Une portion du centre-ville de Granby

Un centre-ville, ce n'est pas une seule rue

En ayant une vision linéaire du centre-ville, on fait abstraction de la vie de chaque côté de la rue Principale. Depuis la venue des centres d'achats, beaucoup d'argent et d'efforts ont été mis pour faire revivre le centre-ville sans grand résultat. On s'apprête à y investir encore plusieurs millions, mais l'administration actuelle est en train de refaire la même erreur que par le passé : considérer le centre-ville comme étant une seule rue, soit la rue Principale, et non comme un milieu de vie de quartier. On parle de revitalisation du centre-ville, pourtant dans le mot revitalisation,­ on oublie qu'il y a le mot vie.
Je vais brutalement soulever une question : connaissez-vous quelqu'un qui rêve de s'installer au centre-ville ? Chaque fois que j'ai posé cette question à des gens, ils ont tous pouffé de rire. Je vous invite à faire de même dans votre entourage, vous verrez ses réactions. Ces réactions sont tout de même révélatrices. Habiter le centre-ville signifie une baisse de qualité de vie et de sécurité. Récemment, il y a eu un vol à la machette à la SAQ de la rue Principale pour une stupide bouteille de vin. Ce n'est surement pas à la SAQ du bas de la ville que ça pourrait se produire, et ici je ne parle pas des nombreux feux criminels. Le centre-ville est en voie de ghettoïsation, personne ne semble le réaliser. Bien d'autres questions devraient être posées. Est-ce normal qu'une forte proportion des gens qui habitent le centre-ville n'ait pas les moyens de fréquenter les commerces qui s'y trouvent ? Est-ce normal que les gens de la classe moyenne ou bien nantie n'aient aucun intérêt de s'y installer ? Est-ce normal que les propriétaires de maisons à revenus doivent louer à 20 ou même 25 % en bas du prix de marché ? Cela ne leur laisse à peu près rien pour réaliser des rénovations. Pourtant, les taxes ne sont pas moins élevées. Comment se fait-il que l'on ne réussisse pas à faire disparaitre les parcomètres répulsifs à l'achalandage­ commercial ?
Ce sont pourtant des questions que l'administration de Granby, les commerçants et toute la population devraient se poser avant de dépenser des millions. Ce n'est certainement pas en changeant encore une fois le décor de la rue Principale que l'on va réellement changer les choses. Ce sera peut-être plus beau, mais ça ne règlera rien.
Mon intention ici n'est pas de dénigrer le projet de revitalisation du centre-ville, bien au contraire, j'y habite, mais bien de provoquer une réflexion et de voir le vrai portrait des choses pour trouver de vraies solutions à court, moyen et long terme.
Les projets qui ont bien fonctionné à travers le monde ont misé sur une mixité sociale économique et des services de proximité pour créer un milieu de vie citadin social, culturel et commercial dynamique. Je ne dis pas ici de faire vivre des gens défavorisés dans les mêmes édifices que les bien nantis. De telles expériences ont déjà été tentées dans certaines villes, et ç'a été un vrai désastre. Je parle plutôt de favoriser la mixité sociale et de favoriser des projets selon divers besoins sociaux, pas seulement des HLM. La transformation du couvent de La Présentation­ de Marie est une voie à suivre selon moi. Bien d'autres projets de ce genre devraient être encouragés et stimulés, moyennant que les dirigeants de la Ville y mettent la volonté politique et les énergies nécessaires. Ce n'est pas obligatoire de dépenser de grosses sommes ou d'endetter la ville. Des congés de taxes peuvent aussi aider grandement pour stimuler des projets porteurs. Il y a une multitude de choses qui pourrait se faire. Ce serait peut-être plus complexe, mais plus viable à long terme. Ce serait dans l'intérêt des personnes habitant le centre-ville, des commerçants et de tous les citoyens de Granby. Il faut beaucoup plus qu'un changement de décor d'une seule rue, il faut un plan d'urbanisme visionnaire misant sur la mixité sociale économique. Un centre-ville dynamique ne devrait pas être une seule rue, mais une vie de quartier avec aussi des gens plus aisés pour que ça puisse vraiment donner des résultats viables. Si le mélange des genres vous semble utopique, on a juste à voir comment le Plateau Mont-Royal à Montréal est devenu populaire.
Jacques Potvin
Granby