Entre amertume et espoir

LA VOIX DES LECTEURS / Le matin du mardi 9 juillet, dans une Assemblée nationale déserte de ses députés, un employé, à l’aide d’un escabeau jaune, y décrochait avec attention le crucifix pour ensuite le placer délicatement dans une boîte. Sous l’œil des caméras, cet homme a fait de son mieux pour accomplir le travail avec dignité dans des circonstances hautement historiques. On pouvait observer que la vis qui retenait le crucifix demeurait en place. Tout un symbole, le symbole d’un patrimoine déchu. Du moins pour l’instant !

Je suis personnellement dégoûté de ce retrait honteux. Malheureusement, ce crucifix aura à nouveau été objet d’un marchandage minable. En 1936, Duplessis le plaçait là pour s’attirer les faveurs du clergé. Ce mardi de 2019, Legault l’a retiré, conformément à sa promesse du 28 mars, pour calmer un peu les victimes potentielles de la loi 21 sur la laïcité, qui leur interdit le port de signes religieux, en particulier les jeunes Québécoises voilées qui se préparent à l’enseignement. 

Ce mardi 9 juillet est donc pour moi un triste jour, nous aurions pu tellement faire autrement, oui, nous aurions pu laïciser nos institutions dans la dignité, avec un peu de courage, d’imagination et une volonté de dialogue jusqu’à un résultat consensuel. Mais nos politiciens qui souhaitaient en finir avec cette question ont tranché avec cette loi 21. Il résultera des blessures à l’âme québécoise pour beaucoup de personnes, en particulier musulmanes. Il en restera une blessure à mon âme de citoyen québécois de souche tant et aussi longtemps que tout ce qui nous restera de ce crucifix patrimonial sera une triste vis. Au moins, le côté positif sera que le crucifix reposera en paix dans cette boîte, enfin libéré de toute utilisation politique.

Voilà pour l’amertume.

Malgré tout, je choisis l’espoir. Celui que, dès la rentrée parlementaire, nos députés aient le courage d’adopter à l’unanimité une motion visant à accrocher à la vis, en lieu et place du crucifix, un logo, peut-être un peu stylisé, formé des trois lettres suivantes : LFP et ce, selon le libellé suivant : 

 « En souvenir du crucifix dont nous avons défendu longtemps le caractère patrimonial, mais que nous avons dû retirer pour des raisons de cohérence avec notre proclamation de laïcité de l’État par l’adoption de la loi 21 le 16 juin 2019, nous, députés, déclarons solennellement aujourd’hui que la FIDÉLITÉ à nos origines diverses, mais liées à une commune destinée, pouvait être représentée par l’axe vertical du crucifix et que le PARTAGE voulu et coutumier de nos cultures, de nos talents et de nos ressources, pouvait l’être par son axe horizontal. Entre les deux, c’était notre LIBERTÉ, sans cesse à préserver et à conquérir, qui pouvait s’exprimer en respectant ces deux axes de valeurs, cherchant entre la fidélité et le partage, mais toujours de façon responsable, le meilleur point d’équilibre en vue d’assurer le progrès continu de notre nation et donc de ses composantes autant individuelles que collectives. En souvenir de ce symbole patrimonial, un logo formé des trois initiales de ces valeurs prendra bientôt la place du crucifix au-dessus du fauteuil du président (e) de notre Assemblée nationale. »

Et voilà, cette motion est bien mon espoir !


Denis Forcier

Shefford