Cardamome et fromage fondu

Les (quelques) émissions de télé consacrées à la cuisine ont rendu glamour la profession de cuisinier et, par extension, d’employé de restaurant. Même si, dans les faits, ce ne l’est pas tant que ça.

Quiconque a déjà travaillé en cuisine, comme moi, sait que c’est un travail enivrant, mais aussi éreintant, salissant, dur sur les nerfs, souvent bordélique, peu payé et doté d’horaires impossibles.

Un point positif : il y aura toujours une demande pour ce type d’emploi parce que les gens vont toujours au restaurant, certains diront plus que jamais.

Je suis en train de lire le roman Le plongeur de Stéphane Larue, que je recommande vivement, ne serait-ce que pour sa description minutieuse et sans fard du monde des cuisines de restaurant, avec ses cris, ses odeurs, ses jeux de pouvoir, ses drogués de l’adrénaline et ses drogués tout court.

Comme le narrateur, j’ai commencé ma carrière d’employé rémunéré (en dessous de la table dans mon cas), dans un restaurant où la vaisselle sale était aussi abondante que la bouette au printemps, rapport que c’était un buffet où il y avait ben, ben, beeeeeen du monde.

Je me suis fait crier après, j’ai été sale et mouillé jusqu’à ce que l’eau traverse mes deux tabliers, mon chandail, mon pantalon et mes sous-vêtements. J’ai travaillé jusque tard dans la nuit à récurer des chaudrons et à laver des comptoirs et des planchers avant de retourner chez moi à bicyclette.

Un jour, Hourra !, j’ai été promu aide-cuisinier (je n’ai pas été plus loin). C’était un peu moins salissant et un peu plus prestigieux que plongeur, mais la pression était plus forte, et je me faisais tout autant crier après.

Malgré tout, c’est une période de ma vie que je ne regrette pas et qui n’était pas si désagréable. Au-delà de la cohue, des rivalités et du travail exigeant il règne, dans les cuisines, un esprit d’équipe, une complicité presque familiale que je n’ai pas retrouvée ailleurs et qui m’a certainement aidé à un moment de ma vie où je me cherchais tant au niveau professionnel que personnel.

C’est aussi ce qui arrive au personnage du plongeur (qui est, ai-je compris dans une entrevue à la radio, nul autre que l’auteur), tenaillé par les dettes et une dépendance aux vidéopokers. Ironiquement, il trouve apaisement et réconfort dans le brouhaha des cuisines, entre les chaudrons à récurer, le lave-vaisselle industriel bruyant et les tâches sans fin.

Rien de mieux que le travail manuel pour s’aérer l’esprit, comme disait Dieu (Morgan Freeman) dans Bruce le tout-puissant (2003). Il y a quelque chose de délicieux dans ce boulot qui n’exige pas de se creuser la tête à longueur de journée.

D’un autre côté, j’aime bien revenir chez nous, le soir, sans que mon linge empeste la cardamome et le fromage fondu. Des fois, ça va, mais pas tout le temps.

Besoin d’amour
J’ai été dans une boutique d’électronique à Granby. J’haïs ça, d’habitude, parce que j’haïs les gadgets en général. Je n’y connais rien, tout me semble trop cher et les employés ont rarement l’air de vouloir t’aider.

Celle où j’ai été a réussi à changer ma perception. C’est une boutique qui a changé de bannière il y a plusieurs mois et, comme par magie, les employés sont devenus sympathiques, avenants et en plus, ils sentent bon. (Sérieusement, ils sont allègrement parfumés. Pas trop, mais juste assez.)

J’ai eu presque le goût de faire comme mon patron et d’acheter plein de nouvelles bébelles à la mode, histoire de faire fi de mes pronostics financiers et de bien paraître dans une future conversation techno. Mais je me suis retenu. Le monde a davantage besoin d’amour que de gadgets supplémentaires. Voilà ce que je dis.