Choisir sa loyauté

CHRONIQUE \ La liberté de parole est fragile. Celle d’association tout autant. Qu’une commissaire scolaire fasse l’objet d’une plainte en déontologie parce qu’elle a partagé sur Facebook un reportage paru dans La Presse + exposant les idées de la Coalition avenir Québec sur l’avenir des commissions scolaires vient nous rappeler toute la fragilité de notre démocratie.

Marie-Josée Cornay, qui est commissaire-parent à la commission scolaire du Val-des-Cerfs, devrait pouvoir exprimer publiquement ses idées politiques sans crainte qu’on cherche à la faire taire.

Par le partage de ce texte d’opinion sur Facebook, un ou une plaignante reproche à Mme Cornay de s’être placée « en conflit de loyauté », « de discréditer le travail de [ses] collègues commissaires », « d’entacher l’image publique des commissaires » et de « manquer de solidarité avec [ses] collègues », peut-on lire dans la lettre signée de Mme Madeleine Lemieux, présidente du Comité d’éthique et de déontologie de la CSVDC.

Voilà de sérieuses accusations. On croirait que Mme Cornay a appelé au lynchage de ses collègues commissaires, qu’elle les a qualifiés de simples d’esprit et de fainéants. Elle n’a rien fait de tel. Son seul acte a été d’écrire sur sa page Facebook « Yes, Yes, Yes….. Oui monsieur Roberge et c’est d’une urgence capitale Bravo ! », sous le lien du reportage qui faisait état des propos de Jean-François Roberge, porte-parole de la CAQ en matière d’éducation.

On comprendra que Mme Cornay est favorable à la CAQ et à son intention de brasser les commissions scolaires une fois au pouvoir. Elle en a parfaitement le droit. La seule chose qu’on peut lui reprocher en tant que commissaire-parent d’une commission scolaire francophone, c’est de recourir à l’anglais sur Facebook, d’inventer une nouvelle ponctuation et d’oublier d’en mettre. Mais bon, la qualité des styles d’écriture sur les réseaux sociaux, c’est un autre débat.

Il est possible que des gens ne partagent pas les opinions de Mme Cornay. Ils peuvent aussi ne pas endosser les desseins de la CAQ en matière d’éducation et plus particulièrement sur ce que la formation politique entend faire avec les commissions scolaires. Le parti semble l’ignorer lui-même, cela dit. Peu importe, les gens doivent pouvoir s’exprimer sur toutes sortes de sujets dans une société libre. Il n’existe aucune alternative pour discuter d’enjeux importants d’une manière civilisée.

En entrevue mardi dans nos pages, le président de la CSVDC Paul Sarrazin, reprochait à Mme Cornay de prôner l’abolition des commissions scolaires tout en étant payée par une commission scolaire. « Tu ne peux pas être dedans et en dehors en même temps. Au niveau démocratique, ça me fatigue », a-t-il affirmé.

Ce qui est fatiguant, pour rester dans la thématique, c’est qu’un président d’un conseil d’administration remette indirectement en question la légitimité d’une autre élue parce qu’il n’est pas d’accord avec son idéologie politique. C’est une façon d’éviter d’expliquer en quoi les critiques, les idées et les propositions de Mme Cornay à l’égard des commissions scolaires l’empêchent de faire son travail de commissaire.

Les commissions scolaires sont-elles à ce point parfaites qu’aucun avis contraire n’est toléré à l’intérieur de leurs murs ?

Porter plainte parce qu’elle soutient une autre vision de l’avenir des commissions scolaires, c’est recourir à une forme d’intimidation. C’est assez ironique dans un monde où on enseigne aux jeunes de ne pas s’adonner à cette basse tactique…

C’est d’ailleurs troublant qu’on accuse la commissaire de manquer de loyauté envers ses collègues.

La loyauté, selon Larousse, c’est une qualité, le caractère de quelqu’un, de quelque chose qui est honnête, loyal.

N’est-ce pas ce que la commissaire honnie fait en exprimant ce qu’elle pense des commissions scolaires ?

Il y a lieu de rappeler aux commissaires, au président Sarrazin et à la haute direction de la CSVDC que Mme Cornay ne représente ni l’institution, ni son conseil d’administration, mais bien des parents d’élèves des écoles de la commission scolaire. C’est là où doit loger sa loyauté.