Val-des-Cerfs: apprendre de l'horreur et la faire cesser

Que penser de la série noire de la commission scolaire du Val-des-Cerfs mise en scène par ses dirigeants? Que peut-on en apprendre? Et plus important encore, comment la faire cesser?
Il y a deux manières d'apprendre: soit en étant inspiré par un exemple, soit en étudiant bien des exemples à ne pas imiter. Ici, pas d'exemple inspirant. Révisons donc nos notes sur le «cas» VDC et faisons un petit «refresh» de ce que cela nous enseigne sur les caractéristiques de la direction actuelle.
La Vision: Je, me, égo. Évaluation de la Vision: stratégie utile à l'adolescence pour mettre à distance l'influence des parents; nulle pour inspirer des professionnels du monde de l'éducation.
Les Valeurs: domination, mépris, intimidation, diffamation; décisions découlant des valeurs: tasser pour passer.
Modèle de gestion: confrontation. Évaluation du modèle: dépassé, inefficace, coûteux destructeur du climat de travail qui est une des clés de l'efficacité.
Modèle de direction: le pouvoir («tu obéis parce que c'est moi le boss»). Absence de leadership (qui est capacité de dialogue pour influencer et susciter l'adhésion).
Effet du pouvoir: résistance chez ceux qui ont du leadership et des valeurs de dignité et de collaboration.
Effet de la résistance sur le chef: recours à la menace pour obtenir la soumission. Et quand le message ne fait pas son affaire, il s'attaque au messager. Et quand le messager proteste, l'autocrate se dit que ça va prendre un arbitre pour lui dire qu'il a tort. Et lorsque, comme prévu, l'arbitre lui dit qu'il a tort et présente la facture, tout à coup l'autocrate change de voix: ses babines entonnent le chant des bonnes intentions (dont l'enfer est pavé), chant dont il est capable de répéter les paroles, mais dont il ne connaît rien à la musique. Son chant sonne donc faux. En termes de gestion: pas de bottines derrière les babines.
Devant ce nouvel épisode de cette Série catastrophe, et en attendant le prochain, mes pensées vont à ces personnes qui ont choisi une carrière dans l'éducation et se retrouvent affectées par cette direction. Ces personnes animées par des valeurs de soutien, de confiance dans le potentiel de l'autre, et de collaboration dans une équipe. Elles se sont engagées dans un emploi à Granby et région. Elles se retrouvent, sans l'avoir choisi, sous un régime qui a démontré avec constance son incompétence à créer l'ouverture, la complémentarité, la possibilité de pouvoir contribuer en équipe, et qui dépouille le désir d'engagement de ces personnes de son sens. Leur premier réflexe: quitter cet environnement toxique; plusieurs l'ont déjà fait. Mais tous ne le peuvent pas. Et il faut bien gagner sa vie, donc replonger chaque matin de travail dans cette piscine psychologique mal entretenue et remplie d'algues.
Que faut-il pour mettre fin à la série noire? D'abord cesser de croire qu'un même personnage va adopter un autre modèle; une machine à Coke ne donne pas de 7-Up, même si un arbitre cogne dessus. Ensuite est-il possible d'attendre une implication des commissaires? Selon le document «Commissaires scolaires, rôle essentiel» accessible sur internet, ceux-ci ont une responsabilité autour de la table. «Ils représentent la population qui les a élus; ils doivent être au fait des préoccupations et des problèmes de leur milieu, et prendre des décisions relativement... aux politiques éducatives et administratives?» Comprennent-ils ce qui se passe? Sont-ils en accord? Sont-ils intimidés ou désengagés eux aussi? Je ne sous-estime pas la difficulté de résister à la domination. On pourrait s'attendre cependant à ce qui il y ait plus qu'une personne qui trouve le courage de se faire entendre. Où puiser ce fameux courage? (...) Dans ses valeurs personnelles et dans la compréhension des enjeux liés aux responsabilités du poste pour lequel on a demandé à des concitoyens de nous faire confiance. Allons-nous les entendre lors de leur prochaine rencontre?
 Nous savons que, comme parents ou comme personne en responsabilité, on fait souvent preuve de plus d'amour et de plus de responsabilité en disant «non» qu'en répondant toujours «oui», ou qu'en gardant le silence.
Pierre Paul Gingras
Granby