Un peuple pluri-uni-culturel

LA VOIX DES LECTEURS / Bonne Fête nationale! Bonne fête Québec! Bonne fête de la St-Jean! Voilà, selon des tonalités différentes, le même souhait lancé par des Québécois et Québécoises de toutes origines à l’occasion du magnifique spectacle en chansons présenté par nos artistes le 23 juin sur les grands réseaux de télévision, mais en mode distanciation avec une configuration de petites lumières faisant office de public à l’Amphithéâtre Cogeco de Trois-Rivières.

Ces artistes, blancs traditionnels, noirs spectaculaires, anglais magnifiques et autochtones authentiques, et ne chantant qu’en français, ont illustré avec éclat le Québec nouveau, un Québec en forte émergence, un Québec «pluri-uni-culturel». En effet, de plus en plus pluriel, de plus en plus unique et uni, de plus en plus d’une même culture, et voulant faire histoire ensemble. Pour l’occasion, à l’invitation d’Ariane Moffatt, nous avons tassé la table et commencé à «danser dans nos têtes » grâce à cette chanson de Marie-Mai qui nous y invitait.

Mais ne faudrait-il pas que cette danse se poursuive dans nos têtes sous la forme d’une réflexion collective excitante et d’actions prometteuses dans les mois qui viennent pour incarner cette nouvelle et heureuse mouvance québécoise dans nos institutions? D’abord oser une définition de nous-mêmes comme peuple, une définition qui s’inscrirait en tête d’une Constitution nationale québécoise. Une Constitution nationale dont il faudrait demander l’incorporation, telle quelle, dans la Constitution canadienne afin qu’elle soit reconnue de plein droit et en pleine égalité par toutes les autres composantes de la communauté canadienne.

J’ai tenté à plusieurs reprises dans le passé de suggérer au grand public, par des lettres ouvertes, une définition du peuple québécois, sans succès. Au point que j’y avais récemment renoncé. Mais à la suite de notre fête nationale, célébrée sans drapeau, mettant ainsi notre histoire sur pause, et incidemment au moment du 30e anniversaire de l’échec « Meech » qui nous laissa en dehors de la Constitution de 1982, j’ai décidé de passer par-dessus ma propre décision, et de tenter à nouveau de proposer ce préambule à notre éventuelle Constitution nationale, qui me semble être devenue dans le présent contexte canadien et québécois d’une absolue nécessité, sinon d’une urgence en terme de dignité nationale.

PRÉAMBULE DÉCLARATION D’IDENTITÉ DU PEUPLE QUÉBÉCOIS

«Depuis près de 500 ans, à force d’espérance et de persévérance, le Québec s’est imposé au monde, non seulement comme une terre de paix et d’accueil, mais aussi de créativité et de productivité.

Maintenant, ses premiers (autochtones), ses anciens (anglos et francos) et ses nouveaux habitants (ici depuis hier et avant-hier...) s’unissent par cette Constitution nationale, aujourd’hui et pour demain, afin de développer et faire fructifier cet héritage.

Dans leur coeur et leur vie, c’est en effet cette terre et la langue française qui les lient tous et toutes, et les lieront toujours... Ces gens du pays de toutes les origines, de toutes les couleurs, mais sans référence aucune à la race, de toutes les religions et de tous les sexes, en toute égalité de droits et d’opportunités, et cela, de façon distincte sur ce continent de verdure et encore un peu de glace qu’ils protègent par des efforts écologiques soutenus et l’hydroélectricité, laquelle est leur grande fierté.

Et par-dessus tout, c’est la liberté qui nourrit leurs actions, la fidélité, leurs souvenirs, et le partage, leur avenir.

Ce triple trésor de valeurs communes, auquel s’ajoute la richesse de leurs valeurs fondamentales contenues dans leur Charte des droits et libertés de la personne, en particulier l’égalité de l’homme et de la femme + LGBTQ+, la laïcité à leur manière, et la neutralité de l’État, oblige ce peuple du Québec à défendre et à accroître, autant que nécessaire, les pouvoirs qui protègent et favorisent sa singularité au Canada et en Amérique du Nord, c’est-à-dire ceux d’une nation souveraine et ce, quoi qu’on dise ou quoi qu’on fasse!

Ces pouvoirs sont ceux qui permettent une pleine indépendance et une exclusive juridiction dans le domaine de la langue, de la culture/information, de l’immigration et de l’environnement. En conséquence, la Constitution nationale du Québec, et aussi à titre d’ancrage de respect et de dignité, comme de mémoire, pour les francophones de tout le Canada et de l’Amérique, est de plein droit et en toute justice pour notre histoire, intégrée à la Constitution canadienne, et ce, en toute équité quant aux conséquences financières et/ou économiques.»

Denis Forcier

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