Une «plogue»pour Natashquan

J'étais en route pour Natashquan, en juillet 2013, quand les feux de forêt ont assombri la Minganie, forçant l'évacuation de Baie-Johan-Beetz et coupant la route menant au pays de Gilles Vigneault. Comme beaucoup d'autres touristes, j'ai dû attendre à Havre-Saint-Pierre, le temps que le gouvernement et la SOPFEU sortent de leur torpeur. Qu'ils dépêchent enfin, mais sur le tard, des équipes suffisantes pour maîtriser le sinistre.
Ces évènements ont torpillé la saison touristique de 2013 en Minganie et ils ont compromis la saison de pêche au saumon cette année. Qui veut aller pêcher sur une rivière à saumons dans un décor calciné? C'est la raison pour laquelle j'ai assisté, hier matin, au lancement de la programmation du Festival du conte et de la légende de l'Innucadie, qui se tiendra du 13 au 17 août à Natashquan. Je vous en parle parce que c'est aussi notre rôle d'épauler les gens ou les régions qui se remettent d'évènements difficiles. La conférence de presse se tenait à Québec parce que ce sont les visiteurs de l'extérieur que l'on veut amener en Minganie. Natashquan, c'est à peine 250 habitants, quatre fois moins que Nutashkuan, la communauté innue voisine, sans qui l'expression « occupation du territoire » perdrait tout son sens. Merci, les Innus!
« 1000 kilomètres (de Québec) c'est loin, mais c'est loin chez vous aussi, a déclaré Francis Malec, lui même un Innu, et président de la corporation du festival. Acceptez la modestie du gite, et la splendeur de la nature. » J'étais donc à Natashquan l'été dernier, mais en juillet, avant le festival. J'y retournerai un jour pour goûter à la poésie qui transpirait de toutes les annonces faites hier. Le Festival de l'Innucadie existe depuis 2006. Il est un amalgame de deux mots, « un terme qui exprime une aspiration profonde, celle de mieux se comprendre », a expliqué Francis Malec.
Il y a plus d'un siècle et demi que les Innus et les Acadiens établis là-bas partagent ce bout de territoire. Et ce qu'ils célèbrent, par ce festival de contes et de légendes, c'est leur volonté commune de mieux se connaître, et de mieux se faire connaître. Bernard Landry, dont les racines acadiennes sont connues, sera le coporte-parole de l'évènement, aux côtés de Joséphine Bacon, une poétesse innue que j'ai honte de ne pas avoir connue auparavant, tellement elle a brillé hier par ses talents de conteuse. Incidemment, l'exposition Matshinanu-Nomades, qu'elle a montée à la Grande Bibliothèque du Québec, sera présentée à l'église de Natashkuan du 23 juillet au 23 août.
Je ne vous ferai pas la liste de toutes les activités prévues au festival. Vous trouverez ça sur le site de l'évènement, http://innucadie.tumblr.com/. Gilles Vigneault sera-t-il là? On n'a pas de confirmation, mais il y retourne chaque été. Je vous parie qu'il y sera pendant le festival. En passant, si vous y allez et que vous avez le goût de l'inédit, il faut voir la présentation d'un dénommé Bruno Lachance à la petite école de Vigneault, transformée en musée. Lachance n'est pas un conteur. « Je ne suis rien... », dit-il modestement. Mais il y fera la présentation d'un conte inédit écrit par Vigneault, aux fins d'un livre publié à 99 exemplaires et gravé au laser sur des pages de cuivre provenant de l'ancienne toiture du Château Frontenac. Un livre vendu à 3000 $ l'unité et que Lachance s'est procuré sur un coup de coeur!
Bref, il y en aura pour tout le monde à ce festival, à la condition d'y être... « Vous allez décrocher de la ville, vous allez avoir le goût du large » a promis hier Luc Landry, l'un des participants à la conférence de presse. C'est vrai que c'est loin Natashquan et la Minganie, mais pour y être allé, je vous jure que ça vaut le long détour!
Gilbert Lavoie