Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.

Une mission négligée

Article réservé aux abonnés
LA VOIX DES LECTEURS / Des centaines de personnes de tout âge présentant une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme sont hébergées dans des unités internes ou dans des résidences à assistance continue (RAC).

Les services d’adaptation et de réadaptation permettent une réinsertion sociale dans des milieux de vie, notamment en ressources intermédiaires et de type familial. Cette mission est trop souvent ignorée. Pourtant, ces services sont précieux pour les usagers dont une proportion importante a des troubles graves du comportement, un passé judiciarisé, une comorbidité ou d’autres troubles de santé mentale.

Il y a un problème de sécurité dans les unités internes et les RAC. Des éducatrices rapportent être régulièrement victimes d’agressions physiques, psychologiques ou sexuelles. Elles se font insulter, tirer les cheveux, mordre, bousculer, pousser ou cracher au visage. Dans bien des cas, le personnel s’est résigné et ne dénonce même plus ces micro-agressions. Malgré cela, la proportion des déclarations d’incidents ou d’accidents concernant de la violence atteint des seuils alarmants. C’est inacceptable.

La sécurité des usagers, tout comme celle des salariés, serait nettement améliorée si les unités internes et les RAC étaient adéquatement conçues. Avec plus d’argent, l’employeur pourrait remplacer les fenêtres par des vitres pare-balles, aménager des murs antiperforants et investir pour réparer les installations lorsqu’il y a des bris.

Au-delà du matériel, il faut aussi décrier les impacts majeurs du manque de personnel. Avoir plus d’agents d’intervention offrirait un environnement plus sécuritaire, ce qui faciliterait le travail d’adaptation. Davantage de préposées aux bénéficiaires et d’auxiliaires aux services de santé et sociaux permettrait aux éducatrices de se concentrer sur leur tâche principale, plutôt que d’être forcées de donner le bain, de gérer les incontinences, de faire le lavage et la cuisine des usagers, entre autres.

Le développement du plein potentiel des usagers passe nécessairement par la mise en œuvre de mesures pour mettre fin à la pénurie de main-d’œuvre. Cela éviterait également le recours au temps supplémentaire obligatoire, qui contribue à pousser toujours plus d’employés vers la sortie.

La solution au manque de personnel ne peut pas venir des agences de placement privées. Le roulement constant qui leur est propre est contraire à l’intérêt des usagers. Ces derniers ont besoin de stabilité pour établir un lien de confiance, fondamental pour la mise en œuvre des plans d’intervention.

Miser sur l’expertise du personnel

Pour aider à l’attraction et à la rétention de la main-d’œuvre, l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) propose d’intégrer une prime salariale en fonction de l’ancienneté. De plus, elle demande que les employés nouvellement embauchés soient obligatoirement formés aux réalités particulières des unités internes et des RAC avant d’être envoyés à la rencontre des usagers. Puis du soutien clinique et du mentorat doivent leur être offerts.

Les éducatrices, les psychoéducatrices, les orthophonistes, les ergothérapeutes, les travailleuses sociales, les psychologues, les responsables d’unité de vie, les agentes de relations humaines, les techniciennes en assistance sociale et les spécialistes en activités cliniques membres de l’APTS qui œuvrent et assurent des suivis dans les unités internes et les RAC souhaitent avoir les moyens de bien faire leur travail d’adaptation et de réadaptation, dans des conditions sécuritaires. C’est le minimum que méritent les personnes présentant une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme.

Benoit Audet

Vice-président de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS)