Le marché public de Granby

Un marché public pour tous

COMMENTAIRE / Avec le beau temps, les gens envahissent les marchés publics au plus grand plaisir des marchands qui réalisent des affaires d’or. Les ventes annuelles de l’ensemble des marchés publics au Canada frôlent les 1,5 milliard de dollars. Ce montant ne représente tout de même qu’un maigre 1,2 % des ventes totales de produits alimentaires au détail au pays, mais ce montant ne cesse d’augmenter.

Il existe maintenant plus de 500 marchés publics d’envergure au Canada. Musique, chefs professionnels et spectacles culinaires nous en mettent plein la vue et tout le monde se sent au cœur de la fête lors d’une visite au marché. Certains nouveaux marchés comme celui d’Edmonton et celui du vieux Québec sont de véritables cathédrales de l’alimentation et épatent tous les visiteurs.

Un nombre grandissant de marchés publics offrent de plus en plus l’accès aux personnes à mobilité réduite. Même si les marchés publics ont la cote ces jours-ci, plusieurs savent qu’une simple seule visite au marché peut sérieusement compromettre un budget alimentaire.

Entre les années 1800 et 1915, les Européens qui ont immigré dans les premières colonies du « nouveau monde » au Canada ont transporté avec eux leur conception du souk. Ces foires constituant à cette époque des lieux d’échange principalement pour les paysans. Avec le temps, la modernisation du style de vie et l’industrialisation de l’agriculture, les gens ont cessé de dépendre de ce type de marchés publics pour se tourner vers les supermarchés. Ce n’est qu’à partir des années 1970 que ces lieux d’exposition pour commerçants ambulants regagnent en popularité.

Les gens visitent les marchés publics pour toutes sortes de raisons. Ils veulent d’abord une expérience unique et transiger directement avec les producteurs ou du moins avec des gens passionnés. Certains veulent simplement vivre une expérience qui diffère d’une visite dans un magasin qui manque parfois de personnalité. Ces foires alimentaires représentent un lieu privilégié pour célébrer ce que l’alimentation a de meilleur à nous offrir et les consommateurs veulent acheter des produits locaux, bien de chez nous.

Immanquablement, il y a eu quelques cas de fraudes alimentaires récemment rapportés en Ontario et ailleurs tandis que certains marchands offraient des produits locaux qui n’en étaient pas. Pour pallier cette situation, plusieurs marchés exigent des certificats d’authenticité de ses marchands afin de garantir la provenance des aliments et rassurer une clientèle prête à débourser plus pour leur nourriture. Quelques problèmes subsistent ici et là, mais de manière générale ils disparaissent à petit feu. Lorsque des gens sont prêts à payer plus, la mise en place de divers mécanismes devient essentielle.

Un morceau de ceci, deux morceaux de cela, et la facture peut grimper rapidement. En faisant attention, on peut toujours faire quelques aubaines, mais la tendance est bien connue... Une visite au marché public coûte cher, très cher. Plusieurs produits sont dispendieux, même hors de prix pour plusieurs. La nature exclusive d’une visite au marché dérange et certains se demandent si un marché public peut devenir une option viable pour un plus grand nombre de consommateurs.

Certaines provinces tentent de le faire. Tout récemment en Nouvelle-Écosse, une monnaie a été créée afin de permettre à certaines familles de bénéficier des marchés publics de façon régulière. Quelques marchés collaboreront avec certaines organisations partenaires pour émettre des food bucks, une monnaie alternative anonyme à utiliser chez certains marchands participants. Ce projet pilote s’appuie sur un programme réussi en Colombie-Britannique qui fonctionne déjà depuis quelques années. Certes, un concept intéressant qui permettra à plusieurs familles de profiter des marchés sans se ruiner. Peut-être qu’un jour le Québec emboîtera le pas, qui sait?

Malgré beaucoup d’efforts pour permettre une meilleure accessibilité aux marchés publics, la concurrence s’élève. À partir du 15 juillet, une nouvelle application permettra à l’ensemble des Canadiens, sauf les résidents du Québec, de commander en ligne et de se faire livrer des produits frais d’un agriculteur.

L’application Mrs Grocery, permet à n’importe qui de recevoir des produits frais de la ferme à domicile. Certains agriculteurs qui considèrent les frais d’exposition trop élevés pour un étal au souk optent pour des applications comme Mrs. Grocery. Le consommateur quant à lui, doit payer des frais de 10 $ pour un produit provenant d’un fournisseur et 5 $ pour tout produit provenant de chaque fournisseur supplémentaire. C’est un peu d’argent, mais pour les personnes à mobilité réduite, ce service aura son lot d’avantages.

Même si la concurrence virtuelle se fait de moins en moins discrète, il n’en demeure pas moins que les marchés publics jouissent d’un bel avenir, surtout en été. Mais permettre à ces lieux de devenir plus inclusif pour les familles et citoyens moins fortunés doit demeurer au cœur des préoccupations. Après tout, à l’origine, nos marchés publics étaient au service de tous.

L'auteur Sylvain Charlebois, originaire de Farnham, est directeur du Laboratoire des sciences analytiques agroalimentaires et professeur en distribution et politiques agroalimentaires à l'Université Dalhousie