Consommation de cannabis en public : on le permet ou pas ?

Quelle sera la préférence des citoyens de Granby sur ce sujet délicat ? Je souhaite ici contribuer en ajoutant quelques sons de cloche à cette réflexion, qui il me semble, ne fait que commencer à Granby.

Un tel sujet demande de la prudence, de distinguer impressions, émotions (ex : « j’aime mieux » ; « je ne veux pas » ; « c’est trop difficile » ; « trop tard ») et invite à réfléchir à ce qui correspond le mieux à ce que nous souhaitons comme communauté, à l’intérieur de cette nouvelle réalité.

Comme on sait, impressions et émotions sont de mauvais guides pour la décision. (Je pense ici à certaines réponses à des courriels qu’on aurait dû attendre avant d’envoyer !). Nous souhaitons probablement que ceux (ils seront plusieurs à s’exprimer j’espère) à qui il reviendra de prendre cette décision délicate en notre nom prennent le temps de soupeser les éléments pertinents. 

L’échec de la lutte au cannabis

Par souci de transparence, je dois dire d’abord que je suis d’accord avec la légalisation du cannabis. Pourquoi ? Voici quelques éléments de ma réflexion. 

1- La guerre contre la drogue est un échec total en termes de résultats, du cannabis à la cocaïne. Même les quantités saisies représentent un pourcentage toujours plus faible de ce qui est produit, passé en contrebande et vendu. N’importe qui peut se procurer n’importe quoi, en tout temps, en peu de temps. Il y a toujours du stock sur les tablettes illégales, peu importe le nombre de trafiquants en prison, et les milliards de dollars alloués à cette guerre qui continuera, même après la légalisation. 

2- Aujourd’hui, on oblige tous ceux qui en veulent à faire leurs emplettes chez «Marché Noir Inc» (lire : crime organisé). Aucune concurrence, aucune qualité de produit, risques de dossier criminel et risques de santé accrus.

Question : qui voudrait « continuer à refaire la même chose, et espérer des résultats différents ? » (définition qu’Albert Einstein donne de la folie). 

On estime qu’il se consommera au Canada environ 800 tonnes de cannabis en 2018 (Derek Ogden, ancien chef de la lutte contre les stupéfiants de la GRC, La Presse, 23 nov. 2017).

 La production légale possible en 2018 serait de 100 tonnes ; environ 1/8 de cette demande. Certains craignent que la légalisation fasse tout à coup découvrir aux jeunes at aux moins jeunes l’existence et la disponibilité du cannabis. Hélas, c’est être mal informé. Le cannabis ne commencera pas à être consommé le 1er juillet parce qu’il sera légal.

Interdire en public ou non ?

Je propose de nous demander d’abord ce qui est préférable, ensuite seulement de voir si cela est facile ou difficile. Je propose aussi de nous frotter l’esprit avec du réel.

Plein de trucs pas super pour la santé sont légalisés, et en même temps, pas permis partout ni toujours. Dans notre société, on est capable de faire cohabiter ces deux  réalités en même temps : légalité-liberté d’une part, et règlements-liberté limités d’autre part. (Ex : cigarettes, alcool, cannabis médical).

Vrai, certains ne respectent pas toujours les limites imposées par les règlements (ex : fumer à moins de 9 mètres d’une bâtisse). Il n’en reste pas moins que les limites encadrent l’utilisation…et la limite. Même si elles ne sont pas toujours respectées, on choisit quand même d’en mettre. Et on trouve collectivement que notre société se porte mieux comme ça. 

Comment nous y prenons-nous pour faire respecter ces limites-règlement ? Il n’y a pas une escouade policière pour la cigarette, une escouade pour l’alcool dans la rue, etc. Il y a une sécurité publique qui veille sur l’ensemble des règles qu’on se donne comme société. 

Aussi, à certains moments jugés opportuns, on fait des « opérations » spéciales. De plus, lors d’évènements spéciaux rassemblant beaucoup de monde (ex : FICG), il se fait un plan de match approprié afin de prendre en compte à la fois le contexte particulier de l’évènement et les règlements.

Dans l’espace public, on fait la différence entre boissons gazeuses et alcool ; même si les deux sont des « boissons ». Car contrairement aux sodas, l’alcool agit sur le système nerveux central et modifie l’humeur, la conscience et le comportement ; c’est la définition d’un psychotrope. N’est-ce pas là exactement la différence entre la cigarette et le cannabis ? 

Est-il préférable ou non de mettre des limites à la nouvelle liberté légalisée de consommer du cannabis ? Je propose que oui. Quelles règles se donner alors ? 

Dans l’espace intérieur des appartements, puisque c’est en privé, les règles appliquées à la cigarette semblent être un bon guide. Mais dans l’espace public, à cause de ses effets sur le système nerveux, il me semble que les règles que nous nous sommes données pour la consommation d’alcool sont un meilleur guide, pour les mêmes raisons. 

Et vous, que souhaitez-vous pour Granby ? C’est le temps de le dire. Aidons nos décideurs.

Pierre Paul Gingras

Granby