Sucre et beurre d’arachides

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Sucre et beurre d’arachides

Dr Sylvain Charlebois
Dr Sylvain Charlebois
Professeur titulaire, directeur principal, Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire
COMMENTAIRE / Chaque mois, Statistique Canada nous rappelle que la vie coûte cher. Le secteur de l’alimentation présente une situation particulière depuis les deux dernières décennies. Selon l’agence fédérale, le prix du panier d’épicerie a augmenté d’environ 240 % depuis 2000. Certains vont croire qu’un tel pourcentage est tout à fait normal compte tenu de l’effet de l’inflation. Possible, mais le coût général pour les autres produits et services n’a pas subi la même hausse depuis 20 ans.

D’ailleurs, en comparant l’indice des prix à la consommation avec l’indice des prix alimentaires depuis 20 ans, on remarque un clivage assez marquant. Outre le Nunavut, l’ensemble des provinces et territoires canadiens a vu son indice des prix à la consommation être supplanté par l’indice des prix alimentaires. Dans la plupart des cas, l’indice des prix alimentaires a gagné au moins 10 points de plus en 20 ans. Les différences les plus importantes se retrouvent dans l’Est. Au Québec, la différence entre les deux indices atteint 23,1 points et en Nouvelle-Écosse, 21,3 points. L’endroit où l’indice des prix alimentaires a dépassé l’indice général des prix de la façon la plus marquée est au Nouveau-Brunswick avec 25,8 points.

La Californie brûle et notre laitue aussi

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La Californie brûle et notre laitue aussi

Dr Sylvain Charlebois
Dr Sylvain Charlebois
Professeur en distribution et politiques agroalimentaires, Université Dalhousie
COMMENTAIRE / La Californie brûle. Même si la grande majorité du territoire affecté par les feux n’est pas lié à l’agriculture, l’intense fumée pourrait endommager plusieurs récoltes. Pour le Canada, à l’aube de l’automne, les feux californiens pourraient affecter notre offre alimentaire pour les prochains mois. À l’instar des problèmes de production maraîchère qu’ont éprouvés certains producteurs canadiens cet été, ce n’est certainement pas une bonne nouvelle.

Chaque année, le Canada importe pour environ 3,1 milliards de dollars de denrées alimentaires de la Californie, selon le California Department of Food and Agriculture. À part le vin, les denrées que nous importons le plus sont la laitue, le chou-fleur, les amandes, fraises, oranges,  raisins, pistaches, oignons, épinards et carottes. Nous importons une panoplie de produits. Pour les mois d’automne et d’hiver, les États-Unis, et surtout, la Californie, jouent un rôle clé pour renflouer nos paniers d’épicerie. Avec notre climat nordique, il nous faut des options à l’importation afin de maintenir le coût de nos denrées à un niveau raisonnable.

Avec un dollar canadien relativement fort ces temps-ci, il n’y a pas raison de trop s’inquiéter. Bien sûr, la COVID a quelque peu compliqué les choses durant les six derniers mois, mais notre sécurité alimentaire n’a jamais vraiment été compromise. Mais visiblement, Dame Nature n’avait pas dit son dernier mot.

En Californie, il y a des feux d’envergure pratiquement chaque année, mais 2020 diffère comme dans presque n’importe quoi. La saison des incendies de forêt en Californie s’étend habituellement entre juillet et novembre, lorsque les vents chauds et secs soufflent plus fréquemment. La saison des feux de forêt ne se termine généralement pas avant l’arrivée de la première tempête de pluie importante de l’hiver. Toutefois, cette année, presque 8 000 incendies ont ravagé plus de 3 millions d’acres, un record historique pour l’État californien. À certains moments, la fumée couvrait à peu près la moitié du territoire californien. De toute évidence, les changements climatiques ont considérablement augmenté les risques d’incendies de forêt en Californie et ailleurs dans le monde. L’Alberta a aussi connu un été infernal il y a à peine deux ans et le Québec connaît aussi des périodes de sécheresse impressionnante ces dernières années.

Pire encore, le tiers de la production de légumes aux États-Unis se cultive en Californie, et plus de la moitié des fruits et légumes produits aux États-Unis proviennent de la Californie. Pour les denrées alimentaires, outre l’Union européenne, le Canada s’avère sans conteste le plus gros client de la Californie. Notre influence est réelle. Mais dans un contexte de pandémie, tout peut arriver, et certains marchands pourraient prioriser le marché domestique au profit des importateurs canadiens.  

Si la récolte pour certaines denrées en Californie se trouve compromise — la laitue, les fraises et le chou-fleur, par exemple — nos importateurs auront d’autres options et achèteront ailleurs. Avec une devise qui oscille autour de 0,76 $ par rapport au dollar américain, le pouvoir d’achat se maintient. On peut difficilement s’en plaindre, mais la situation en Californie compliquera les choses pour nos importateurs.

Nous importons l’hiver parce que nous n’avons pas le choix, pour l’instant. La pandémie et les changements climatiques nous rappellent cruellement l’importance d’offrir à notre économie alimentaire des options durables pour l’avenir de notre panier d’épicerie. Produire des fruits et des légumes d’ici est une chose, mais il faut toujours une approche filière qui inclura un consommateur partant et qui participera activement à l’essor du secteur. Les produits doivent être bons, écologiques et surtout, peu dispendieux.

Plusieurs types d’espaces d’agriculture contrôlée peuvent s’intégrer dans une stratégie ambitieuse pour servir l’économie québécoise, autant en ville qu’en région. Plusieurs scénarios existent déjà, tels que les serres traditionnelles, les serres sur les toits ou encore des espaces d’agriculture intégrée comme des cultures hydroponiques empilées verticalement. Surtout au Québec, où l’énergie propre et l’espace coûtent peu, la province peut rêver de nourrir ses citoyens de produits abordables tout en développant d’autres marchés.

Les rappels de produits californiens pourraient aussi nous motiver à repenser nos modèles de production pour les périodes de grands froids. C’est un pensez-y-bien.

La restauration agonise depuis mars

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La restauration agonise depuis mars

Dr Sylvain Charlebois
Dr Sylvain Charlebois
Professeur en distribution et politiques agroalimentaires, Université Dalhousie
COLLABORATEURS / Jusqu’à présent, environ 25 % des restaurants au pays ont fermé leurs portes pour la saison et peut-être pour de bon. La Chambre de commerce du Canada s’attend à ce que 60 % des restaurants ferment définitivement d’ici novembre. Même si une telle prévision peut sembler excessive, avec l’automne qui arrive, il y a de quoi s’inquiéter pour ce secteur qui agonise depuis mars.

Selon Statistique Canada et d’autres rapports, les revenus de l’industrie représentent environ 65 % de leur niveau d’avant le début de la pandémie. Malgré le scénario cauchemardesque engendré par la pandémie, le secteur a fait preuve d’une résilience impressionnante.

Pour ce faire, plusieurs restaurateurs ont dû se tourner vers le commerce en ligne en souscrivant à des applications par téléphone pour livraison à domicile. Plusieurs ont aussi agrandi leur terrasse cet été, à un point tel où certains stationnements et trottoirs ont été convertis en salle à manger extérieure géante. À part le fait qu’il y avait moins de monde, surtout dans les centres-villes, tout semblait normal.

