L'équilibre dans les présentations aux étudiants

Léo Bureau-Blouin, l'un des leaders étudiants impliqués dans la crise étudiante du printemps 2012 et depuis devenu député péquiste de Laval-des-Rapides, était récemment de passage à Granby où il a fait la promotion de Charte de la laïcité défendue par le PQ devant les élèves de secondaire IV de l'école J.-H.-Leclerc. Arguant qu'il ne faut pas attendre une nouvelle crise, celui-ci y a plaidé en faveur de balises, ajoutant que l'encadrement donnera confiance et favorisera l'ouverture aux autres. La Charte, dit-il aussi en substance, sera rassembleuse.
Que cet ex-leader étudiant plus modéré que certains autres vienne entretenir les étudiants de la région de ses vues et des projets de son parti n'est pas anormal. Car il faut bien initier la jeunesse à la politique, amener celle-ci à réfléchir sur les décisions qui l'affectent déjà, comme les droits de scolarité par exemple, et qui en influenceront l'avenir. Mais il serait important que les étudiants aient droit aux vues des tenants d'autres options, bref que les prétentions divergentes leurs soient également exposées et que, ainsi mieux informés, ils tirent eux-mêmes leurs propres conclusions.
Rappelons ici que des porte-paroles de quelques organisations environnementales sont venus à Granby à quelques reprises au cours des dernières années, cela au cégep Granby Haute-Yamaska notamment, pour défendre leur credo à propos du réchauffement de la planète, de l'exploitation des gaz de schiste, etc. Cela pose le même problème que lorsque Léo Bureau-Blouin vient parler aux élèves du secondaire. Les étudiants ne sont exposés qu'aux vues des conférenciers accueillis, lesquels n'ont pourtant pas le monopole de la vérité. Ce dont il faut d'autant plus se méfier que le lobby anti-gaz de schiste n'est pas moins puissant et actif que celui des grandes pétrolières.
Pas question de blâmer ici qui que ce soit. Les politiciens sont justifiés de défendre leurs vues et les orientations auxquelles ils adhèrent. Ce qui est aussi vrai pour les environnementalistes. D'autant plus que, en matière d'environnement, on est souvent confronté à des géants plus soucieux de profit que de respect, de qualité de vie et d'environnement. De même, les politiciens ont souvent tendance à colorer leurs projets en fonction de leurs vues et objectifs. Pas sûr, par exemple, que la Charte de la laïcité sera aussi rassembleuse que certains le prétendent, qu'elle ne viendra pas créer une brèche dans les droits fondamentaux, dont ceux des minorités. Ne rien faire n'est enfin pas une option.
Que ce soit dans nos écoles secondaires ou cégeps, cela dans notre région comme partout ailleurs, les organisations étudiantes devraient veiller à ne favoriser aucune option en particulier. Puisque ce sont des maisons d'éducation, de formation des décideurs et de la société de demain, il importe de donner l'information la plus complète possible aux élèves, d'étaler le pour et le contre avec les nuances pertinentes dans chaque dossier. Cela veut dire inviter ou accueillir, au plan politique, les promoteurs des diverses options plutôt que d'une vision seulement. Et, en environnement, donner aussi la parole à ceux qui ont des voies responsables à proposer, des arguments économiques à faire valoir. D'autant plus qu'on ne pourra pas assurer le maintien de tous nos services sociaux en continuant d'importer d'ailleurs à gros prix ce que nous pourrions tirer de notre propre sous-sol.
L'important, en fin de compte, c'est de prioriser l'équilibre et, conséquemment, d'offrir la tribune aux tenants des différentes options au lieu d'en favoriser une seulement. Et cela, tout particulièrement dans les institutions de formation de la jeunesse et de la société de demain. Ce qui est aussi souhaitable pour tous les autres groupes de la société. Voilà la ligne de conduite qui devrait idéalement guider les organisations étudiantes. Si celles-ci ne sont pas en mesure d'assurer ce devoir inhérent au sens des responsabilités, aux directions d'écoles ou commissions scolaires d'y veiller ou d'exclure ces activités de sorte qu'elles ne deviennent pas des lieux et sessions d'endoctrinement partisans plutôt que de formation.