Un refus peu convaincant du maire Bonin

Le maire Pascal Bonin a repoussé l'invitation de la chambre de commerce de Granby qui, depuis plusieurs années déjà, donne la parole au premier citoyen de la ville dès le début de la nouvelle année. Il n'aurait, paraît-il, rien à dire parce que la Ville est engagée dans une révision de son cadre budgétaire, que le budget de l'année 2014 est connu, que les priorités ne sont pas coulées dans le béton, qu'il ne pourrait donc que répéter ce qui fut dit lors de la présentation du budget, que tout exposé de sa part quant à l'avenir serait prématuré, que ce ne serait que du vent.
Voilà qui n'est pas très convaincant comme explication et qui pousse même à se demander s'il a peur de quelqu'un ou de quelque chose et, par-dessus tout, qui le conseille. Car il dit non à une rencontre et à un échange avec les membres de la chambre de commerce, l'un des principaux corps intermédiaires et groupements d'affaires de Granby et la région, alors qu'il court aux devants des citoyens désireux de le rencontrer au «samedi matin à Bonin». Pourquoi n'a-t-il rien à dire, répéter et répondre aux uns et tout aux autres? Il est vrai qu'aux autres, c'est en catimini et que ce n'est alors pas compromettant. Et qu'il ne risque pas non plus de se faire égratigner sur la place publique à partir des questions posées et des réponses données.
Bien sûr, le contenu de la présentation du maire était-il en quelque sorte traditionnel avec un exposé sur le programme triennal d'immobilisations (PTI) de même que sur les projets qui se feront ou ne se concrétiseront que plus tard. Mais ça, ce n'est pas davantage coulé dans le béton que le PTI. Lui qui veut changer des choses, faire à sa manière et sortir ainsi des sentiers battus, pourrait fort bien dire à la chambre de commerce qu'il veut plutôt parler de tel ou tel projet ou problème observé. Et cette dernière serait alors bien mal avisée de refuser. Le problème n'en est pas un de formule ou contenu. Il est d'une autre nature. Ce qui pousse à se questionner sur les véritables motifs et les conseils que le maire prend ou ne prend pas.
Les sujets ne manquent pourtant pas. L'avenir de l'église Notre-Dame et de la bibliothèque sont de la liste. Comme la fin de la saga des terres Miner et le développement de celles-ci, la mise à niveau de l'usine de filtration de l'eau potable et l'investissement que cela commandera, les feux de circulation ou le carrefour giratoire de l'intersection Robitaille-Laporte, le projet d'un nouveau pôle commercial en bordure du boulevard Laporte, la circulation sur le boulevard Bouchard et le stationnement à proximité du Zoo, la culture et l'animation du centre-ville, le dossier Agropur, l'expansion du cégep, l'avenir du lac Boivin qui étouffe avec les algues et les quenouilles, le patrimoine qu'on a toujours du mal à définir et préserver, etc. Sans oublier, bien entendu, cette dette qui en inquiète plusieurs.
On ne peut douter du nombre de dossiers à approfondir, de la nécessité d'en prioriser et, conséquemment, d'y réfléchir. Si le maire est pour le moment mal placé pour annoncer quoi que ce soit, il peut tout de même élaborer sur la révision en cours, les avenues en exploration. Et cela, de façon plus précise qu'il le fait actuellement. Non seulement son conseil doit-il réfléchir et explorer entre quatre murs, mais il doit écouter et échanger avec le milieu, dont les citoyens et les organismes. Or, un bon échange avec la chambre de commerce ne lui serait pas moins profitable que ce qu'il peut tirer du «samedi matin à Bonin» et de ses plus proches conseillers. Des membres de cet organisme ont certainement des questions à poser, des suggestions à formuler quant aux projets à venir ou à prioriser. Surtout qu'ils sont actifs dans le milieu. Pourquoi se priver de leurs vues, de leur expertise en refusant d'aller les rencontrer? Le vent allégué n'est qu'un prétexte!