Ton sexe détermine-t-il ton être?

En ces jours qui suivent le 8 mars, Journée internationale des femmes, voilà une excellente période pour réfléchir sur une idée qui engendre, chez plusieurs personnes, un net malaise : pourquoi certains comportements humains sont-ils attribués presque instinctivement au genre « masculin » ou au genre « féminin » ? Dans cette optique, l'affirmation de soi, le leadership et la compétition seraient attribués au « masculin » alors que le « féminin » serait tourné vers la relation à l'autre, la sensibilité, la réceptivité et la vulnérabilité. Par exemple : en quoi la vulnérabilité serait-elle spécifiquement « féminine » ? Pourquoi ne pourrait-elle pas être attribuée spontanément au côté « masculin » et pourquoi l'affirmation de soi serait-elle davantage l'apanage du côté « masculin » ?
Ces réactions stéréotypées qui influencent toujours nos perceptions spontanées relèvent avant tout de multiples principes découlant des anciennes exigences agricoles, militaires et surtout religieuses. Les rôles dans la société sont « genrés » souvent à l'insu des personnes en leur attribuant une sorte « d'évidence » et celle-ci s'appuie sur des siècles d'éducation sexiste. Comme le dévoilent les travaux d'Eva Illouz, nos sociétés contemporaines conservent une hostilité à l'endroit des féminismes, une hostilité qui se camoufle par une idéalisation du passé :
« La réaction contre le féminisme renvoie à une nostalgie du patriarcat, non que les femmes rêvaient d'être dominées, mais parce qu'elles aspiraient à des liens émotionnels et au «ciment» affectif qui accompagnaient, dissimulaient, justifiaient et rendaient invisible la domination masculine ». (Eva Illouz, 2014. pp. 114-115.)
Certains sont convaincus que le sexe détermine totalement l'être et cette croyance tend à perpétuer un dualisme fortement hiérarchisé qui vise à maintenir les femmes dans un statut inférieur au profit des hommes. En maintenant une attribution des rôles fondée sur le genre, nous risquons de perpétuer une discrimination outrancière. Cette forme de sexisme emprisonne dans deux camps exclusifs la multitude de facettes psychoaffectives des êtres humains, peu importe leur genre et leur orientation affective. Pourquoi alors ne pas retirer toute allusion à « un féminin » ou à « un masculin » pour traduire davantage la réalité par des expressions plus neutres, plus ouvertes et plus inclusives ? Ce changement dans notre façon de penser et de parler respecterait davantage la diversité des traits réels des personnes.
La lutte pour l'égalité passe nécessairement par la difficile étape de déconstruction et de reconstruction des rapports sociaux en lien avec la notion de genre au sein des activités économiques et politiques. Ne conviendrait-il pas de commencer dès maintenant, tant sur le plan personnel que collectif, à reconstruire nos rapports sociaux afin de poursuivre la marche vers une société égalitaire, solidaire et écologique ?
André Beauregard
Shefford