Un rapport tabletté... par la population? (1e partie)

Le 1er octobre dernier, nous avons eu droit à un rapport sur la situation financière de la Ville de Granby publicisé à pleine page par notre conseil. Encore une fois, on se compare avec les autres, sans pour autant nous mentionner si leur position est enviable. J'aurais crû que cela aurait fait réagir le blogueur Michel Laliberté qui nous disait le 14 janvier 2010 qu'utiliser ces comparaisons comme argument pour justifier des emprunts c'était «un peu rire des contribuables.» Mais non, après deux semaines, toujours aucun commentaire. Ni de sa part, ni d'autrui.
Alors, je pars le bal et me risque à une analyse du rapport. Tout d'abord, je dois dire que je n'ai rien à redire sur la qualité des données, des hypothèses ou des faits présentés par les experts. Comment pourrais-je les critiquer: ce sont exactement les mêmes chiffres que je présente depuis des années.
Le mythe du rattrapage anéanti
De 1993 à 1999, Granby a remboursé sa dette de 70 M$. Cette dette lui coûtait environ 7 M$ en intérêts chaque année, soit environ 12 M$ en argent d'aujourd'hui (sans compter que l'ancienne ville de Granby était environ 2 fois plus petite que la ville actuelle). Certains n'ont cessé de marteler que l'élimination de cette dette avait été faite au détriment des immobilisations. Les mots exacts employés étaient souvent: «on n'a rien fait».
Selon le rapport (p. 15) - en argent d'aujourd'hui - durant la période 1990-99, on dépensait 13,1 M$ par année dans les immobilisations, comparativement à 15,6 M$ pour la période 1980-89, soit 16% de moins. Nous sommes loin du «on n'a rien fait». Surtout que je suis toujours convaincu que nous faisions beaucoup plus avec un dollar en gérant sans emprunt, car ça demande une meilleure discipline de la part des élus. Une tendance que semble prouver le rapport dans son tableau sur les villes comparables (p. 26): on y observe que - toutes proportions gardées - plus les villes sont endettées, plus leurs dépenses sont élevées. Intéressant, n'est-ce pas?
Et imaginez qu'à la suite de ça - une «privation» d'au plus 25 M$ sur 10 ans - nous avons éliminé complètement du budget une dépense annuelle, récurrente et inutile, de 12 M$! En deux ans nous reprenions notre argent!
Qu'en était-il de l'état des infrastructures en 1999? Selon le rapport (p. 14), le taux de renouvellement des immobilisations était plus élevé en 1999 qu'en 2011 (68.9% vs 66.4%)! On comprend mieux pourquoi on avait préféré diminuer le taux de taxation plutôt que d'augmenter les investissements après le remboursement de la dette.
La preuve est maintenant faite: pour maintenir les infrastructures à niveau, il n'est pas nécessaire d'emprunter, seulement de choisir les bonnes priorités.
Denny O'Breham
Granby