Un vent malsain qui vient de la France

Je pense avoir dit souvent que j'appartiens à une culture qui manifeste son attachement aux droits de l'homme et je prends conscience que c'est la rationalité qui domine avec ses nombreuses caractéristiques telles la compétition, la volonté de puissance, la destruction incessante et massive de toutes les valeurs considérées comme dépassées dans le cadre d'une dialectique sociale ou le négatif prend le dessus et fait la loi. Je réalise aussi que désormais peur et désordre, devenus moteur du progrès, sont exploités pour créer un traumatisme collectif qui a pour but d'entraver ou suspendre provisoirement l'application des principes démocratiques.
Le Québec est en train de débattre d'une loi qui va dans ce sens. Une loi qui, si jamais elle est adoptée, privera un certain nombre de citoyens canadiens de liberté, et paralysera leurs contributions, souvent plus que positives, dans le développement du pays. On dit qu'on s'inspire de la France et que le vent malsain qui a soufflé là-bas pourrait apporter du nouveau quant à notre façon de voir les choses sur la problématique de l'immigration au Québec.
À l'autre bout du monde et spécialement en Afrique du Sud, un grand homme vient de nous quitter.
La mort de Mandela a suscité un intérêt sans précédent dans la communauté internationale.
C'est vraiment hors du commun qu'une telle vague de sympathie ait pu incarner à ce point l'héroïsme, la lutte pour la liberté, l'égalité dans une époque où l'individualisme, l'exclusion, la marginalisation, la stigmatisation des minorités priment et s'imposent pour une valeur globale.
Le gouvernement du Québec a exprimé sa tristesse à la suite du décès de cette figure emblématique et a affirmé lors d'un point de presse que le drapeau de Québec serait mis en berne.
Difficile d'imaginer et de comprendre pareille attitude. D'une main, on sème l'indifférence, la froideur, la méchanceté, le mépris, la négligence et, de l'autre main, on salue les efforts démesurés, la bravoure sans égale d'un homme qui a combattu avec ardeur et force toutes ces injustices qualifiées d'inhumaines et de racistes.
Ce paysage est étrange et les clés de sa compréhension le sont également. Le défi qui s'impose demande plus d'habileté, car l'image n'est plus simple: la conscience politique est transformée, le fondement psychique de la modernité est rendu basé sur l'individu qui occupe une position démesurée par rapport aux relations humaines.
Said Raouchi
Granby