Les avantages et les risques de l'informatisation

Le Centre de santé et des services sociaux (CSSS) de la Haute-Yamaska qui couvre le territoire de Granby et les alentours participera, avec celui de Richelieu-Yamaska (Saint-Hyacinthe), à un projet-pilote d'informatisation du dossier clinique des patients. La nouvelle réjouit la direction de l'organisme et, probablement aussi, de nombreux intervenants en santé ainsi que bien des patients. Car tous y gagneront en efficacité et en sécurité et on fera du coup l'économie de la manipulation d'une montagne de papier. À la condition, bien entendu, que ça ne prenne pas une éternité encore et que ça fonctionne bien.
Oui, il faut bien dire «à la condition que» parce que ça fait des années qu'il est question d'informatiser les dossiers des patients. Un cheminement marqué de craintes et de ratés avec, de surcroît, la perspective de coûts pas mal plus élevés que ceux prévus. La politique s'en mêlant, promoteurs et décideurs sont devenus plus frileux. Peut-être aussi que le dossier était mal ficelé. Reste que ça fait des années qu'on en parle, que des politiciens s'accusent et que ça traine alors qu'il est dans l'intérêt de tous que ce projet se concrétise.
De nombreuses cliniques ont déjà informatisé les dossiers de leurs patients et ceux qui les fréquentent en voient les résultats. Finis les épais dossiers aux portes et sur les bureaux avec les courses aux archives et dans les couloirs. Un clic et le médecin a immédiatement le dossier de son patient à l'écran. Et, avec un dossier bien monté, pas besoin de fouiller longtemps pour trouver l'information voulue. Bref, l'informatisation permet l'économie de paperasse et de temps ainsi que l'efficacité.
Or, si c'est aussi pratique dans une clinique, pourquoi pas alors dans les hôpitaux et les autres établissements d'accueil et traitement où les patients, les intervenants et les dossiers sont multiples? Et où, faut-il aussi le reconnaître, la sécurité et la discrétion laissent parfois à désirer, notamment quand le dossier est accroché au pied d'un patient alité dans le corridor. Mais un bon dossier peut aussi servir à d'autres fins que le traitement. Comme empêcher la multiplication des mêmes examens et, ainsi, des délais et des frais en découlant.
Dans un monde idéal, les dossiers devraient être accessibles à l'échelle du Québec de sorte que les cliniques spécialisées des grands centres de santé ne commandent pas des examens déjà et récemment faits ailleurs et qu'un hôpital de Gaspé puisse par exemple rapidement accéder au dossier d'un touriste de Granby victime d'un accident ou d'un malaise en Gaspésie. Pourquoi le soumettre à de nombreux examens si les données pertinentes sont déjà consignées au dossier de l'hôpital ou d'une clinique de sa région? Cela peut même, en cas d'urgence, éviter des erreurs et accélérer le traitement.
L'informatisation envisagée ne viendra pas sans soulever des craintes. Qui fera le travail? Le fera-t-on avec toute la discrétion et la sécurité souhaitables? Et après, comment s'assurer qu'il n'y aura pas de fuites? Surtout que l'état de santé peut en intéresser d'autres que le patient lui-même. Si les dossiers sont accessibles à tous les intervenants majeurs, ne serait-ce que les médecins traitants et spécialistes, ça fait déjà pas mal de monde à l'échelle du Québec. Enfin, si des malins sont capables de déjouer les barrières de sécurité de l'impôt, de la Nasa, des agences nationales de sécurité, pourquoi pas alors celles des cliniques et institutions de santé?
Ce risque ne justifie pas de renoncer à l'informatisation des dossiers de santé. Car il y a aussi risque à trimbaler des dossiers dans les corridors, à les empiler sur des bureaux, à les voir passer d'un bureau à l'autre, à prendre du temps à les fouiller. Comme à multiplier les examens faute de banque centrale. Impossible de passer à côté de l'informatisation, ne serait-ce que par souci d'efficacité. Il importe toutefois de développer et appliquer parallèlement les mécanismes de sécurité requis de sorte qu'il n'y ait pas de fuites et que la consultation des dossiers soit toujours justifiée et réservée aux seuls intervenants concernés.