La manne annonciatrice des élections

La manne électorale s'abat partout sur le Québec depuis quelques semaines. Avec abondance de surcroît. Elle totalisait deux milliards$ il y a deux semaines. Et ça continue depuis. La région n'est pas en reste avec quelques subventions au développement industriel et 450 nouvelles places en garderie. En reste-t-il à venir? Ça ferait peut-être trop électoraliste, compte tenu des préparatifs inavoués, mais observés, à la veille du déclenchement d'une campagne où Mme Marois parlera d'économie, de nettoyage, de laïcité, d'identité et de souveraineté en continuant de se présenter, comme depuis quelques semaines, sur toutes les scènes publiques.
Cette stratégie, décriée par plusieurs, dont ses adversaires politiques, n'est pourtant pas nouvelle. Tous les partis font de même à l'approche des élections avec l'espoir de les remporter. Bref, ils ne ménagent rien pour conquérir, acheter le pouvoir. Et dans cette quête, le chef qui l'occupe dispose d'un atout: le choix de la date des élections. S'il a le temps pour lui, il attend le moment favorable. S'il est minoritaire, il combine deux éléments: le moment le plus favorable à ses intérêts et le plus défavorable pour les adversaires. Surtout s'il peut jouer ses cartes assez bien pour éviter d'être renversé, un risque que courrait le PQ en repoussant davantage les élections.
Comment ne pas rêver du jour où un parti au pouvoir aura le courage de mettre fin aux calculs manipulateurs? Comme aux États-Unis et dans les pays ou les provinces canadiennes où on ne peut plus jouer avec la date des élections comme le fait Mme Marois, comme l'avait auparavant fait le chef libéral Jean Charest. La faute de qui si nous en sommes toujours au même point? De tous nos politiciens, même s'ils se renvoient la balle. Parce que, si vertueux qu'ils se prétendent, ils essaient d'imprégner de leurs couleurs les projets considérés. Chacun campant sur ses positions, les démarches échouent. Et tout continue comme avant.
Voyez maintenant ce qui nous attend. Advenant la réélection du PQ, il faudra débattre du budget Marceau, dont on ne connaît toujours pas le volet des crédits, aborder aussi les avenues proposées en santé et en éducation, la hausse des frais de garderie, le financement des investissements annoncés, trancher dans les dossiers de la laïcité, de l'aide médicale à mourir, de la réforme du mode électoral, de l'exploration pétrolière. Puis, il y aura un «Livre blanc» sur l'avenir du Québec outre les récriminations contre le fédéral. Et plein d'autres sujets à propos desquels les politiciens déchireront leurs chemises sur la place publique.
Advenant une défaite de l'équipe Marois au bénéfice des libéraux du Dr Couillard, à peu près tout ce que le gouvernement péquiste a récemment annoncé sera remis en question. Dont le budget Marceau. Avec un nouveau chef et une équipe différente, il faudra un peu de temps aux libéraux pour revoir les orientations du PQ qu'ils ne partagent pas: la charte de la laïcité, les choix budgétaires, l'enseignement de l'histoire nationale, les investissements d'Hydro-Québec, la guéguerre contre le fédéral, etc. Faudra aussi se pencher sur les garderies, non seulement sur la hausse de la part citoyenne de 7 à 9$ par jour, mais sur le développement du réseau. Car, pourquoi ajouter encore des places, même si elles sont justifiées, si on est à court de fonds et de personnel qualifié pour ouvrir et opérer celles qui avaient précédemment été annoncées?
Quel que soit le vainqueur des élections à venir, il aura de difficiles décisions à prendre. Parce que les revenus ne permettent pas de combler toutes les attentes en santé, services sociaux et éducation, à moins de négliger tout le reste dont le réseau routier et ses ponts, et qu'on a fait la preuve qu'injecter plus d'argent ne produit pas les résultats espérés. Il faudra faire autrement, secouer les vieux meubles, sacrifier des vaches sacrées. Ça fera mal, mais c'est toujours ce qui arrive dans une société qui vit au-dessus de ses moyens et qui est malgré tout toujours en demande.