La peur et le gaspillage alimentaire

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La peur et le gaspillage alimentaire

Dr Sylvain Charlebois
Dr Sylvain Charlebois
Professeur en distribution et politiques agroalimentaires, Université Dalhousie
COMMENTAIRES / Le gaspillage alimentaire à la maison cumule des frais cruellement invisibles. Pour nous tous, c’est une facture qui n’arrive jamais, mais que l’on doit acquitter chaque jour. Avant la pandémie, chaque ménage canadien gaspillait environ 140 kilos de nourriture par année, soit l’équivalent d’environ 1766 $, jetés à la poubelle ou compostés. Dans le contexte actuel où l’inflation alimentaire dépasse 3 %, payer de la nourriture carrément pour rien est insensé. On le sait tous, mais notre vie de nomade nous pousse à agir ainsi.

Avec l’arrivée de la pandémie, les choses ont bien changé. Étant donné que nos vies s’en trouvent modifiées et que la majorité des Canadiens passent davantage de temps à la maison depuis le mois de mars, beaucoup se demandent si l’on gaspille plus qu’avant. Une enquête récente de l’Université Dalhousie nous offre un portrait de ce qui se passe dans nos maisons et nos cuisines. Au-delà de 8000 Canadiens ont été interrogés récemment au sujet du gaspillage.

Le retour du plastique

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Le retour du plastique

Dr Sylvain Charlebois
Dr Sylvain Charlebois
Professeur en distribution et politiques agroalimentaires, Université Dalhousie
COMMENTAIRE / Le dicton le dit bien: chasser le naturel et il revient au galop. 

Avec la pandémie, cette expression semble prendre tout son sens avec le plastique dans le secteur alimentaire. Pendant quelques années, les plastiques à usage unique constituaient l’ennemi numéro un à combattre. Tout le monde voulait que le plastique disparaisse. Mais la COVID-19 nous a rappelé pourquoi le plastique jouait un si grand rôle dans nos vies. Par conséquent, selon une étude de l’Université Dalhousie, le soutien à une réglementation plus stricte et à l’interdiction du plastique dans l’industrie alimentaire s’érode en raison de la COVID-19.

Le Canada compte près de 600 000 véganes, le plus haut taux enregistré en trois ans

Opinions

Le Canada compte près de 600 000 véganes, le plus haut taux enregistré en trois ans

Dr Sylvain Charlebois
Dr Sylvain Charlebois
Professeur en distribution et politiques agroalimentaires, Université Dalhousie
OPINIONS / Avant la COVID-19, personne ne pouvait ignorer l’engouement pour la protéine.

De plus en plus, les consommateurs considéraient l’environnement et le bien-être animal comme des facteurs importants dans leurs décisions d’acheter de la viande ou non. Quelques mois après le grand confinement, certains chiffres nous indiquent que l’intérêt pour les protéines végétales et les diètes sans viande animale perdure.

Du saumon bien élevé?

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Du saumon bien élevé?

Dr Sylvain Charlebois
Dr Sylvain Charlebois
Professeur en distribution et politiques agroalimentaires, Université Dalhousie
COMMENTAIRE / Pour une raison ou une autre, la croyance populaire adhère au principe selon lequel le saumon sauvage serait meilleur pour la santé. Une nouvelle étude de l’Université Dalhousie déboulonne complètement ce mythe. Publiée dans le Journal of Agriculture and Food Research (www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2666154320300375), l’étude révélait qu’au point de vue nutritif, le saumon d’élevage de l’Atlantique se comparait à certaines espèces de saumon sauvage.

L’étude a examiné la composition nutritionnelle de six types de filets de saumon : le saumon d’élevage de l’Atlantique, le saumon biologique d’élevage de l’Atlantique, le Chinook biologique d’élevage, le Chinook sauvage, le saumon sauvage du Pacifique (rose) et le saumon rouge sauvage. Il s’avère qu’une différence existe entre les espèces et selon que le saumon est biologique ou non. Mais l’origine du poisson, produit de l’élevage ou sauvage, ne fait pas vraiment de différence.

L’exode qui pourrait tout changer

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L’exode qui pourrait tout changer

Dr Sylvain Charlebois
Dr Sylvain Charlebois
Professeur titulaire, directeur principal, Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire
COMMENTAIRE / Les gens semblent vouloir fuir les centres urbains. Le marché immobilier des régions surchauffe, autant au Québec qu’ailleurs. À Toronto, la demande pour des chalets au nord de la Ville-Reine explose. Deux raisons principales semblent à l’origine de cette mutation. D’une part, la pandémie a forcé certaines personnes à redéfinir l’importance de l’espace qui les entoure et de leur proximité avec les autres au quotidien. Être encabané en ville pendant trois mois fait réfléchir. L’autre variable déterminante à surveiller réside dans l’émergence du télétravail. Pour le secteur agroalimentaire, la volonté de travailler davantage de la maison risque de changer bien des choses.

Il y a moins de six mois, la majorité des travailleurs et employeurs au Canada boudaient le télétravail. Aujourd’hui, selon un récent sondage d’Angus Reid, la majorité des Canadiens envisagent maintenant de travailler à la maison régulièrement. Autrement dit, le lieu de votre résidence personnelle importe de moins en moins sur votre choix de carrière. En effet, un employé à la maison dépense beaucoup moins au restaurant. Pour les employeurs aussi puisque les repas d’affaires, réunions d’équipe autour d’un café et dîners-conférences deviendront décidément moins fréquents. Le télétravail a le potentiel de bouleverser l’industrie et le parc immobilier au service de l’industrie agroalimentaire.

Le Canada a de plus en plus faim

Commentaire

Le Canada a de plus en plus faim

Dr Sylvain Charlebois
Dr Sylvain Charlebois
Professeur en distribution et politiques agroalimentaires, Université Dalhousie
COMMENTAIRE / « En raison de la COVID-19, nous estimons que 512 000 ménages de plus qu’il y a deux ans se sentent en situation d’insécurité alimentaire, selon Statistique Canada. Malheureusement, les choses vont probablement empirer d’ici l’automne. »

L’agence StatCan a confirmé ce que la plupart d’entre nous savaient déjà. Le Canada a de plus en plus faim. Selon une enquête menée par l’agence fédérale en mai, près d’un Canadien sur sept (14,6 %) a indiqué vivre dans un ménage qui a connu l’insécurité alimentaire au cours du dernier mois. En 2017-2018, une enquête similaire avait été menée et révélait alors que 10,5 % des ménages canadiens connaissaient une situation d’insécurité alimentaire. Puisque nous comptons environ 12,5 millions de ménages canadiens, cela signifie que depuis deux ans, près de 512 000 ménages de plus au Canada vivent dans l’insécurité alimentaire. Cela représente plus que le nombre de familles dans la ville d’Ottawa.

Saputo et le dumping

Opinions

Saputo et le dumping

Dr Sylvain Charlebois
Dr Sylvain Charlebois
Professeur en distribution et politiques agroalimentaires, Université Dalhousie
COMMENTAIRE / Marie-Ève Fournier de La Presse nous rapportait récemment que l’entreprise Saputo vendait des produits directement aux consommateurs. Pour un temps limité, Saputo liquide des produits à peu près au quart du prix de ceux offerts en magasin. Cette pratique nous fait penser au dumping domestique.

