L'eau, les huiles, le lait, la crème, les biscuits, le gras, les bonbons constituent autant de produits à base de noix de coco qui se retrouvent partout dans nos épiceries.

Coucou pour la noix de coco

La soudaine popularité de la noix de coco des dernières années surprend ; un engouement qui dure depuis presque une décennie.
L'eau, les huiles, le lait, la crème, les biscuits, le gras, les bonbons constituent autant de produits à base de noix de coco qui se retrouvent partout dans nos épiceries, centres d'entraînement, restaurants, etc. Même des célébrités comme Madonna, Gwyneth Paltrow, Matthew McConaughey et Rihanna prêtent leur nom à la commercialisation de certaines marques. La noix de coco est désormais reconnue par plusieurs comme un super aliment. Sa notoriété subite, par contre, n'est pas tout à fait une coïncidence.
D'abord, l'une des raisons de la popularité soudaine du fruit du cocotier résulte de la prépondérance d'allergies au gluten et au lactose. La noix de coco est un ingrédient qui ne pose aucun risque pour l'ensemble de la population, à part pour ceux qui sont allergiques à la noix de coco, bien sûr. Les multinationales du secteur alimentaire ont adopté la noix de coco comme substitut, ni plus ni moins.
Sa valeur nutritionnelle est aussi louangée par l'ensemble des experts en nutrition. À en croire certains rapports, sa teneur en magnésium, en électrolytes et en potassium en fait un choix judicieux. Selon plusieurs recherches, la noix de coco est un sucre naturel qui procure de l'énergie et permet à ceux qui la consomment d'être cognitivement plus alertes. Il est difficile de prévoir quand cette mode s'atténuera, mais tout indique qu'elle durera encore pour un petit bout de temps.
Mais tout cela n'est pas nouveau, alors pourquoi la noix de coco est-elle si populaire maintenant ?
Depuis 2008, c'est la folie. La consommation de noix de coco s'est carrément occidentalisée. Au Canada, on estime que le secteur alimentaire a introduit au cours de la dernière décennie plus de 2000 produits alimentaires différents contenant de la noix de coco. Selon certaines estimations, le marché de la noix de coco et de ses produits dérivés dépasse maintenant le milliard de dollars au Canada. Cependant, les prix augmentent aussi. Dans plusieurs magasins, l'huile à la noix de coco, par exemple, est 50 % plus chère qu'au cours des années précédentes.
La production de noix de coco existe depuis des millénaires. Pratiquement le tiers du secteur agricole mondial dépend de la production du cocotier pour survivre. Plus de 90 pays produisent la noix de coco. Les plus grands producteurs sont les Philippines, l'Indonésie et l'Inde. Ces trois pays produisent à eux seuls plus de 70 % de la quantité de noix de coco retrouvée sur la planète. En effet, les cocotiers sont communément appelés les « arbres de la vie » dans ces contrées. Mais c'est vraiment durant la Seconde Guerre mondiale que l'Occident s'est intéressé à la noix de coco, mais très modestement.
Cette forte demande inopinée a déstabilisé la production mondiale ces dernières années. Les exportations provenant des Philippines ont augmenté de 1000 % depuis sept ans. Les Caraïbes, une autre région productrice de cette noix, peinent à fournir. Malgré la popularité de cette denrée, 60 % des producteurs du secteur reçoivent toujours pratiquement le même prix pour leurs noix de coco, et vivent sous le seuil de la pauvreté. Cette situation pourrait créer des problèmes à long terme. Ce sont plutôt les agents et courtiers qui profitent de la manne de la noix de coco.
Une culture vulnérable
La vulnérabilité de la production de noix de coco crève les yeux. En premier lieu, cette culture est exposée aux maladies destructrices qui peuvent survenir en un rien de temps. De plus, l'âge moyen des arbres dans certains pays grands producteurs dépasse
60 ans, ce qui diminue tranquillement le niveau d'efficacité du secteur. Sans oublier que la majorité des régions productrices de noix de coco se situe dans des zones exposées à des désastres naturels, comme les ouragans et les tremblements de terre.
Les Philippines et l'Indonésie investissent de plus en plus dans la formation pour assurer des plantations plus efficaces et moins à risque de propagation de maladies et d'exposition aux ouragans. Plusieurs groupes augmentent la capacité logistique de la production intérieure afin que les producteurs puissent être en meilleur contrôle de leur stratégie de commercialisation. Leur dépendance envers certaines entreprises en amont de la chaîne diminuera.
Malgré une forte hausse de la consommation de noix de coco en Occident, les producteurs méritent de meilleures conditions afin de répondre à une demande croissante. D'autre part, notre filière acéricole pourrait apprendre des succès de la noix de coco et faire du sirop d'érable le prochain super aliment populaire.
L'auteur, Sylvain Charlebois, est originaire de Farnham et est doyen de la faculté de management et professeur titulaire en distribution et politiques agroalimentaires de l'Université Dalhousie