L'église Notre-Dame, la bibliothèque et le cégep

L'administration municipale de Granby est confrontée à un défi de taille à multiples volets avec l'église mère de Granby dont la Ville a pris possession il y a quelques mois: la nécessité de trouver un nouvel usage à cet important édifice du centre-ville, la nécessité aussi d'agrandir ou de déménager la bibliothèque municipale, un service public qui est à ce point à l'étroit dans ses locaux attenants à l'hôtel de ville qu'il n'est pas en mesure d'y présenter tout ce qu'il reçoit et possède comme livres et documentation, de tenir tout ce qu'il devrait comme activités, bref, d'être à la hauteur des normes gouvernementales et des attentes de la population pour une ville de l'importance de Granby. À ce casse-tête s'ajoutent par ailleurs les besoins du cégep, une institution du voisinage de l'église qui est elle aussi à court d'espace.
Refusant de voir le dossier repoussé aux calendes grecques, le maire Pascal Bonin veut que le comité municipal de la culture en soit saisi dès les prochains mois. Et pourquoi pas, puisque la Ville est maintenant propriétaire de l'église et qu'il faut bien qu'elle serve à quelque chose? Que ce soit pour abriter une bibliothèque, des services du cégep ou à d'autres fins éducatives ou culturelles, de sorte que l'investissement requis en réaménagement et entretien se justifie et que les besoins à combler le soient. Ça ne peut pas demeurer un monument vide acquis juste pour préserver l'église mère de Granby. La Ville n'est pas obligée de sauver et garder toutes les églises qui se vident. D'autant plus qu'elle en a déjà acquis deux autres.
Les coûts de transformation et réaménagement de l'église Notre-Dame en bibliothèque qu'on estimait à 7 ou 8 millions$ il y a quelques années ont graduellement gonflé à 10 millions,$ puis à 12 et 14 millions$. Le maire Bonin parle maintenant de quelque 20 millions$. Impossible pour la Ville de s'aventurer dans pareil projet sans de fortes subventions. Et à ce compte, peut-être que le cégep ne l'est pas davantage parce qu'il faudrait bien pour lui aussi transformer et réaménager pour satisfaire ses besoins. Est-ce que cette église pourrait, à moindres frais, servir à d'autres fins acceptables pour la collectivité? Parce que, par respect, on ne peut pas faire n'importe quoi avec une église, même abandonnée comme lieu de culte.
Quel serait le coût d'un édifice tout neuf pour une bibliothèque? Ou d'un étage additionnel sur l'édifice où elle loge actuellement? Y a-t-il un emplacement convenable au centre-ville en supposant qu'on oublie celui de l'église? La Ville est-elle elle-même à court d'espace et prête à envahir les locaux de l'actuelle bibliothèque advenant sa relocalisation? Le cégep, qui veut prendre de l'expansion, est-il intéressé par le site et le bâtiment de l'église? Est-il prêt à investir tout ce qui serait requis pour l'occuper? A-t-il les yeux sur d'autres sites, dont l'ancienne usine Hafner par exemple? Y a-t-il, comme en parle le maire sans élaborer, d'autres changements de vocation et réaménagements possibles au centre-ville?
Les questions sont nombreuses, les avenues explorées coûteuses et peu connues de la population dans leurs détails à tout le moins. Aussi, faut-il que le conseil s'y arrête parce qu'il faut bien faire quelque chose avec cette église, en même temps que satisfaire les besoins du cégep et de la bibliothèque. Mais si les gros sous des pouvoirs supérieurs ne sont pas au rendez-vous pour la transformation et les réaménagements requis, il y a peu de chances de voir la bibliothèque ou le cégep emménager dans l'église mère de Granby. Les contribuables diront NON. Surtout s'il est sensiblement moins coûteux de regarder ailleurs ou d'y aller avec du neuf. Et la question de l'usage de l'église Notre-Dame restera alors entière. À moins que la Ville et le cégep unissent leurs efforts et qu'il y ait partenariat avec d'autres intervenants (mais lesquels?) pour trouver une solution originale et satisfaisante pour toutes les parties et la collectivité à la fois.