Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur

Des comportements inacceptables

ÉDITORIAL / Il faut respecter l’opinion de ceux qui ne croient pas que le port du masque soit un moyen efficace de lutter contre la propagation de la COVID-19. 

Il faut respecter leur liberté de protester contre l’obligation de se couvrir le visage dans les lieux publics fermés et les transports en commun. Il faut respecter tout ça, même si c’est dur. Parce que dans ce mouvement de contestataires qui auraient peut-être quelque chose d’intelligent à dire se faufilent plusieurs imbéciles qui nuisent à leur propre cause.

Les comportements de quelques manifestants contre le port obligatoire du masque à Montréal comme à Québec, en fin de semaine, doivent être dénoncés haut et fort. À commencer par celui des deux hommes qui ont encerclé et pris par la taille une journaliste de TVA Nouvelles qui essayait de simplement faire son travail.

Lors d’une intervention en direct sur les ondes de LCN, la journaliste Kariane Bourassa a été victime de ce qu’elle appelle à juste titre un «câlin non désiré», ce qui constitue certainement une agression à caractère sexuel. Comme si ce n’était déjà pas assez, les deux hommes qui justifient leur acte en évoquant bien sûr la mauvaise plaisanterie ont fait fi des règles de distanciation physique pour s’immiscer dans la bulle de la journaliste qui, elle, portait le masque.

L’agression ou l’intimidation à caractère sexuel est une chose. Il appartient à la journaliste de porter plainte à la police.

L’intimidation ou l’entrave au travail d’un journaliste en est une autre. Un tel comportement témoigne d’une mauvaise connaissance du travail et du rôle des médias. Verrait-on des illuminés de la sorte aller déranger un pompier ou une ambulancière dans l’exercice de ses fonctions?


« Les comportements de quelques manifestants contre le port obligatoire du masque à Montréal comme à Québec, en fin de semaine, doivent être dénoncés haut et fort. »
Martin Francoeur

Les gestes de protestation envers le travail des médias sont de plus en plus nombreux. Quelqu’un a le droit de penser que les médias devraient faire leur travail différemment. Quelqu’un a le droit de ne pas apprécier l’insistance de certains journalistes ou les angles de traitement d’une nouvelle. Mais le fait d’empêcher les journalistes de faire leur travail ne doit pas être toléré.

Samedi, à Montréal, un autre journaliste de TVA a goûté à la médecine de quelques intimidateurs qui l’invectivaient en plein direct, allant même jusqu’à lui lancer une canette de bière, alors qu’il couvrait la manifestation contre le port obligatoire du masque à Montréal. L’intervention d’Yves Poirier était à peine audible tant un des individus criait fort son mécontentement et son dénigrement.

De tels comportements sont inacceptables, surtout lorsqu’ils viennent de manifestants qui invoquent leur «liberté» pour justifier leur opposition au port du masque obligatoire. S’ils sont si férus de droits et de libertés, ils devraient savoir que la liberté de presse est aussi une valeur et un principe fondamentaux au sein de notre société.

Mais voilà. La notion de «société» semble elle-même échapper à plusieurs de ces manifestants. Ils appuient leur revendication du droit de ne pas porter le masque sur leur liberté individuelle, refusant de considérer le droit des autres individus à la santé et à l’intégrité. Les pouvoirs d’un gouvernement, en situation d’urgence sanitaire, permettent de restreindre certains droits et certaines libertés normalement protégés par les chartes. De telles restrictions doivent reposer sur une justification, celle des «intérêts supérieurs» ou des «limites raisonnables». C’est le cas pour une obligation de porter le masque. La santé de la population en général prévaut sur les droits individuels. Il suffit, pour le gouvernement, de démontrer l’importance de l’objectif poursuivi et la proportionnalité des mesures visant l’atteinte de celui-ci.

Outre les gestes des manifestants qui ont obstrué le travail des journalistes, d’autres facteurs viennent enlever de la crédibilité au mouvement qu’ils tentent de créer ou à la cause qu’ils revendiquent. Le Nouvelliste, par exemple, recevait un message d’insultes d’une manifestante qui criait au scandale et aux «fake news» parce que l’article sur la manifestation de Québec parlait de «plusieurs centaines de manifestants sur place. «C pas quelque centaine on etais au moin 15-20 000 vous etes des fake news that it a gagne qu’on etais vos mentrie vont se repender comme une trainer de poudre comme etant des mensonge». Traduction libre: «Ce n’est pas quelques centaines; on était au moins 15 000 ou 20 000. Vous faites des fausses nouvelles, un point c’est tout. À la gang que nous étions, vos menteries vont se répandre comme une traînée de poudre comme étant des mensonges».

Il n’y avait pas 15 000 personnes devant le Parlement à Québec dimanche. Les médias parlent d’un millier de personnes. La police de Québec évoque un nombre de manifestants entre 2000 et 3000. Ça contraste avec le nombre de 5000 personnes évoqué par des membres du mouvement et encore plus avec celui de «15 000 ou 20 000» évoqué par la manifestante fâchée.

Il est aussi là le problème. On laisse ces personnes croire ce qu’elles veulent croire, au mépris de l’information de qualité ou des positions scientifiques largement reconnues sur le sujet.

Ce ne sont pas tous les opposants au port du masque obligatoire qui sont des complotistes, qui sont irrespectueux, qui ont un argumentaire défaillant. Mais ce sont eux qui jettent le discrédit sur leur propre mouvement ou sur les opinions qu’ils souhaitent faire valoir.