La semaine dernière, Saputo lançait « lefrigosaputo.ca » permettant ainsi à n’importe qui, vous et moi, d’acheter de Saputo, en ligne. L’entreprise mentionnait que le but de l’initiative visait à diminuer les coûts d’entreposage, vu son surplus d’inventaire en raison de la fermeture des restaurants depuis la mi-mars. L’entreprise offre même la livraison gratuite pour la majorité des régions, si la commande dépasse 100 $.

Mais leurs prix surprennent énormément. Plusieurs produits se vendent à 50 % moins cher. Pour certains fromages, l’escompte atteint 75 % du prix de détail suggéré. Même si cette mesure se veut temporaire, l’idée d’écouler des produits à très bas prix peut miner la valeur des produits en magasin. L’élasticité de la demande fait en sorte qu’en alimentation, vendre un même produit plus cher incite le consommateur à douter des intentions des commerçants et de croire qu’ils abusent. Un jeu dangereux pour à peu près tout le monde au sein de la chaîne. Espérons que Saputo a discuté avec ses clients avant l’annonce de son initiative, mais rien ne laisse croire que c’est effectivement le cas. Avant la COVID-19, la relation entre les transformateurs et distributeurs était loin d’être parfaite, mais cette « vente d’entrepôt » de Saputo n’aidera sûrement pas non plus.

Héros éphémères

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Héros éphémères

Dr Sylvain Charlebois
Dr Sylvain Charlebois
Professeur en distribution et politiques agroalimentaires, Université Dalhousie
COMMENTAIRE / Les indemnisations pour la COVID-19 en alimentation semblent disparaître subtilement dans les épiceries et les centres de distribution alimentaire. En fait, la chaîne américaine Kroger a même suggéré à ses employés de remettre l’argent supplémentaire qu’ils ont reçu, mais l’entreprise a depuis reculé. Certains épiciers comme Sobeys/IGA ont annoncé leur intention de réévaluer leur programme dans les prochains jours.

Co-Op à Calgary annonçait récemment qu’elle supprimait son programme d’allocations salariales COVID-19 pour les employés de première ligne à compter du 30 mai dernier. De toute évidence, la hausse des salaires dans les épiceries a été de courte durée. Une occasion manquée, certes, mais les marges de profit étant bien minces dans le secteur, il faudra repenser le modèle afin que des salaires plus élevés puissent se maintenir.

Des détaillants américains tels que Target, Walmart, Whole Foods, Costco, Sprouts et Kroger ont mis en œuvre de nouveaux programmes pour mieux rémunérer leurs employées dès le début de la pandémie. Au Canada, Sobeys, Save-On Foods ainsi que Loblaws et Métro au Québec, ont emboîté le pas. Sobeys offre à chaque employé un « salaire héros » de 50 $ et 2 $ l’heure pour le personnel travaillant plus de 20 heures par semaine. Loblaws donne 2 $ l’heure de plus à tout son personnel. L’absentéisme devenait un problème majeur alors il fallait faire quelque chose.

Quatre fois plus

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Quatre fois plus

Dr Sylvain Charlebois
Dr Sylvain Charlebois
Professeur en distribution et politiques agroalimentaires, Université Dalhousie
COMMENTAIRE / Bien que le taux d’inflation général se situe à -0,2 % en ce moment au Canada, le taux d’inflation alimentaire atteint 3,4 %. En décembre 2019, le Rapport sur le prix des aliments au Canada, publié par les Universités Dalhousie et Guelph, prévoyait un taux d’inflation des aliments d’environ 4 % pour 2020. Nous devrions atteindre cela d’ici décembre. Mais le choc économique de la COVID-19 s’étirera probablement sur une longue période et affectera le budget alimentaire des consommateurs pendant longtemps.

Au Canada, l’inflation n’a pas vraiment posé problème au cours de la dernière décennie. Elle a atteint près de 4 % en 2011, sans plus. Nous avons déjà assisté à un certain découplage entre l’inflation générale et celle liée aux aliments, mais rien de comparable à ce qui s’annonce. Actuellement, les prix alimentaires augmentent presque quatre fois plus rapidement que les prix de tout autre bien durable dans l’économie. L’indice des prix à la consommation de Statistiques Canada ne représente qu’un simple indicateur parmi tant d’autres, mais il existe tout de même une énorme différence entre les deux.

Tuer et pardonner

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Tuer et pardonner

Dr Sylvain Charlebois
Dr Sylvain Charlebois
Professeur en distribution et politiques agroalimentaires, Université Dalhousie
COMMENTAIRE / Des millions de litres de lait jetés, plus de deux millions d’œufs éliminés de la chaîne alimentaire, des cochons et des poulets euthanasiés. 

Une vision d’horreur en campagne! Moralement, il demeure inacceptable de tuer des animaux de ferme pour la simple raison que la chaîne logistique n’est pas en mesure d’accommoder. Jeter de la bonne nourriture comme le lait et des œufs lorsque plus de quatre millions de personnes ont perdu leur emploi, constitue un geste condamnable. Mais nous vivons une crise sans précédent, on nous le répète souvent depuis des semaines, mais est-ce suffisant pour pardonner?

On nous rapportait récemment que 200 000 poulets ont été euthanasiés au cours des derniers jours. La semaine dernière, Bloomberg révélait à son tour que plus de 90 000 porcs avaient été éliminés et jetés. Et ce n’est que le début.

De plus, il y a quelques semaines, on déversait des millions de litres de lait dans les égouts. Même si on ne sait pas vraiment ce qui se passe en campagne, loin des yeux des citadins, il y a fort à parier que les chiffres obtenus par nos vaillants journalistes représentent une sous-estimation de la réalité. La situation gêne tout le monde, principalement les agriculteurs. Tant bien que mal, ils tentent de s’expliquer, mais les différents groupes représentants les agriculteurs nous informent qu’ils n’ont pas d’autre choix. Malheureusement, ce n’est pas tout à fait vrai. Mais ce n’est pas de la faute des agriculteurs non plus.

D’abord, la gestion de l’offre existe au Canada pour éviter ce genre de scénario. Il faut un permis spécial au Canada, sanctionné par les gouvernements, pour produire du lait, des œufs et de la volaille, pour répondre à une demande domestique. Le Canada reste dorénavant le seul pays industrialisé à le faire. Nous produisons ce dont nous avons besoin. Les revenus attribués aux producteurs se fixent selon les coûts de production, ainsi que les pertes. À long terme, en raison du système de quotas bien réglementé, nul autre que les consommateurs paieront pour le lait et les œufs jetés ainsi que pour les poulets euthanasiés. Bien sûr, les agriculteurs profitent du manque de connaissance des citadins en mentionnant qu’ils subiront personnellement des pertes. Mais ce n’est tout simplement pas le cas. Les fermes sous la gestion de l’offre ne peuvent pas perdre de l’argent. Selon la loi, ils jouissent d’une protection blindée mais ils s’en vantent très rarement pour attirer la sympathie. Les Canadiens ne s’en doutent même pas.

