Un temps d’arrêt fructueux

LA VOIX DES LECTEURS / Les gens sont confinés et ne doivent pas sortir. Curieusement, j’ai l’impression de n’avoir jamais été aussi entourée. Oui, même dans les foules, l’autobus ou à l’épicerie, il pouvait nous arriver de nous sentir seuls. Nous allions tellement vite, que nous n’avions pas le temps de voir la personne à côté, ni même les gens importants pour nous dans notre quotidien.

En discutant avec une autre enseignante, je me suis aperçue que nous n’étions pas surprises de ce qui se passe en ce moment. Nous nous doutions qu’un événement dramatique se produirait éventuellement et qu’il en résulterait un grand changement.

Drôle à dire, mais oui, je crois que ce n’était sûrement pas simplement le ressenti des enseignants, mais de plusieurs d’entre-nous. Les enfants le ressentaient aussi, inconsciemment, car ils nous le faisaient savoir par différents comportements qui nous poussaient à nous remettre en question à plusieurs niveaux.

Pour ma part, en cette année mouvementée dans le monde de l’enseignement, ainsi que dans mon cœur de Marie-Ève, mère de deux ados et enseignante depuis quatre ans, j’ai eu à remettre en question beaucoup de mes croyances. À me reconnecter avec mes vraies valeurs engourdies dans cette course qui est la vie. Je vous fais part de celle qui en ressort le plus avec les réseaux sociaux et mon domaine qui touche les enfants. Celle-ci est que nous cherchons toujours à trouver un coupable, alors qu’il n’y en a pas. Chacun doit prendre sa part de responsabilité.

Par exemple, dans le domaine de l’enseignement, la société cherche à trouver où est le problème : le système scolaire, les parents, les enseignants ou les enfants ? La réponse est, je crois, tous ces facteurs mis ensemble et formant notre société actuelle.

Arrêtons de chercher un coupable!

Pour le moment, je vais parler d’une partie importante de ce qui ne va plus dans cette société, et c’est le respect chez nos enfants.

Les enfants ne se sentent pas respectés dans leur être profond. Notre société décide pour eux de ce qu’ils doivent être. Du moule dans lequel ils doivent se fondre. Ils ne doivent pas être enfants trop longtemps. Ils doivent faire des cours dans plusieurs domaines. Ils doivent performer, étudier, avoir de bonnes notes et être constamment occupés et stimulés. Ils n’ont plus le temps d’expérimenter, de se tromper et d’apprendre à se créer des mondes imaginés pour jouer. À avoir du temps à ne pas savoir quoi en faire. À s’ennuyer pour se découvrir et entrevoir tout le potentiel qui sommeille en eux.

Comment voulez-vous qu’on leur demande de nous respecter si nous-mêmes nous ne les respectons pas dans leur rythme d’apprentissage ? Qu’on ne se respecte pas plus qu’on ne respecte son voisin, la profession des autres humains, la caissière ou le médecin qui prend soin de nous ?

En revanche, pour que les enfants puissent découvrir qui ils sont vraiment, il faudra lâcher prise et les guider, leur faire confiance, se faire confiance et faire confiance à chacun d’entre nous et même remettre en question le programme d’enseignement. Cela n’est pas facile pour la société de performance et d’individualité dans laquelle nous évoluons actuellement.

Maintenant, c’est un arrêt pour toute la planète et c’est le temps de relâcher et de réfléchir afin de revoir nos valeurs et ce que nous voulons inculquer à nos enfants.

Attention, cela ne veut pas dire de les laisser dire ou faire ce qu’ils veulent. Au contraire. Les enfants nous demandent de leur montrer notre amour en prenant du temps pour les éduquer et en leur donnant des limites claires dans lesquelles ils peuvent naviguer et expérimenter.

Avec tout notre respect et notre amour!

Sachez que je ne suis pas mieux que n’importe qui. Je suis humaine et j’ai aussi mon travail à faire.

Démontrons à nos enfants que nous sommes des gens respectueux, et respectons tous les gens qui mettent leur vie en péril pour nous, en ce moment, en restant à la maison.

Marie-Ève Corriveau

Granby