Colombien d’origine. Au Québec depuis dix ans ans, il s’est lancé dans la réparation et l’achat/vente de téléphones pour pallier les hernies discales qui l’empêchent de faire son métier, plus physique, dans le domaine de la mécanique industrielle.

S’il s’ennuie beaucoup des «frou» (fruits) frais de son pays, il dit bien se plaire ici. Même l’hiver (ouais, ouais!)

Pendant qu’il était penché tel un chirurgien au-dessus de mon appareil, il répondait à mes 100 000 questions, et ce, dans un très bon français. Ceux qui pensent pouvoir changer eux-mêmes la vitre ébréchée de leur cellulaire: bonne chance!

Tout un monde se cache entre l’écran et le boîtier: la batterie, la prise audio, des caméras, la carte-mère, trop de minivis, etc. Tous ces petits bidules doivent être retirés et réintégrés avec soin. Pour ce faire, Rico utilise une pince à sourcils et une patience à toutes épreuves. C’est le genre de bonhomme que je n’oserais jamais défier au jeu Operation.

— C’est un vrai travail de moine!, que je lui ai fait remarquer.

Si, qu’il a avoué, mais après dou mille, on commanss’à’sssavoir comment lé-tou funktionne!

Et avec l’expérience, il a développé des trucs pour se faciliter la vida.

Par exemple, rien de mieux qu’un bon vieux pic de guitare pour séparer un écran de son boîtier. Et pour fixer certaines composantes avec de la colle, les épingles à linge se révèlent être hyper performantes.

À combien se sont élevés les dommages?

Cent piasses!

Selon un article du Protégez-vous — que j’ai lu après l’opération —, il en coûte normalement entre 60$ et 260$ pour changer une vitre fracassée de iPhone. Le prix varie selon l’étendue des dégâts et le type d’appareil.

Moi, ça se limitait à changer le verre. J’ai donc trouvé le prix raisonnable.

J’ai toutefois failli échapper mon téléphone quand un ami m’a annoncé qu’il lui en coûterait 175$ pour changer le pare-brise de sa Volvo, mais bon. Je trouve qu’avec le petit côté exotique qu’a pris ma reparación, ça valait le coût. Et échapper mon téléphone, j’essaie d’arrêter.