Alors, au Canada, le lait, les œufs et le poulet représentent en somme des biens publics, rien de moins. Il devrait être illégal d’éliminer des produits de la chaîne alimentaire sans qu’on leur attribue une fonction économique quelconque. Réserve stratégique pour les marchés internationaux, biocarburant, transformation de nouveaux produits comme de la vodka, il existe une multitude d’options. Des technologies existent, même au Québec, pour conserver le lait jusqu’à un an. Le lait Grand Pré à Terrebonne constitue un bon exemple. Tout devient possible, mais il faut y penser. La semaine dernière, le geste d’Ottawa de bonifier de 200 millions de dollars le crédit de la Commission canadienne du lait était une bonne décision. Ce montant aidera la société de la couronne à s’outiller avec de nouveaux mécanismes pour mieux gérer les pertes à l’avenir, espérons-le.

Pour les autres denrées, la situation diffère. Par exemple, si un producteur de porc décide d’euthanasier son troupeau, même si ce geste demeure toujours moralement troublant, il le fait à ses frais. Pour le bœuf… même chose, pour les champignons, patates et autres, les producteurs doivent subir des pertes. L’incitatif pour ces filières vise à éviter des scénarios de pertes à la ferme. Pour les filières sous la gestion de l’offre, il n’existe aucune mesure incitative et cela rend bien difficile la volonté de changer quoi que ce soit. Le problème du gaspillage à la ferme existe depuis toujours, pas seulement en période de pandémie.  

Les agriculteurs ne sont pas les seuls responsables. Le plus grand défi demeure la transformation des aliments au Canada. La clé pour gérer les excédents est une coordination verticale proactive. Les agriculteurs doivent travailler avec les transformateurs pour éviter le gaspillage et les tueries insensées d'animaux. Une meilleure coordination verticale est possible, seulement si une stratégie existe.

Bref, en raison de la COVID-19, le contrat social entre les consommateurs et l’agriculture doit se redéfinir plus que jamais. En fin de compte, nous avons toujours l’industrie agroalimentaire qu’on mérite. L’industrie agroalimentaire nous livre de bons produits, mais surtout, peu dispendieux. Il faudrait que les consommateurs eux-mêmes s’expriment pour changer les choses. Plusieurs restent outrés par ce qui se passe, mais de simplement accepter la situation ne suffit plus, surtout aujourd’hui, maintenant.

Chose certaine, la pandémie offre sur un plateau d’argent des études de cas robustes au mouvement végan et aux opposants de l’exploitation animale. En effet, certains analystes prétendent que la capitalisation de Beyond Meat pourrait excéder celles d’Amazon ou même de Facebook, d’ici cinq ans. Peu certain qu’un tel scénario est plausible, mais il faut quand même se poser la question. L’impact de la COVID-19 marquera nos vies de manière implacable, et le contenu de nos assiettes aussi. Pour les agriculteurs et les autres, le pardon durant l’après-COVID-19 ne sera peut-être plus aussi facile.

Sylvain Charlebois

L'auteur, originaire de Farnham, est doyen de la faculté de management et professeur titulaire en distribution et politiques agroalimentaires de l'Université Dalhousie.

La fin du 38 %

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La fin du 38 %

Dr Sylvain Charlebois
Dr Sylvain Charlebois
Professeur en distribution et politiques agroalimentaires, Université Dalhousie
Les gens cuisinent à fond de train ces temps-ci. D’ailleurs, en faisant une marche dans nos quartiers respectifs, ça sent bon ! Des effluves et des odeurs délicieuses nous parviennent d’un peu partout. Confinement oblige, nous devons retourner à nos fourneaux, nous n’avons pas vraiment le choix.

Pendant que les gens désertent les restaurants, ils font la popote, et cela laissera sans contredit un héritage culinaire. D’après un sondage d’Angus Reid publié la semaine dernière, 62 % des Canadiens souhaitent cuisiner davantage une fois la pandémie terminée. Après la pandémie, il y a de fortes chances que nous n’atteindrons pas cet énorme pourcentage de 62 %, mais nos habitudes ne reviendront plus comme avant non plus, du moins, pas pour les prochaines années.

Pas de pénurie alimentaire en vue, sauf que...

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Pas de pénurie alimentaire en vue, sauf que...

Dr Sylvain Charlebois
Dr Sylvain Charlebois
Professeur en distribution et politiques agroalimentaires, Université Dalhousie
COMMENTAIRE / Avec la pandémie, l’anxiété autour de l’accès à la nourriture se perçoit partout en occident.

L’achat de panique par les personnes en confinement a déjà démontré la fragilité des chaînes d’approvisionnement, alors que les rayons des supermarchés se vidaient dans de nombreux pays, incluant le Canada. En voyant les tablettes se remplir à travers le réseau, de nombreux consommateurs se sentent rassurés. À maintes reprises, les spécialistes tentent de rassurer la population en répétant que la sécurité alimentaire ne sera jamais compromise dans la mesure où la frontière demeure ouverte. Cependant, comme le pire de la pandémie reste à venir, tout peut encore arriver.

Le coût pour s’alimenter et la COVID-19

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Le coût pour s’alimenter et la COVID-19

Dr Sylvain Charlebois
Dr Sylvain Charlebois
Professeur en distribution et politiques agroalimentaires, Université Dalhousie
COMMENTAIRE / Depuis le début de la crise de la COVID-19, plusieurs s’inquiètent des prix alimentaires qui pourraient bondir. L’Université Dalhousie et l’Université de Guelph publiaient une mise à jour des prévisions du prix des aliments pour 2020. En décembre 2019, les auteurs du rapport prévoyaient que les prix des aliments augmenteraient de 2 à 4 %, la viande étant la catégorie qui augmenterait le plus, soit de 4 à 6 %.

Rassurez-vous, malgré la COVID-19, la plupart des pronostics demeurent inchangés. Il faut s’attendre à ce que les prix augmentent, car un taux d’inflation alimentaire reste tout à fait normal. Mais en raison de la guerre des prix du pétrole entre l’Arabie saoudite et la Russie, le dollar canadien sera un facteur à surveiller de près, car il affecte déjà le prix des denrées alimentaires dans certaines catégories.

La COVID-19 changera à jamais l’industrie alimentaire

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La COVID-19 changera à jamais l’industrie alimentaire

Dr Sylvain Charlebois
Dr Sylvain Charlebois
Professeur en distribution et politiques agroalimentaires, Université Dalhousie
COMMENTAIRE / La COVID-19 va probablement redéfinir l’épicerie de plusieurs façons. Avant la crise, peu de gens commandaient des aliments en ligne et de nombreux Canadiens se questionnaient sur les raisons d’acheter ainsi de la nourriture. Depuis le début de la crise, 9 % des Canadiens qui n’ont jamais acheté de produits alimentaires en ligne le font maintenant.

L’expérience d’achat en magasin évolue rapidement pour répondre à de nouvelles normes. La plupart des épiciers ont réduit leurs heures d’ouverture pour offrir un temps de repos aux employés et permettre un nettoyage rigoureux des magasins, comptoirs et caisses libre-service. Certains établissements se munissent même de barrières de protection en plexiglas afin de protéger les gens en magasin.

En effet, selon un récent rapport publié par l’Université Dalhousie, seulement 24 % des Canadiens sont à l’aise avec l’idée de faire l’épicerie ces jours-ci. Autrement dit, au-delà des trois quarts de la population canadienne considèrent la visite à l’épicerie comme un risque inhérent. Alors, ne soyez pas surpris de voir les supermarchés devenir aussi propres qu’une salle d’opération dans un hôpital. Nouvelles normes obligent, plusieurs employés reçoivent même une prime salariale jusqu’en mai, du jamais vu dans le secteur.

