Encore une élection !

LA VOIX DES LECTEURS / Les élections se suivent presque annuellement : scolaires, municipales, provinciales, fédérales. Et ce processus est présent dans la plupart des pays qui se disent démocratiques. Les citoyens sont appelés à élire des hommes et des femmes à qui ils confieront le pouvoir de gouverner. Le jour de l’élection, ils prennent quelques secondes pour placer un « x » devant le nom de certains candidats.

Or, ce petit « x » a des conséquences importantes parfois très positives, parfois très négatives avec lesquelles toute une communauté ou toute une nation devra vivre durant quatre ans. Ce petit « x » sert à choisir un candidat, un parti, un chef, un programme, autant d’éléments qui ont nourri les discours de la campagne électorale.

Le seul et unique objectif des candidats et des partis : obtenir le pouvoir. La recette est simple : dire les choses que les gens veulent entendre indépendamment du fait que ces choses soient favorables ou défavorables à la qualité de vie des individus ou des collectivités. Dans ces discours électoraux peu préoccupés par le bien commun, on retrouve de tout : demi-vérités, omissions flagrantes, incohérences, vœux pieux, étalage de faussetés ou d’ignorance.

Et devant ce flot de propos trop souvent improvisés, on retrouve aussi un grand nombre d’électeurs manifestant indifférence, cynisme, ignorance et incompréhension des enjeux. Une majorité de citoyens sont souvent incapables de nommer les candidats qui se présentent et pire, ils sont incapables de mentionner ne serait-ce qu’une ligne d’un programme quelconque. Dans la plupart des cas, le taux de participation est anémique et les résultats des pseudo-victoires questionnent de plus en plus la légitimité des élus.

Avec stupeur, quand on fait un bref visionnement des programmes électoraux chez nous et à travers le monde, on demeure abasourdi devant l’adoption de politiques rétrogrades et trop souvent destructives. La raison est simple : les élections ne servent plus à choisir des leaders, mais des suiveux ; on élit des personnes qui parlent comme nous, qui nous ressemblent, qui nagent dans autant d’ignorance que nous. Que des aveugles dirigent des aveugles ne nous étonne même pas. En fait, ne serions-nous pas rendus à l’ère triomphale des coaches d’estrade ?

À la question, « Y a-t-il un pilote dans l’avion ? » ON répond, ce n’est pas nécessaire, n’importe qui peut piloter. C’est un peu comme si on disait : n’importe qui peut opérer à cœur ouvert ou n’importe qui peut enseigner nos enfants. En fait, nous avons peur et même, nous méprisons les personnes qui savent, c’est-à-dire les personnes qui ont des connaissances, des compétences et des expériences pertinentes. Nous préférons les charlatans ou les p’tits jos connaissants. Comme disait Boucar Diouf au sujet de certains élus : « Nous retrouvons des tortues juchées sur des piquets de clôture. Elles n’ont pas grimpé là-dessus toutes seules. »

La droite populiste nous ramène de plain-pied, volontairement (mais aussi inconsciemment) dans un nouveau moyen-âge : au diable la science, au diable les droits humains, au diable l’environnement, au diable la démocratie, au diable le bien commun. Au lieu de sortir de la grotte, nous choisissons de demeurer bien installés dans le confort de notre inertie. À quand de vrais leaders, à quand les Greta Thunberg marchant en avant et conduisant les troupes à relever dignement et courageusement les nouveaux défis. Nous avons besoin d’éducateurs, c’est-à-dire d’hommes et de femmes capables de nous conduire hors des sentiers battus, hors de la grotte. Cette vocation d’éducateur est dangereuse ; les grands éducateurs de l’humanité ont souvent été l’objet de persécution. Rappelons-nous : « Les causes qui meurent sont celles pour lesquelles on ne meurt pas. » (Louis Veuillot).

André Beauregard - Shefford