Une révolution pacifique en marche

LA VOIX DES LECTEURS / Dans le présent mouvement dénonçant le harcèlement et les agressions à caractère sexuel, n’importe-t-il pas avant tout de se remémorer qu’il ne s’agit pas tant d’une perspective individuelle que la mise en lumière de la dimension systémique du sexisme engendré par des biais cognitifs inconscients.

Ceux-ci orientent à notre insu nos comportements et construisent les attentes en fonction des poncifs culturels sur le « masculin » et « le féminin ». Or, les récents mouvements mettent en lumière l’architecture sociale arbitraire et hiérarchique, pour ne pas dire totalitaire, camouflée sous les prétendus aspects « naturels »  des relations entre les femmes et les hommes tant sur le plan de l’identité que celui des normes.

Ces dernières sont si bien intégrées au narratif hégémonique qu’elles sont voilées et deviennent invisibles. Or, le mouvement actuel met le projecteur sur cette facette culturelle afin (enfin) de le déconstruire vers plus d’égalité.

Dans la foulée de ces libérations, on entend parfois par des commentateurs l’expression suivante : « Nous ne pouvons plus rien dire ». Il s’avérerait plus opportun de traduire cette exclamation par « On ne peut plus continuer de dire ou d’agir selon les règles toxiques androcentriques assujettissantes ». Il est toujours possible d’affirmer les points de vue en tenant compte réellement des femmes en tant que sujets.

D’ailleurs, une journaliste états-unienne, Liz Plank, a proposé, non sans humour, des conseils pour une nouvelle culture relationnelle :

1. Prendre conscience de l’étendue de notre pouvoir comme homme.

2. Quand on tente d’entrer en relation avec une femme, il s’agit d’appliquer la règle du un : autrement dit, quand une femme dit non une fois, c’est non et il n’y a pas lieu d’insister. 

3. Prendre conscience que si l’attrait est mutuel, cela n’est pas du harcèlement. L’autrice ajoute que si nous ne discernons pas si nous faisons simplement la cour ou une forme de contrainte, cela signifie que nous exerçons probablement une forme de contrainte.

4. Ne pas éviter les collègues féminins par crainte de harcèlement. L’autrice insiste pour dire qu’un tel comportement s’avère discriminatoire. Ce ne sont pas les femmes qui représentent un problème, ce sont les hommes qui exercent une forme de domination.

5. S’assurer que si les hommes exécutent des actes de « galanterie », que ce soit vraiment pour aider et non parce qu’il s’agit uniquement d’une femme. Les femmes ne veulent pas être traitées différemment.

6. Ne rien accomplir pour une femme qu’on ne ferait pas aussi pour un homme. Si on ne le faisait pas pour un homme, il ne faudra pas le faire pour une femme (sauf s’il y a une discrimination systémique). (Liz Plank, 2019, For The Love Of Men. A New Vision for Masculinity, pp. 211-215)

Ces quelques conseils favorisent une plus grande équité, renforcent l’agentivité des femmes et ouvrent l’espace à des relations saines et équitables. Cela produira éventuellement une révolution pacifique où le partage égalitaire orientera le devenir d’un meilleur monde.

Patrice Perreault 

Granby