Dr Sylvain Charlebois
Professeur en distribution et politiques agroalimentaires, Université Dalhousie
Dr Sylvain Charlebois
Trop de broue ?

Opinions

Trop de broue ?

COMMENTAIRE / Les choses se gâtent quelque peu au sein de l’industrie de la bière. Depuis des années, les Canadiens en boivent de moins en moins. En 2019 seulement, la demande a chuté de 4 % en une seule année, la plus forte réduction depuis la prohibition. Il y a 15 ans, la bière représentait 50 % de toutes les ventes de produits alcoolisés. Ce chiffre se retrouve désormais en deçà de 38 %, selon AC Nielson. Alors que les consommateurs s’éloignent peu à peu de la bière, l’industrie se demande ce que l’avenir lui réserve.

On remarque facilement que les mélanges prêts à boire comme la vodka et le soda intéressent davantage les jeunes. Les boissons non alcoolisées gagnent également en popularité, au point où la plupart des grands brasseurs fabriquent maintenant ce type de produits. Les changements démographiques obligent les brasseurs à réfléchir sur leur stratégie de mise en marché.

Dr Sylvain Charlebois
Professeur en distribution et politiques agroalimentaires, Université Dalhousie
Dr Sylvain Charlebois
Avons-nous vraiment besoin d’ustensiles ?

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Avons-nous vraiment besoin d’ustensiles ?

COMMENTAIRE / La plupart des Occidentaux utilisent machinalement des ustensiles pour manger tous les jours. Pourtant, une nouvelle étude suggère que les personnes ayant un degré élevé de maîtrise de soi en alimentation sont susceptibles de consommer plus de nourriture si elles touchent les aliments avec leurs mains. Le fait de manger avec les mains nous fait manger davantage. Les résultats révèlent aussi que la nourriture nous procure des sensations plus agréables lorsque nous la touchons plutôt qu’en la manipulant avec des ustensiles.

La nouvelle recherche publiée dans le Journal of Retailing se base sur quatre expériences pour démontrer que de manger des aliments avec les mains affecte notre perception de la nourriture et influence la quantité que nous ingérons. Pensez à la nourriture que vous mangez toujours avec vos mains : hamburger, hot dog, frites et croustilles. Pour plusieurs, il est à peu près impossible de ne manger qu’une seule croustille. Cependant, pour ceux qui n’ont pas une bonne maîtrise se soi, manger avec ou sans ustensiles importe peu.

Dr Sylvain Charlebois
Professeur en distribution et politiques agroalimentaires, Université Dalhousie
Dr Sylvain Charlebois
Un marché public pour tous

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Un marché public pour tous

COMMENTAIRE / Avec le beau temps, les gens envahissent les marchés publics au plus grand plaisir des marchands qui réalisent des affaires d’or. Les ventes annuelles de l’ensemble des marchés publics au Canada frôlent les 1,5 milliard de dollars. Ce montant ne représente tout de même qu’un maigre 1,2 % des ventes totales de produits alimentaires au détail au pays, mais ce montant ne cesse d’augmenter.

Il existe maintenant plus de 500 marchés publics d’envergure au Canada. Musique, chefs professionnels et spectacles culinaires nous en mettent plein la vue et tout le monde se sent au cœur de la fête lors d’une visite au marché. Certains nouveaux marchés comme celui d’Edmonton et celui du vieux Québec sont de véritables cathédrales de l’alimentation et épatent tous les visiteurs.

Un nombre grandissant de marchés publics offrent de plus en plus l’accès aux personnes à mobilité réduite. Même si les marchés publics ont la cote ces jours-ci, plusieurs savent qu’une simple seule visite au marché peut sérieusement compromettre un budget alimentaire.

Entre les années 1800 et 1915, les Européens qui ont immigré dans les premières colonies du « nouveau monde » au Canada ont transporté avec eux leur conception du souk. Ces foires constituant à cette époque des lieux d’échange principalement pour les paysans. Avec le temps, la modernisation du style de vie et l’industrialisation de l’agriculture, les gens ont cessé de dépendre de ce type de marchés publics pour se tourner vers les supermarchés. Ce n’est qu’à partir des années 1970 que ces lieux d’exposition pour commerçants ambulants regagnent en popularité.

Dr Sylvain Charlebois
Professeur en distribution et politiques agroalimentaires, Université Dalhousie
Dr Sylvain Charlebois
L’amour du café

Opinions

L’amour du café

COMMENTAIRE / Le café, cette denrée unique en soi, se révèle indispensable pour bon nombre de Canadiens. Populaire et désiré, il nous fait commencer la journée du bon pied, et ce, jour après jour.

Selon un récent rapport de l’Association canadienne du café, 72 % des Canadiens boivent au moins une tasse de café par jour, comparativement à 64 % pour les Américains.

Pizza: à l’épreuve du temps

Opinions

Pizza: à l’épreuve du temps

COMMENTAIRE / La pizza est sans conteste la reine des repas et elle gagne toujours en popularité.

Selon RestoBiz, plus de 40 % des Canadiens consomment au moins une pizza par semaine, comparativement à 26 % il y a seulement deux ans. La popularité de la pizza fait de ce met napolitain inventé en Italie un incontournable. Toujours perçue comme une solution de dernière minute qui plaît à peu près à tout le monde, la pizza devient de plus en plus dispendieuse. Malgré cela, contrairement au hamburger, qui subit les foudres des consommateurs qui boudent la protéine animale, la pizza restera parmi nous pour encore bien longtemps.

L’art de créer une pizza napolitaine s’étire sur plus de 600 ans, rien de moins. Faire de la pizza ne date donc pas d’hier. Depuis son origine italienne, la pizza se consomme partout dans le monde et aussi bien à la maison, au resto ou sur le pouce. Il semblerait que les Norvégiens sortent les grands champions de la consommation de pizzas, avec 14 kilos par personne, selon ce que rapportent certains sites. Les Américains arrivent en deuxième place. L’Italie, le bastion du plat, se retrouve derrière la France, qui se classe en troisième position. Surprenants ces résultats ! Puis l’Allemagne termine ce peloton de tête. Mais le montant dépensé par personne pour de la pizza brosse un portrait fort différent. 

Selon Morgan Stanley, sans être les plus grands consommateurs de pizza, les Canadiens dépensent en moyenne près de 160 $ par année pour déguster ce met napolitain. Pire encore, le prix de la pizza livrée a augmenté d’environ 25 % depuis cinq ans. Seuls les Américains dépensent davantage. Les Canadiens dépensent aussi plus que les Italiens, Français et Allemands. Ceci veut donc dire que nous payons cher pour notre pizza, très cher.

Notre système de la gestion de l’offre maintient le prix du fromage élevé, ce qui constitue un facteur déterminant sur le prix des pizzas d’ici. Mais tout n’est pas plus dispendieux. Pendant que le prix des pizzas en restauration augmente, le prix des pizzas surgelées stagne ainsi que la demande. Le secteur de la restauration profite certes de la popularité du plat.

Lorsque l’on décortique la demande canadienne de pizza, notre marché s’avère intéressant. Le Canada, inventeur de la pizza hawaïenne soit dit en passant, forme un marché particulier. L’Ouest canadien consomme plus de pizzas que l’Est, pour une raison ou une autre. Sans surprise, la consommation de pizza diminue avec l’âge puisque les étudiants sont de véritables adeptes de la pizza et font grimper les statistiques. Aucune surprise.

