Est-ce la fin du chocolat ?

CHRONIQUE / La demande de cacao risque d’augmenter de 30 % d’ici deux ans. Une hausse énorme et une production mondiale qui pourrait ne pas suffire.

Certains prétendent que le cacao est la nourriture des dieux qui mène droit au paradis. Certains vont même jusqu’à dire que la dégustation du chocolat revêt un caractère céleste et «tripatif». Au temps des Aztèques, le cacao se consommait pour ses vertus médicinales. Les temps changent, semble-t-il ! De nos jours, le chocolat est devenu un ingrédient très populaire et difficile de le dissocier des grandes fêtes sur notre calendrier, dont Pâques, bien évidemment.

Plus que jamais, l’industrie du cacao dépasse l’imaginaire. Plus de 50 millions de personnes dans le monde dépendent du cacao pour leur gagne-pain ; agriculteurs, transformateurs, détaillants, etc. Bref, beaucoup de monde. La production mondiale s’estime à 4,2 millions de tonnes, totalisant une valeur d’environ 14 milliards de dollars.

La majorité du cacao produit est destiné au chocolat et le reste à la poudre de cacao. Les plus grands producteurs de cacao se retrouvent en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Nigéria et au Cameroun. Menée principalement par la Côte d’Ivoire, 70 % de la production provient d’Afrique. À l’extérieur de l’Afrique, les autres plus grands producteurs se retrouvent en Indonésie, au Brésil, en Malaisie, en Équateur et en République dominicaine. Ces pays fournissent l’Europe et l’Amérique en quelque sorte.

Vu le haut niveau de corruption et le climat qui prédispose la culture du cacao à des insectes nuisibles, la production de cacao demeure extrêmement précaire. La grande vulnérabilité de cette filière découle des divers changements climatiques, tandis que les pratiques agricoles dans ces pays peinent à s’adapter. De plus, la pression ne cesse d’augmenter. Depuis 10 ans, la demande pour le cacao augmente de 3 % annuellement. Certains pays émergents s’intéressent de plus en plus au cacao et au chocolat. En Inde, cette demande augmente de 18 % à 20 % chaque année et en Chine, elle explose littéralement. La demande de cacao pourrait augmenter de 30 % en deux ans.

D’ailleurs, le cours du cacao atteint son plus haut niveau depuis novembre 2016 et certains analystes estiment qu’il pourrait augmenter encore et se rapprocher du niveau record de 3800 $ US la tonne. Pour l’instant, il se situe à 2615 $ US la tonne. Toutefois, le prix du cacao est hautement volatil et augmentera au cours des prochaines années, tout comme celui du chocolat.

Contrairement à la croyance populaire, le plus grand producteur de chocolat n’est pas la Suisse, mais plutôt l’Allemagne. La Suisse, où sont notamment installés des géants tels que Nestlé et Lindt, occupe seulement le 10e rang au palmarès des plus grands producteurs de chocolat.

La Suisse suit la Belgique, les Pays-Bas, l’Italie, les États-Unis et la Pologne. Le Canada se retrouve au 7e rang dans ce classement. Pas si mal pour un pays nordique. Puis l’Angleterre et l’Espagne suivent de près.

La grande majorité des Canadiens consomme du chocolat au moins une fois par semaine. Et bien sûr, ce produit joue un rôle important lors des célébrations pascales. À l’Halloween, à la Saint-Valentin, à la fête des Mères, ou lors des Fêtes de fin d’année, le chocolat a toujours sa place.

En gastronomie, le chocolat se prête à toutes sortes d’applications ; avec des viandes, des légumes, de la bière, et bientôt avec le cannabis. Bref, le chocolat se retrouve partout. Nos goûts pour le chocolat changent. Le chocolat noir devient de plus en plus à la mode, même auprès des plus jeunes.

Le Canada est le 9e consommateur de chocolat par personne au monde. Chacun d’entre nous consomme 6,4 kg de chocolat par année. C’est bien peu si l’on se compare aux grands fanatiques du chocolat, les Suisses, qui consomment pratiquement le double de chocolat chaque année, presque 12 kg. Avec un peu de volonté, le Canada pourrait produire du cacao. Après tout, l’agriculture se passe de plus en plus à l’intérieur des serres, à l’abri des intempéries et des risques que l’on ne peut gérer. Mais notre climat rend cette astuce très coûteuse. Sinon, nous aurions déjà des producteurs au pays.

Le stratagème le plus efficace demeure le commerce équitable et l’intégration d’une approche collaborative en distribution. La moitié des sommes qui rejoignent les producteurs est réinvestie afin de rendre les fermes plus performantes. Cette avenue a du mérite. L’Inde a commencé à produire du cacao en 2010 et elle sera en mesure d’augmenter sa production lors des prochaines années. En travaillant avec des producteurs locaux, Mars et Nestlé ont investi en Inde afin de produire du cacao. Ils le font principalement parce qu’ils se retrouvent au bord du précipice et se doivent dorénavant de s’intégrer davantage avec la production. Ainsi, l’apport de la production deviendra plus prévisible que maintenant.

Mais en attendant, il ne faut pas se sentir coupable ce week-end. Profitez-en et dégustez votre chocolat préféré. Joyeuses Pâques !

Sylvain Charlebois

L’auteur, originaire de Farnham, est doyen de la faculté de management et professeur titulaire en distribution et politiques agroalimentaires de l’Université Dalhousie