Les fluctuations surprenantes des prix au comptoir des légumes en ont étonné plusieurs, forçant ainsi les consommateurs à devenir plus sélectifs dans leurs choix.

Bye-bye chou-fleur, bonjour tablée canadienne

Au chapitre de l'alimentation, l'année 2016 fut d'abord marquée par une hausse, suivie d'une baisse spectaculaire des prix alimentaires au détail. En effet, la sensibilité des consommateurs face aux prix a atteint son paroxysme avec le phénomène inoubliable du chou-fleur vendu à 8 $ et 10 $ au Canada, en décembre 2015 et janvier dernier 2016. Les fluctuations surprenantes des prix au comptoir des légumes en ont étonné plusieurs, forçant ainsi les consommateurs à devenir plus sélectifs dans leurs choix. L'incident du chou-fleur a poussé les gens, plus que jamais, à surveiller les prix alimentaires et à partager leurs expériences par le biais des réseaux sociaux.
D'ailleurs, une étude récente menée et publiée par l'Université Dalhousie au mois de novembre indiquait que la majorité des Canadiens (53,4 %) avait changé leur façon de faire l'épicerie au cours des douze derniers mois étant donné les fluctuations du coût de la nourriture. Au Québec, plus de 47 % des ménages ont même décidé de faire des ajustements à leur menu afin d'épargner à l'épicerie. Bref, les chaînes alimentaires traitent dorénavant avec des clients qui sont plus que jamais conscientisés aux prix des denrées alimentaires et à la recherche d'aubaines. En général, le consommateur semble de moins en moins loyal aux marques de produits qu'il achète et consent à choisir un produit substitut, moins dispendieux. Cette année, davantage qu'auparavant, le consommateur planifie et développe une meilleure stratégie avant de visiter un magasin d'alimentation afin de profiter au maximum des rabais offerts.   
Un autre phénomène bizarre s'est produit en 2016, c'est la chamaille rendue publique entre les grands du commerce de détail alimentaire et les transformateurs. En effet, les choses se sont corsées en 2016. Loblaw, Sobeys et Métro ont tous à leur tour expédié des lettres avisant leurs fournisseurs de maintenir ou réduire leurs prix. La nature très ouverte de ces missives a surpris bien du monde. Il y a toujours eu beaucoup d'irritabilité au sein de l'industrie entre les transformateurs et les détaillants, mais 2016 fut marquée par la mise en lumière des relations tendues au sein de la chaîne d'approvisionnement alimentaire. Tout cela a mené à une déflation marquée ces derniers mois. De surcroît, cette baisse généralisée des prix alimentaires affecte une bonne partie de l'Occident. C'est un peu la même chose de l'autre côté de l'Atlantique. Outre-mer, l'Europe foisonne de produits alimentaires en raison de la surproduction et des embargos russes qui affectent toujours le marché européen. L'économie européenne boiteuse force ainsi les consommateurs à acheter des produits moins dispendieux. 
En 2017, selon toute vraisemblance, l'anxiété des consommateurs ne diminuera guère. Malheureusement pour les gens moins nantis, les rabais en épicerie seront de courte durée. Plusieurs facteurs macroéconomiques nous indiquent que le prix des aliments en 2017 pourrait augmenter de 3 % à 5 %. Un rapport publié récemment prévoit que le prix des fruits et légumes augmentera l'an prochain. Avec un dollar vraisemblablement plus faible, et le cours de plusieurs denrées agroalimentaires plus élevé, le prix des légumes, fruits, noix, et même quelques viandes comme le porc, risque d'augmenter. Alors plusieurs d'entre nous vont devoir se serrer la ceinture autant à l'épicerie qu'au restaurant. Mais pour l'an prochain, il y a tout de même un peu d'espoir pour la filière agroalimentaire de chez nous. 
Bien sûr, l'année 2017 marquera le 150e anniversaire du Canada. Tout au long de l'année, le patriotisme canadien sera omniprésent sur les tables des consommateurs du pays, et c'est tant mieux. Les célébrations entraîneront la population à faire la promotion des produits locaux. Fruits de mer, viandes, fruits et légumes, l'ensemble de notre héritage agricole sera valorisé à sa juste valeur. 
Le mouvement d'achat de produits locaux qui existe déjà depuis plusieurs années, surtout au Québec, sera énergisé par la tribune qu'auront les produits canadiens. Les prix moins élevés en début d'année pour la viande, surtout le boeuf, affecteront la demande dans cette section du magasin. Le végétarisme qui semblait gagner du terrain ces dernières années ralentira sa cadence. Les nouvelles qui décourageaient les gens de consommer des viandes et de la charcuterie s'accumulaient ces dernières années. Mais en 2017, les consommateurs voudront peut-être renouveler leur relation avec les protéines de nos ancêtres et profiter de la viande produite ici. La célébration de nos cultures culinaires et traditions gastronomiques prendra beaucoup de place en 2017 et nous fera oublier le coût supplémentaire de nos aliments, du moins pour un certain temps. 
Sylvain Charlebois
Doyen de la faculté de management et professeur titulaire en distribution et politiques agroalimentaires de l'Université Dalhousie