Le génie de la pizza réside dans sa façon de s’adapter, et ce, de brillante façon. On peut y ajouter toutes sortes d’ingrédients, selon les goûts, les saisons, les cultures et surtout, selon la disponibilité des ingrédients. Une pizza se façonne selon ce qu’une région est en mesure de produire.

La conception d’une pizza peut prendre la forme que l’on veut, autant pour un repas santé ou un dessert. La flexibilité de ce concept n’a pas de limite. Certains pays ont leurs ingrédients favoris. Le Costa Rica par exemple aime bien ajouter de la noix de coco sur la pizza. Au Brésil, on opte pour les pois, tandis qu’en Chine, l’anguille vole la vedette. La liste des ingrédients choisis continue d’étonner puisque les consommateurs profitent des possibilités infinies de la composition d’une pizza. Poisson cru, macaroni, patate, chocolat, crocodile, kangourou, émeu, cornichon, chou et pourquoi pas la pieuvre.

La créativité au rendez-vous permet de satisfaire un marché de plus en plus exigeant. Les consommateurs réclament des produits novateurs qui défoncent les limites de l’imaginaire. La pizza continuera toujours à jouer un rôle important sur le menu en restauration. Peu importe ce qui arrive avec le guide alimentaire qui sortira cet automne, la pizza est bien en selle, n’ayez crainte. Et si vous voulez acheter canadien en raison des tensions canado-américaines, faites-vous plaisir en dégustant une pizza hawaïenne !

Sylvain Charlebois

L’auteur, originaire de Farnham, est doyen de la faculté de management et professeur titulaire en distribution et politiques agroalimentaires de l’Université Dalhousie

Est-ce la fin du chocolat ?

Opinions

Est-ce la fin du chocolat ?

Isabelle Gaboriault
La Voix de l'Est
CHRONIQUE / La demande de cacao risque d’augmenter de 30 % d’ici deux ans. Une hausse énorme et une production mondiale qui pourrait ne pas suffire.

Certains prétendent que le cacao est la nourriture des dieux qui mène droit au paradis. Certains vont même jusqu’à dire que la dégustation du chocolat revêt un caractère céleste et «tripatif». Au temps des Aztèques, le cacao se consommait pour ses vertus médicinales. Les temps changent, semble-t-il ! De nos jours, le chocolat est devenu un ingrédient très populaire et difficile de le dissocier des grandes fêtes sur notre calendrier, dont Pâques, bien évidemment.

Isabelle Gaboriault
La Voix de l'Est
Isabelle Gaboriault
Le «végé» à la mode

Opinions

Le «végé» à la mode

COMMENTAIRE / Est-ce que le Canada devient tranquillement végétarien ? Il semblerait que oui, selon un récent sondage mené par l’Université Dalhousie, et les choses tendent à se compliquer drôlement.

Un nombre infini d’options végétariennes et végétaliennes s’offrent à nous depuis quelque temps. Incroyable. Loblaw offre de la poudre de grillons et McDonald’s envisage de produire un hamburger sans viande, alors que la recherche pour le développement d’une viande artificielle continue d’impressionner. Bref, on se demande si le monde n’est pas en train de devenir végétarien.

Les bibittes dans nos assiettes

Opinions

Les bibittes dans nos assiettes

COMMENTAIRE / Loblaw–Provigo nous offre dorénavant de la poudre de grillons de la marque Le Choix du Président, rien de moins. Pendant que plusieurs voudront éviter le produit comme la peste, certains curieux voudront peut-être se laisser tenter. Mais le geste de Loblaw–Provigo nous indique que la vente de « bibittes » au Canada ne fait que commencer.

Un paquet de 113 g se vend presque 16 $, plutôt cher étant donné que la production de grillons ne coûte pas grand-chose. Ne vous surprenez pas de voir le produit en réclame d’ici quelque temps ! Mais la décision de Loblaw de vendre de la poudre de grillons sous sa marque précieuse Le Choix du Président n’a rien d’anodine.

L’hommerie alimentaire

Opinions

L’hommerie alimentaire

Isabelle Gaboriault
La Voix de l'Est
Les cartels, les chicanes et le manque d’imagination ont marqué le monde de la distribution alimentaire ces dernières années. Cela ne relève pas du hasard puisque le secteur se laisse principalement influencer par des valeurs masculines. Si plus de femmes se retrouvaient à la direction de certaines entreprises, le secteur ne serait sans doute pas autant dans le pétrin.

« Avoir des divergences d’opinions permettra aux entreprises agroalimentaires d’être plus compétitives et innovantes. Offrir une plus grande place aux femmes marquerait un bon départ. »

Depuis quelque temps, l’industrie agroalimentaire se fait remarquer par des scandales et des chicanes. L’histoire du soi-disant « cartel du pain », des lettres ouvertes des détaillants demandant aux fournisseurs de diminuer leur prix de façon unilatérale et le cumul des querelles déconcertent tout le monde. Visiblement, le secteur vit des années particulièrement difficiles.

La distribution alimentaire peine à augmenter ses ventes. En 2017, les ventes au détail en alimentation ont augmenté d’à peine 0,7 %. Même si l’inflation alimentaire bat de l’aile, le secteur trouve avec difficulté une façon de prospérer. Selon certaines estimations, il devrait croître d’au plus 6 % d’ici 2021. C’est très peu.

L’effet Amazon bouscule l’industrie et incite les grands acteurs du secteur à vendre de plus en plus en ligne. Pendant des années, les grands du commerce de détail démontraient une gêne à développer une stratégie cybernétique, ne voulant pas risquer de diminuer l’achalandage en magasin. Mais avec la menace que représente Amazon, les détaillants doivent maintenant s’outiller afin de négocier avec un consommateur différent. L’achat en ligne oblige l’industrie à sortir de sa zone de confort. Les forces oligopolistiques se minent par un consommateur qui a dorénavant accès à plus d’information au point de service. Devant un écran d’ordinateur, le consommateur est choyé et les détaillants le savent. Dans un monde virtuel, vendre en misant sur l’impulsion devient pratiquement impossible, contrairement à l’efficacité expérientielle en magasin. Avec les années, les détaillants maîtrisent l’art de stimuler nos sens. Maintenant, ils doivent composer avec un consommateur qui cherche autre chose.

Notre quête de solutions pratiques et le fait que nous manquons de temps pour préparer des repas et cuisiner représentent l’autre dimension qui prend d’assaut le détail alimentaire. Par conséquent, la restauration et le service alimentaire occupent de plus en plus de place. D’ailleurs, le chiffre d’affaires du secteur de la restauration, toutes catégories confondues, a augmenté de presque 4 %. D’ici 2035, la famille canadienne moyenne dépensera autant d’argent à l’épicerie qu’au restaurant. Et puisque le service alimentaire n’a jamais représenté une force pour les détaillants, l’inquiétude se fait sentir.

L’industrie s’ajuste timidement. En vérité, le secteur, reconnu pour son approche traditionaliste, se réinvente difficilement. La façon dont les dirigeants d’entreprise gèrent le changement est quasiment prévisible. Au lieu d’innover et de tenter d’augmenter les recettes, les stratégies prédominantes du marché résident dans les coupes pour mieux gérer les coûts. L’efficience est primordiale, mais le manque d’imagination est frappant. L’insuffisance d’idées hypothèque le secteur.

