Apprendre à vivre selon nos moyens

Qui ne maugrée pas contre les gouvernements supérieurs, les administrations municipales et scolaires et tous les mandataires qui annoncent des réductions de personnel et de services, des coupes budgétaires, le report ou l'annulation de projets? Et si les grands mandataires ne sont pas heureux, comment les organismes à vocations humanitaires, sociales et culturelles peuvent-ils l'être, eux qui sont à la base de la pyramide, en contact avec les gens et milieux en besoin, et qui ont moins à leur offrir parce qu'ils souffrent aussi des compressions des décideurs?
Les organismes scolaires et de santé doivent se serrer la ceinture afin que l'État puisse équilibrer son budget, assainir ses finances. Les municipalités, qui rêvent de nouvelles sources de revenus, devront attendre. Les gros syndicats de policiers et pompiers auxquels s'ajoutent des groupes de col blanc tiennent à leurs coûteux acquis. Les responsables des garderies sont aussi frustrés et les fonctionnaires provinciaux fourbissent leurs armes en vue de négociations où ils comptent marquer des points. Dans ce contexte, la quête de logements sociaux, de travail et de services appropriés aux gens en difficulté n'est pas prometteuse. Jusqu'aux organismes de développement, dont les CLD, qui se font couper.
Les récriminations ne s'entendent pas qu'à Montréal et Québec. Elles résonnent jusque dans notre région. Mais ailleurs, c'est plus gros et dérangeant, ça fait plus de bruit. Des promoteurs de festivals se plaignent de sous-financement, d'autres dénoncent le report d'importants projets de voirie, des dirigeants du réseau scolaire public s'en prennent aux institutions privées à partir d'une étude dont on ne sait pas si elle ne répond pas à une commande. Comme si, on l'a déjà entendu en santé, le privé était un voleur qui dépouille le public.
Faudrait tout bannir ce qui relève du privé, faire sauter toutes les structures et faire payer les riches. Voilà, à en croire plusieurs, dont les pelleteurs de nuages, le remède à tous les maux, la clé du bonheur. Il est vrai que les riches et les grandes entreprises ne font pas tous leur part, que plusieurs abusent des fonds publics, usent de stratagèmes pour s'enrichir et éviter l'impôt. L'enquête Charbonneau en fait la preuve. Il ne suffirait toutefois pas de coincer tous ces gens et de venir à bout du travail au noir pour faire le bonheur de tous les critiques.
Au Québec, nous vivons carrément au-dessus de nos moyens et nous l'avons voulu avec nos choix en politiques et mesures sociales de même qu'en services de toutes sortes pour lesquels les politiciens, assoiffés de pouvoir et prêts à tout pour y parvenir, n'ont jamais su dire non quand il l'aurait fallu. Le contexte économique évoluant en dents de scie et les résultats n'étant pas toujours à la hauteur des attentes, nous voilà coincés avec une facture qui nous appartient. Et ce qui n'aide pas, le fédéral, qui rêve de réduire les impôts pour rester au pouvoir, ralentit le rythme de ses contributions.
Le gouvernement Couillard n'a pas le choix de dire non et couper. L'équipe Marois nous réservait de son côté une liste de compressions qualifiées d'«horreurs». Bref, nous voilà au pied du mur et, n'en déplaise à ceux que ça peut choquer, il faudra revoir des programmes et services, oublier certains projets pour un temps et, surtout, apprendre à faire autrement avec les fonds disponibles. Car ce n'est pas en investissant davantage qu'on résoudra les problèmes. On l'a déjà fait et ça n'a rien réglé en santé comme au scolaire notamment. Ça ne veut pas dire de ménager les riches et de conserver toutes les structures. Au contraire. Tous doivent faire leur part et il s'impose d'alléger les structures qui, en maints services, deviennent de plus en plus lourdes et coûteuses.
La réingénierie de l'État, n'en déplaise à ceux qui craignent de s'y attaquer ou d'être dérangés et d'en souffrir, devra se faire. Plus on tardera à s'y attaquer, plus elle sera difficile à réaliser. Et chaque Québécois devra en même temps apprendre à vivre selon ses moyens au lieu de toujours demander davantage à l'État.