Moi et mes 28 ans !

Ce qui se passe dans notre tête...

Pendant qu’on essayait de voir nos enfants danser lors d’une présentation-spéciale-admission-générale récemment, ma voisine de droite, que je ne connaissais pas et qui faisait environ 5 pieds et quatre pouces, s’est gentiment retournée vers son conjoint, placé juste derrière elle, pour vérifier si celui-ci voyait bien. Il mesurait au moins six pieds.

La scène était tellement drôle que je n’ai pu m’empêcher d’y ajouter mon grain de sel. (Je savais que j’avais affaire à une femme capable d’en prendre. Ça se sent ces affaires-là.)

« Hum, non, tu le caches vraiment. C’est clair qu’il ne verra rien », que je lui ai lancé, en la regardant en plongée.

C’est là, dans un large sourire, qu’elle m’a fait une confidence. Elle, dans sa tête, elle se voit toujours grande. D’où son réflexe de s’assurer qu’elle n’obstruait pas la vue de son homme qu’elle sait pourtant beaucoup plus grand qu’elle !

J’ai adoré sa façon de voir les choses. Sans doute parce que je fais comme elle, mais avec mon âge.

Celui que je me donne n’a rien à voir avec celui qui figure sur mon permis de conduire. Dans ma tête, je suis beaucoup plus jeune.

En fait, j’ai 28 ans.

Depuis 14 ans. Pourtant, à 28, je ne me voyais pas à 14, mais bon…

Ce décalage entre l’âge réel et l’âge perçu, Denis Guiot, maître de conférences en gestion à l’université d’Angers, lui a donné le nom « d’âge subjectif ».

Normalement, les gens se voient environ dix ans plus jeunes que leur âge véritable. Une fois passé le cap des 65 ans, ce décalage monte à 20 ans. Ainsi, à 70 ans on sent qu’on a 50, etc.

Je me suis pliée à un petit test en ligne pour connaître mon « âge intérieur ». Au terme de 20 questions portant, entre autres, sur ma réflexion devant un ciel étoilé ou si je suis plus blues, jazz ou reggae, j’ai appris qu’en fait, en dedans, j’ai « l’âge de la révolte ». Selon mes réponses, je me situe entre 16 et 18 ans.

Moi, une ado ?

Pfffffff ! Pas rapport. C’est trop cave c’te test-là, que je me suis dit.

Mais non.

Ma première réaction a été d’être surprise par ce résultat.

Vingt-huit ans, c’est tellement moi. Je le sens. C’est fort. Ce chiffre fait résonner en moi la santé, la fougue, la folie, la spontanéité, l’estime, la beauté, le « possible ».

Il semblerait toutefois, toujours selon le fameux test, que mon âme d’adolescente soit plus active que je ne le soupçonne.

Vous aimez être entourée et vous faire une place bien à vous au sein de la société, non sans y aller de quelques « coups de gueule » passagers, m’a dit le test. En effet, vous adorez marquer votre territoire en affichant une image de vous faite d’originalité et d’audace. Pour ce faire, vous usez de votre penchant naturel pour la rébellion et l’esprit de contradiction. Un brin provocatrice, vous aimez tester les réactions des autres, mais aussi vos propres limites. Toutes ces attitudes vous permettent ainsi de définir votre identité en marquant avant tout votre différence. Car ce que vous cherchez à préserver avant tout, c’est une insoumission à quelque forme d’autorité que ce soit. Vous refusez, parfois avec fougue, que l’on vous dicte votre conduite.

Si je me reconnais là-dedans ? Sur certains points, mais je me vois plus sage, plus calme, moins rebelle, rarement dans la contradiction. D’ailleurs, tout ça fait partie des beautés de vieillir.

Soupe au lait ? Oui, mais ça c’est génétique !

Dans le fond, ce qui compte, c’est d’assumer notre âge réel et de s’amuser et de s’inspirer de l’âge qu’on se donne. La quarantaine, je l’ai quand je vois mes filles et mes parents vieillir, quand je pompe l’huile en milieu de deuxième période au dek hockey et quand je réalise que les enfants de mes amies entrent à l’université. Mais la quarantaine, je la vois aussi au niveau de ma confiance en moi, dans mon état d’esprit général et dans la qualité de mes relations avec les autres. Je ne me suis jamais sentie aussi bien qu’à 40 ans. Penser que j’ai en fait 28 m’aide sans doute !

De toute façon, peu importe l’âge qu’on a et celui qu’on se donne, la vie s’amusera toujours à nous faire relativiser sur la notion de jeunesse et de vieillesse.

Par exemple, quand on a nos enfants entre 20 et 35 ans, on se sent rajeunir. Pourtant, quelques années auparavant, quand on obtient notre permis de conduire ou qu’on quitte la maison où on a grandi, on se sent soudainement vieillir. Pour plusieurs, la retraite produit l’effet d’une fontaine de Jouvence, alors que pour d’autres, le départ des enfants de la maison, à peu près au même moment, donne un coup de vieux…

Curieux, le passage du temps.

Se moquer de nous semble être, pour lui, un jeu d’enfant.