Le manque de diversité au sein des équipes de direction du secteur a toujours sauté aux yeux de ceux qui y travaillent. D’ailleurs, les sept entreprises visées par l’enquête sont toutes menées par des hommes, blancs, âgés de 50 à 60 ans.

À la tête de leur pyramide organisationnelle se retrouvent très peu de femmes. La grande majorité des dirigeants partagent les mêmes valeurs, pensent de la même façon, sans se questionner sur la viabilité des pratiques stratégiques. Il existe très peu de divergence intellectuelle, ce qui explique vraisemblablement la raison pour laquelle le secteur se retrouve aujourd’hui dans le pétrin.

La survie du secteur passe par l’adoption de nouvelles idées. D’ailleurs, Metro a fait l’acquisition de MissFresh, une entreprise qui livre des repas prêts à cuisiner. Le marché des services prêts à cuisiner vit une croissance fulgurante alors qu’il existait à peine il y a quelques années. Il représente maintenant plus de 150 millions de dollars par an. Au lieu de développer une expertise à l’interne, Metro a choisi d’acheter le talent nécessaire afin de profiter d’un marché grandissant.

MissFresh a été fondé par une femme débordante d’idées. Première Moisson, une autre entreprise novatrice achetée par Metro, a aussi une femme à la tête de son organigramme.

Le consommateur devient beaucoup plus difficile à suivre ces temps-ci, simplement parce que le secteur a pris du retard. Ce retard s’explique principalement par un manque d’ouverture à une nouvelle façon de voir les choses. La majorité de la clientèle qui sillonne les allées des supermarchés aujourd’hui est constituée de femmes. Or, dans les sphères de la haute direction de la majorité de ces entreprises agroalimentaires, surtout en distribution, se retrouvent principalement des hommes. Il ne relève pas du hasard si aujourd’hui la priorité est de se battre, de couper et d’anéantir l’autre. Une plus grande hétérogénéité de pensées au sein des conseils d’administration et des équipes de gestion n’élimineraient peut-être pas les risques de cartels, ou de disputes, mais tout porte à croire que les chances de voir ce genre de choses diminueraient.

Évidemment, les hommes présentement à la tête des entreprises ont les compétences recherchées, mais dans le contexte du marché actuel, ces mêmes compétences semblent limitées. Avoir des divergences d’opinions permettra à ces entreprises d’être plus compétitives et innovantes. Offrir une plus grande place aux femmes marquerait un bon départ.

Sylvain Charlebois

L'auteur, originaire de Farnham, est doyen de la faculté de management et professeur titulaire en distribution et politiques agroalimentaires de l'Université Dalhousie

Un cartel qui n’en est pas un

Collaborateurs

Un cartel qui n’en est pas un

COMMENTAIRE / Nous avons entendu parler du cartel du lait, de l’érable et maintenant celui du pain refait la manchette. Il y a quelques années, l’industrie du pain était à l’origine d’un simili schème de fixation de prix au détail.

L’enquête du Bureau de la concurrence sur la possible collusion entre les distributeurs au sujet des prix du pain au détail en fait sourire plusieurs, car cette enquête n’aboutira pas à grand-chose, étant donné qu’il est difficile de démontrer hors de tout doute que les distributeurs enfreignent la Loi sur la concurrence. Malgré cela, il existe un problème au sein de l’industrie, une situation qui dépasse nettement la section de la boulangerie­ d’un magasin.

D’abord, il faut bien comprendre qu’il est difficile de croire que les consommateurs se font berner par des prix abusifs du pain. Outre les années 2008 et 2009 où il avait augmenté de plus de 25 % en raison du coût des denrées agroalimentaires, le prix du pain est resté relativement stable depuis cinq ans. En effet, le prix du pain en moyenne a même diminué depuis quelques mois. Les consommateurs optent pour du pain de qualité ces derniers temps et les détaillants, quant à eux, utilisent le pain de moindre qualité comme produit d’appel. Malgré tout, les prix n’augmentent pratiquement pas.

Le prix du pain augmente généralement en raison de facteurs macroéconomiques qui affectent l’ensemble de la chaîne, tels que le prix des denrées agroalimentaires, le coût de l’énergie et de la main-d’œuvre. L’ensemble de l’industrie doit composer avec les aléas de notre économie. Alors si les prix augmentent systématiquement, ce n’est vraisemblablement pas en raison­ d’une stratégie illégale.

Mais le choix judicieux du pain devient tout aussi intéressant que l’annonce de l’enquête. Sous-jacentes aux accusations de fixation de prix, se trouvent des tensions réelles au sein de la chaîne d’approvisionnement. Une guerre ouverte qui dure depuis des années entre les distributeurs et les transformateurs, où les grands de la distribution ne se gênent pas pour faire la vie dure aux transformateurs.

Cependant, les plus petits détaillants n’ont pas cette possibilité puisqu’ils ne possèdent pas le pouvoir d’achat des grands. Cette situation est bien documentée, au point où certaines lettres ont été partagées avec les médias. Toutefois, la cause des transformateurs et des petits détaillants n’intéresse personne. Transformateurs et petits détaillants vexés par la stratégie d’intimidation des grands tentent tant bien que mal d’influencer l’opinion publique, mais sans résultat. Le Bureau de la concurrence a surveillé de près la situation et n’a pas pu faire grand-chose.

Découragés par ces résultats, ils ont visiblement opté pour une autre approche : cibler le pain, un produit acheté de façon régulière par plusieurs consommateurs. D’un seul coup, le Bureau de la concurrence a politisé une situation qui pour le commun des mortels demeure obscure et incompréhensible. Ce n’est donc pas un hasard si l’Association des détaillants en alimentation endosse les efforts du Bureau de la concurrence et se retrouve derrière les filons d’information offerts au Bureau. Afin de faire bonne figure, les distributeurs y sont allés à coups de communiqués de presse permettant à la nouvelle de l’enquête du Bureau de la concurrence de s’étaler à la une. Jusqu’à maintenant, le Bureau se fait toutefois avare de commentaires.

Si un cartel existait dans le pain, plusieurs autres produits subiraient l’influence d’un tel stratagème. Un magasin type peut contenir au-delà de 35 000 produits, alors plusieurs choses peuvent se produire. Mais les entreprises agroalimentaires, au détail ou autre, savent que berner les consommateurs est une solution qui mène toujours vers l’échec. Chose certaine, attendez-vous à des rabais dans la section de la boulangerie ! Les grands de la distribution alimentaire voudront rassurer les consommateurs en démontrant que leurs produits sont peu chers. Alors l’enquête profitera aux consommateurs­ à très court terme.

À plus long terme, cette guerre entre les grands, les trans­formateurs et les indépendants du détail alimentaire, doit cesser. Une pluralité à tous les niveaux au sein de la filière agroalimentaire est souhaitable et demeure la seule façon pour les consommateurs d’en sortir gagnants.

Sylvain Charlebois

L’auteur, originaire de Farnham, est doyen de la faculté de management et professeur titulaire en distribution et politiques agroalimentaires de l’Université Dalhousie

ALENA: est-ce terminé ?

Opinions

ALENA: est-ce terminé ?

