Un nationalisme décomplexé !

LA VOIX DES LECTEURS / Depuis quelques années, le vieux discours nationaliste reprend du service dans un grand nombre de pays. Or, les raisons totalement irrationnelles de ce retour sont toujours les mêmes : ça va de la peur des autres à la haine des autres. On s’attache à des réalités qui n’existent plus comme la domination du christianisme sur l’ensemble du territoire et on refuse obstinément les nouvelles réalités, bien concrètes, d’un monde extrêmement cosmopolite et pluraliste.

Au Québec, la devise « Je me souviens » reprend vie et ouvre à nouveau la voie au nationalisme de Lionel Groulx et de Maurice Duplessis : la race canadienne-française de type caucasien, baragouinant le français et vivant sous le contrôle du catholicisme. Les élections fédérales 2019 auraient dû plonger tout le Québec dans un questionnement humain important. En effet, que signifie le slogan du Bloc québécois « Le Québec, c’est nous » ? Demandons-nous qui fait partie de ce « nous » ?

Est-ce que la majorité « canadienne-française » a le pouvoir absolu pour imposer une vision épurée et monolithique de la québécitude ? Ce « nous » inclut-il les Québécois à qui on retire le droit d’enseigner ou d’être juge à cause d’un signe religieux ?

Ce « nous » inclut-il les Québécois qui ne trouvent ni logement ni emploi à cause de leur nom ou de leur vêtement ? Ce « nous » inclut-il les Québécois d’origine autochtone, africaine, asiatique, arabe qui font l’objet de tracasseries et d’insultes ?

À remarquer, on parle de Québécois et non pas de migrants.

Demandons-nous qui, aujourd’hui, a le droit de s’afficher à titre de Québécois ?

Est-ce que les particularités physiques ou culturelles ou religieuses des uns et des autres deviennent des critères fondamentaux suffisants pour distinguer les Québécois de première classe et les Québécois de seconde classe ?

Ces particularités sont-elles suffisantes pour se permettre d’accorder la totalité des droits aux uns et d’enlever aux autres une partie de leurs droits ? Il semble bien, selon Mathieu Bock-Côté, que les Québécois de première classe osent maintenant s’affirmer sans complexe. Ils seraient devenus capables d’assumer pleinement les conséquences négatives de ce dangereux néo-nationalisme basé sur l’homogénéité et l’exclusion.

La recherche de l’homogénéité nationale (caractéristique d’une citoyenneté aux allures militaires) serait-elle devenue l’unique objectif de ce pseudo-élan nationaliste ?

Pourquoi chercher à éliminer la diversité et enfoncer dans la gorge une uniformité totalement irréelle comme le faisaient les fascistes du XXe siècle ? Cette entrée de plain-pied dans ce néo-nationalisme pousse-t-elle les Québécois, c’est-à-dire les « Canadiens français » à assumer ouvertement et sans gêne des propos et des décisions xénophobes et racistes ? Ce néo-nationalisme construirait-il la nouvelle identité québécoise et dont, à tort, nous serions si fiers ?

Les Québécois qui se pensent supérieurs peuvent-ils d’une part, parce qu’ils sont majoritaires, appuyer une loi qui légalise la discrimination et l’exclusion de personnes qu’ils jugent inférieures et, d’autre part, parler de tolérance, d’accueil, d’ouverture et d’intégration ? Lesquelles de ces valeurs seront retenues dans le futur test des valeurs ?

À la manière d’un virus, ce mouvement reçoit dangereusement le soutien aveugle de plus en plus de citoyens. Comme la grenouille qui s’habitue à vivre dans une eau qui se réchauffe lentement, depuis la Commission Bouchard-Taylor, le climat ambiant est en train de pourrir et de faire déraper l’identité québécoise vers un nationalisme de plus en plus fermé sur lui-même. Il envoie un étrange message, non seulement aux nouveaux arrivants, mais surtout à nos enfants.

Demandons-nous quelles valeurs nos enseignantes et enseignants choisiront-ils de leur inculquer ? Les amèneront-ils à découvrir la beauté présente au cœur de nos différences au lieu de les plonger dans la peur ? À écouter au lieu de réagir ? À tendre la main au lieu de reculer ? À reconnaître notre commune humanité et notre commune dignité ?

Le seul projet de société à transmettre à nos enfants ne serait-il pas celui de vivre dans l’harmonie, et sans aucune discrimination, la diversité qui sera perpétuellement présente chaque coin de rue ?

André Beauregard

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