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Dr Sylvain Charlebois
Professeur titulaire, directeur principal, Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire
Dr Sylvain Charlebois
La chaîne Starbucks vient d’annoncer qu’elle fermera 300 succursales d’ici mars. La plupart des établissements qui fermeront se retrouvent dans les centres commerciaux et bien sûr dans les centres-villes.
La chaîne Starbucks vient d’annoncer qu’elle fermera 300 succursales d’ici mars. La plupart des établissements qui fermeront se retrouvent dans les centres commerciaux et bien sûr dans les centres-villes.

La fin des villes ?

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COMMENTAIRE / Ce n’est un secret pour personne, la pandémie a poussé de nombreux Canadiens à fuir les villes au profit des banlieues et de la campagne. Selon Statistique Canada, le phénomène a entraîné une perte de population record pour Toronto, Montréal et Vancouver en 2020. Cette migration s’observe partout en Occident et selon certains rapports qui émanent du secteur immobilier, nous risquons de voir cette tendance se poursuivre en 2021 et possiblement dans les années subséquentes.

Toronto a enregistré un exode urbain inégalé de 50 375 personnes entre le 1er juillet 2019 et le 1er juillet 2020. À Montréal, ces départs tournent autour de 35 000, tandis qu’à Vancouver ils s’établissent à environ 15 000 personnes. Ce n’est pas inhabituel de voir des citadins déserter les villes, mais ceux-ci sont souvent remplacés par de nouveaux immigrants.

La pandémie a accéléré la cadence de cette fuite vers les banlieues, surtout chez les jeunes. Près du tiers de cette migration était constitué de personnes de 15 à 29 ans, et 82 % avaient moins de 45 ans. Ces personnes représentent les générations qui tranquillement laissent tomber la vie urbaine.

Bien sûr, le coût d’acquisition d’une propriété dans les grandes agglomérations peut représenter un obstacle. Même si les taux d’intérêt actuels atteignent des niveaux historiquement bas et rendent l’argent presque gratuit, l’immobilier devient hors de portée pour plusieurs ménages dont les revenus ont à peine augmenté.

Le télétravail offre maintenant l’occasion à plusieurs personnes de s’offrir une oasis de paix, loin du vacarme des villes. Pour ceux qui croient que le télétravail n’est qu’une vogue passagère, détrompez-vous.

Plusieurs sondages suggèrent qu’environ le quart des employeurs au Canada envisagent de laisser leurs employés travailler de la maison la majorité du temps une fois la pandémie terminée. Pendant que plusieurs entreprises revoient leur stratégie ergonomique et d’espaces de travail, plusieurs locateurs peinent à trouver de nouveaux locataires. Si les tours de bureaux ne se vident pas après la pandémie, les baux risquent de se renégocier à la baisse par la suite.

Un marché domestiqué, plus sédentaire, consommera différemment. Appuyée par nos ambitions culinaires à la maison, notre littératie alimentaire s’accroît, purement et simplement. Pour cette raison, notre relation avec la nourriture a beaucoup changé depuis quelques mois, qu’on le veuille ou non.

Pendant ce temps, la restauration se mobilise. La chaîne Starbucks vient d’annoncer qu’elle fermera 300 succursales d’ici mars. La plupart des établissements qui fermeront se retrouvent dans les centres commerciaux et bien sûr dans les centres-villes. En moyenne, un Starbucks génère un chiffre d’affaires annuel d’environ 600 000 $. C’est potentiellement 180 millions de dollars qui se dépenseront ailleurs, possiblement dans les magasins de détail ou en banlieue loin des centres urbains.

Pour récupérer ces 180 millions, Starbucks s’orientera vraisemblablement vers les endroits où l’argent se trouve. Et cet argent, détenu par les jeunes qui représentent l’avenir, se retrouve dans les municipalités, éloignées des villes. Cette génération dictera les règles du marché pour les 30 prochaines années.

Attendez-vous à voir d’autres chaînes emboîter le pas. Sur 98 000 restaurants, environ 10 000 ont fermé leurs portes depuis le début de la pandémie, et dans plusieurs cas, de façon permanente. De ces quelque 10 000 établissements, plus de 90 % se situent dans des centres urbains au sein de villes comptant plus de 200 000 habitants.

La COVID, soutenue par des taux d’intérêt ridiculement bas, forcera l’ensemble du secteur de la restauration à se réorienter. Même scénario d’ailleurs pour le commerce de détail.