Karine Morisseau, représentante du secteur des RSG à la Fédération des services sociaux (FSSS–CSN)
Karine Morisseau, représentante du secteur des RSG à la Fédération des services sociaux (FSSS–CSN)

Un revenu adéquat, une question de dignité

LA VOIX DES LECTEURS / Monsieur Mathieu Lacombe, ministre de la Famille. Après 18 mois de négociations avec votre gouvernement, nous sommes, en tant que femmes, déchirées entre colère et amertume.

Vous prétendez sérieusement être féministe et souhaitez que les 3000 responsables de service de garde en milieu familial (RSG) que nous représentons gagnent adéquatement leur vie. Pourtant, vous balancez devant vos pairs à l’Assemblée nationale et devant les médias toutes sortes de données que vous savez complètement fausses.

Nous ne nous attendons pas à être d’accord avec vous sur tout. Mais en tant que ministre, vous connaissez la vérité sur notre rémunération et sur les heures de travail que nous devons effectuer pour répondre aux besoins des 90 000 enfants qui nous sont confiés chaque jour.

Pas la lune, juste l’équité

Vous savez qu’une RSG en milieu familial travaille une cinquantaine d’heures par semaine. Pourquoi ? Parce que, souvent, elle accueille son premier enfant vers 7 heures le matin, alors que le dernier quitte les lieux en fin d’après-midi. Pas question de s’arrêter pour dîner. La sieste, elle, sert à la préparation du programme éducatif, à cuisiner des aliments sains et à remplir les nombreuses tâches administratives que vous exigez de nous : fiches d’assiduité, fiches de réclamation, vigie de l’absentéisme liée à la pandémie, dossier de l’enfant, etc.

N’oublions pas la décontamination de nos maisons, qui est essentielle en temps de pandémie, mais ô combien longue et exigeante !

Depuis 2016, vos représentants ont participé activement aux travaux d’évaluation de la rémunération ; ces données existent et sont toujours disponibles. Notre revenu annuel, après déductions fiscales, est en moyenne de 27 270 $. Ces données sont détaillées dans un rapport réalisé il y a trois ans par la firme MCE Conseils dont vous avez copie. Depuis, la situation ne fait que se détériorer. Nos déclarations de revenus le confirment.

Notre rémunération n’est pas basée sur un salaire horaire. Mais pourquoi continuer de travailler autant pour une rémunération sous le salaire minimum, en fin de compte ? Un dixième de nos 3000 RSG ont cessé d’offrir leurs services depuis la pandémie. En vérité, est-ce la mort de ce réseau que vous souhaitez, Monsieur le Ministre ?

Il est pertinent de tracer un parallèle avec la situation déplorable qui affecte les préposées aux bénéficiaires. Le sous-financement de cette profession a provoqué une grave crise de main-d’œuvre dont on connaît les impacts désastreux pour les aîné(e)s du Québec. Votre gouvernement répète actuellement l’erreur pour les tout-petits, qui se trouvent à l’autre bout du spectre de la vie. Les RSG qui préparent et qui éduquent la relève sont dévalorisées. Le Québec a pourtant les moyens de bien s’occuper de ses enfants. Il faut l’admettre, cela se passerait autrement si ces personnes étaient des « hommes »...

Nous ne demandons pas la lune. Nous souhaitons être payées adéquatement, à la hauteur d’une éducatrice en CPE, au premier échelon et non formée, soit l’équivalent de 16,75 $ l’heure. C’est une simple question d’équité. Une question de dignité !

Karine Morisseau

Représentante du secteur des RSG à la Fédération des services sociaux (FSSS–CSN)