Le parcours vers une nouvelle entente de l’Accord de libre-échange nord-américain s’annonce plus ardu qu’initialement espéré. Dès les premiers jours de son élection à l’automne 2016, Donald Trump ne cachait pas son mécontentement envers l’accord signé plus de vingt ans auparavant. En quelques heures et sans hésitation, le Canada et le Mexique se disaient prêts à renégocier, mais depuis la crainte s’installe, et pour cause.

Pour le secteur agroalimentaire, l’enjeu est énorme. Le Canada vend pour plus de 22 milliards de dollars aux États-Unis chaque année, notamment du bœuf, du porc, du canola et de la farine animale. Nous enregistrons malgré tout un déficit commercial de presque deux milliards de dollars avec les États-Unis, puisqu’ils nous vendent des produits transformés et des breuvages moins cher. Mais une pression réelle s’exerce principalement sur notre système de la gestion de l’offre. Le secrétaire américain à l’Agriculture, Sonny Perdue, a mentionné récemment qu’il déposerait une requête officielle afin d’assouplir les politiques protectionnistes sous la gestion de l’offre qui prescrivent les règles des filières laitières et avicoles. Donald Trump devient le premier président américain à s’exprimer à l’égard de notre système de la gestion de l’offre depuis George Bush, père.

La gestion de l’offre, instaurée depuis une cinquantaine d’années, nous permet de produire le lait, les œufs et la volaille que nous consommons. Par le biais de quotas de production et de tarifs douaniers astronomiques, nous misons sur ce système archiprotectionniste afin de nous assurer d’une certaine souveraineté alimentaire. Ce système fonctionne parfaitement dans la mesure où nous avons une économie isolée du reste du monde, un contexte qui a évidemment bien changé...

Même s’il y a fort à parier que Donald Trump comprend mal le fonctionnement de l’ALENA, et encore moins le mécanisme de la gestion de l’offre, il s’y oppose. De surcroît, tout ce qui est compliqué achale Trump, et les négociations multilatérales sont complexes en soi. Depuis le départ, le ton est clair et le « Buy American » doit prévaloir.

Bref, Trump sait qu’il représente la plus grande économie du monde sans avoir l’obsession de demeurer le leader incontesté de la démocratie mondiale. Ce cocktail dangereux pour le globe séduit et enivre sa base égocentriste américaine. Les intentions de Trump, toujours simplistes pour son groupe de militants, s’avèrent cruelles pour le reste du monde. En effet, Trump travaille pour une Amérique mal comprise par plusieurs, en commençant par le Canada. Trump cherche la chicane pour mieux servir son peuple, puisque la chicane est un concept facile à saisir. C’est l’un contre l’autre, tout simplement, un langage qui plaît à sa base. Il aspire à avoir des différends avec tout le monde, sans préjudice.

Ceci risque d’ailleurs de diriger peu à peu les négociations de l’ALENA vers un revers brutal.

Pour le Canada, l’échec vraisemblable des négociations de l’ALENA arrive à un très mauvais moment. Nous exportons bien nos denrées agroalimentaires, malgré nous. La grande majorité de nos produits agroalimentaires non transformés se vendent à un seul client, les États-Unis. Malgré la crise de la vache folle qui avait coûté plus de 7 milliards de dollars à l’industrie bovine, et les multiples irritants à la frontière pour une panoplie de denrées, nous ne nous sommes jamais vraiment assumées en tant qu’économie agroalimentaire ouverte au monde. Nous avons quelques entreprises qui réussissent bien, malgré le manque de vision à Ottawa. Avant l’entente avec l’Europe, il n’y avait pas grand-chose.

Pire encore, nous n’avons jamais pris le temps de remettre en question la véritable valeur de la gestion de l’offre pour l’ensemble de la filière agroalimentaire. Sans l’ALENA, la gestion de l’offre pourrait devenir une cible de choix pour les Américains pour des représailles tarifaires. Parlez-en à Bombardier. 

Il nous fallait un Trump pour nous rappeler à quel point notre économie agroalimentaire n’a aucune base solide sur les marchés internationaux. En finir avec l’ALENA ne s’avérera peut-être pas une mauvaise chose pour le Canada agroalimentaire. Le hic, c’est que nous ne sommes pas du tout prêts, et nous n’avons que nous-mêmes à blâmer.  

 

Sylvain Charlebois

L’auteur, originaire de Farnham, est doyen de la faculté de management et professeur titulaire en distribution et politiques agroalimentaires de l’Université Dalhousie

Marijuana: la tête dans le sable

Collaborateurs

Marijuana: la tête dans le sable

Isabelle Gaboriault
La Voix de l'Est
La légalisation de la marijuana récréative entrera en vigueur d'ici quelques mois, qu'on le veuille ou non. Pour ce faire, Ottawa a laissé sa place aux provinces afin qu'elles puissent établir un cadre de réglementation acceptable pour les consommateurs.
Jusqu'à maintenant, quelques provinces se sont prononcées sur leur plan de commercialisation de la marijuana pour des fins récréatives. Pendant que le Québec consulte encore, l'Ontario annonce et présente en premier sa feuille de route pour la distribution de la marijuana sur son territoire. L'Assemblée législative à Queen's Park a adopté une approche archiconservatrice en prévoyant l'ouverture de seulement 40 magasins au départ. Une division de la LCBO, l'équivalent ontarien de la SAQ, va gérer l'ensemble des activités entourant l'accessibilité à cette plante. Mais puisque c'est l'Ontario, la stratégie n'a surpris personne. Cependant, jusqu'à maintenant, ni Ottawa ni les provinces ne se prononcent sur l'impact qu'aura la légalisation de la marijuana sur notre système alimentaire, même si les risques sont réels. 
 La rhétorique qui insulte

Collaborateurs

La rhétorique qui insulte

Sylvain Charlebois
La Voix de l'Est
COMMENTAIRE / Les changements proposés à notre système fiscal par le gouvernement d'Ottawa font réagir ces jours-ci. Les propositions affectent les petites entreprises et tentent de mettre fin aux échappatoires qui s'offrent à un nombre grandissant de professionnels. Clairement, une injustice fiscale règne au Canada, alors établir des restrictions n'est pas une idée bête en soi. Certains contribuables dont le salaire avoisine les 50 000 dollars paient parfois plus d'impôt que ceux qui en gagnent 250 000. Par contre, pour notre filière agroalimentaire, l'inquiétude s'installe. L'obsession égalitariste du gouvernement Trudeau, à la défense de la soi-disant « classe moyenne », pénalisera nos agriculteurs et entreprises agroalimentaires.
Le plan d'Ottawa vise à faire trois choses. D'abord, la proposition du ministre des Finances, Bill Morneau, tient à mettre fin au saupoudrage de revenus, une stratégie selon laquelle un propriétaire de petite entreprise pouvait répartir une portion de son revenu entre des membres de sa famille qui paient moins d'impôts. Ensuite, la proposition s'attaquera aux placements des sociétés privées exemptés d'impôts qui servent d'instrument d'épargne personnelle. Et finalement, le gain en capital imposé à un taux inférieur se retrouve aussi dans la mire d'Ottawa qui tente de mettre fin à la possibilité de transposer les revenus d'entreprise. En gros, voilà la proposition d'Ottawa pour cet automne. Rien, pour énerver le poil des jambes, quoi.